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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 17:32
Tout est sous contrôle (The gun seller) - Hugh Laurie - (ISBN 978-2-355-84027-2

Tout est sous contrôle (The gun seller) - Hugh Laurie - (ISBN 978-2-355-84027-2

Quand Thomas Lang, ancien officier de Sa royale Majesté, actuellement détective privé, s'est vu confié l'étrange mission d'assassiner Mr Woolf, un riche homme d'affaire américain, il s'est douté que l'affaire avait des relents pas très honnêtes. Raison pour laquelle il a pris soin de la décliner … et d'aller en avertir le principal intéressé. Car Thomas Lang a beau être un détective privé, il n'en reste pas moins un honnête citoyen britannique : il paie ses impôts (enfin quand il en a les moyens), dis bonjour à la dame … et ne tue pas d'honnêtes citoyens, même américains, sans une très bonne raison.

Mais ce que Thomas Lang ignorait, c'est ce ce simple geste de pure civilité, cet acte de pur civisme, allait le plonger jusqu'au chapeau melon (s'il en avait un) dans les méandres d'une affaire des plus ténébreuse. Une affaire d’État(s) (État sœur, État gère … enfin parfois car parfois il mine pas (oui l'Etat mine parfois quand il ne rit pas) et de gros sous (gros sous de table, entre autre), certes, mais aussi une affaire de cœur et de dame (rien à voir avec la Dame de cœur ? ) et une affaire d'agents secrets (agent double et agent triple, agent comptant et agent tilhomme – celle là était facile) … bref une affaire vraiment très complexe et très dangereuse, digne du meilleur des James Bond (un britannique, celui-ci également) ou de Clive Cussler (un américain, cette fois).

 

On l'aura compris « Tout est sous contrôle » est une sorte d'OVNI littéraire. Empruntant sans scrupule à tous les genre (au polar, le personnage du détective privé ; au thriller géopolitique, la CIA, les marchand d'armes, les terroristes et autres agences d'affreux en tout genre … jusqu'à la série Dr House, certains traits et particularité de son héro – la fameuse Kawasaki), il se plaît à nous promener d'un genre à un autre, à faire passer les gentils pour des méchants et ces derniers pour des … très méchants. Et il le fait avec un humour tout à la fois délicieusement impertinent, irrévérencieux et politiquement très incorrecte.

 

Bref, « Tout est sous contrôle » est l'un de ces romans que l'ont lit avec un plaisir non dissimulé et qui éclairent de leur humour même la plus morose des journées !!!

6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 13:37
Christopher J. Sansom - Dominion - Editeur : Pocket - ISBN : 2266253530

Christopher J. Sansom - Dominion - Editeur : Pocket - ISBN : 2266253530

Synopsis :

Angleterre 1950 :

    Alors que l'Allemagne Nazie règne désormais sur la quasi totalité de l'Europe (seule la Russie de Staline résiste encore) et que l'Empire britannique, rallié à l'Allemagne, sombre inexorablement dans les affres de la collaboration, une petit groupe de résistants, dirigés par l’inébranlable Winston Churchill résiste encore à l'occupant

    Le sort de David Fitzgerald, fonctionnaire sans envergure pour sa hiérarchie mais agent de la Résistance infiltré dans l'administration britannique, bascule soudain lorsqu'un de ses anciens camarades de lycée, doit, de toute urgence, être exfiltré et conduit hors du pays. Dès lors, une course poursuite impitoyable oppose d'un côté les agents de la Résistance (David Fitzgerald, son ami Geoff, l'infirmer communiste Ben, et la mystérieuse Natalia) et de l'autre ceux de la Gestapo  et de la "Branche spéciale" britannique (Gunther Hoth et l'inspecteur Syme) avec, pour enjeux, le sort du pauvre Franck Muncaster, détenu dans un asile d'alliénés et détenteur de mystérieuses connaissances qui pourraient faire basculer le cour de l'Histoire. Cette course effrénée entraînera, certes les principaux protagonistes mais également leurs proches et leurs famille dans une aventure dont l'issue s'avère aussi incertaine que périlleuse.

 

Critique :

    Dans ce nouvel opus, Christopher J Sansom nous offre un bel exemple d'uchronie historique dans l'univers sombre de la seconde guerre mondiale. Très richement documenté, la situation de l'Empire britannique sous l'emprise du troisième Reich est décrite avec une finesse et un luxe de détails ce qui est  à la fois passionnant pour un lecteur érudit mais un peu trop complexe pour un néophite. Ainsi la description des rapports de force entre les différentes personnalités politiques britanniques, décrites dans toute la subtilité des enjeux idéologiques qui les travaillent, enrichit certes l'univers uchronique de Dominion mais risque également de lasser des lecteurs non historiens perdus par trop de complexité historique. De la même façon le détail des querelles intestines entre Whermacht et Gestapo qui agitent  le Reich, reste très intéressante et très enrichissante d'un point de vue de l'histoire de la seconde guerre mondiale mais un peu superflu ou pas assez exploité du point de vue narratif.

A côté de cela, l'intrigue du roman reste, à mon goût, un peu trop manichéenne et linéaire. Certes, il est délicat et douteux de faire passer les nazis pour de gentils enfants de cœur (je n'en demandais pas tant) mais même les plus ignobles personnages sont mus par des motivations humaines, trop humaines (envie, jalousie, amour, haine, colère, concupiscence) qu'il aurait été interessant d'exploiter. Et dans un contexte historique pour le moins trouble, il aurait été pertinent de mettre en lumière le jeu de ces mobiles bassement humain avec les enjeux historique et politique de l'époque. De même J'aurai trouvé enrichhissant, du point de vue narratif, de construire des personnages plus en nuance (un policier nazi travaillé entre sa mission ou son devoir patriotique et son humanité, un résistant fanatisé par la propagande, des individus prêt à de petites compromissions pour un peu plus de confort et/ou de sécurité, etc.) d'autant plus que le contexte « fin de règne » dans lequel s'inscrit le récit se prête particulièrement au jeu de remises en questions des idéologies dominantes et que l'enjeu des connaissances détenues par Franck Muncater pouvait justifier, de la part des "gentils" résistants des comportements et des prises de position pour le moins contestables.

    En outre, j'ai également regretté le côté « fuite en avant » de la narration. Certes, il s'agit du récit d'une fuite et d'une course poursuite entre les « bons » (les résistants) et les « méchants » (les nazis).  Mais mêmes dans la fuite, il n'est pas interdit de faire des circonvolutions, des retours en arrières, des embuscades. J'aurais aimé, par exemple, voir les poursuivis un peu plus inventifs en terme de stratagèmes et de ruses pour échapper leur poursuivants : organiser des embuscades, des fausses pistes; et  les poursuivants user d'autres moyens que l'intimidation et la torture pour obtenir des information (la corruption était parfois un ressort plus puissant que la peur pour obtenir des informations), avoir d'avantage de rebondissement aussi (Pourquoi Mme Fitzgérald ne ce serait-elle pas rangée du côté des nazis par dépit amoureux ?). Enfin, mais c'est peut-être un peu excessif, l'hypothèse d'une fin qui ne soit pas un happy end m'aurait particulièrement ravi ... mais là, je suis sans doute un peu trop exigeant.

 

    Bref, Dominion est un roman certes bien construit et richement documenté, servi par une écriture agréable, mais la facture de l'intrigue est un peu trop convenue à mon goût et les personnages manquent  de profondeur psychologique, aussi je suis un peu resté sur ma faim.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:27
Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599
Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599

Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599

1943, alors que l'armée allemande se remet à grand peine de la défaite de Stalingrad, un charnier est découvert dans la forêt de Katyn, non loin de Smolensk (ex. URSS). Là, sommairement enterrés, les corps de plusieurs milliers de soldats polonais, généraux, officiers, sous-officiers et hommes de troupe, reposent pêle-mêle, entassés les uns contre les autres dans le permafrost gelé de la taïga soviétique.

 

Pour le ministre de la propagande et de l'éducation du peuple, il s'agit là d'une occasion rêvée de salir la réputation de l'armée rouge en attirant l'attention de la communauté internationale sur les atrocités commises par les soviétiques … et de faire un tant soit peu oublier celles commises par l'armée allemande … et qui mieux que le capitaine Bernie Gunther, ex inspecteur dans la célèbre police berlinoise, aujourd'hui enquêteur pour le bureau des crimes de guerre de la Wehrmacht pour mener la délicate mission de préparer le terrain aux experts de la commission internationale qui viendront constater et expertiser la découverte du charnier et surtout de veiller à ce que rien de fâcheux ne surviennent pendant leur séjour.

 

Mais ce qui s'annonçait déjà comme une mission délicate ne tarde pas à se révéler être un véritable bourbier où s'accumulent les morts les plus suspectes et les suspects les plus meurtriers. Sommés de résoudre plusieurs affaires d'assassinat mêlant des personnalités haut placées dans la hiérarchie allemande, Bernie Gunther va devoir louvoyer entre les sollicitations et les intérêts de suspects particulièrement dangereux, tenter de neutraliser un criminel particulièrement habile, protéger les membres de la commission, parfois contre leurs propres collègues, le tout en faisant en sorte de préserver sa tête sur les épaules.

 

        Dans ce nouvel épisode des enquêtes de Bernie Gunther, Philip Kerr nous brosse un portrait saisissant de réalisme de l''armée allemande après la défaite de Stalingrad. Une armée bien loin de l'arrogance et de la fierté qui était la sienne aux premières heures de la conquête. On y découvre (avec un étrange plaisir) des personnalités de premier ordre (Goebbels, le ministre de la propagande du Reich, le maréchal von Kluge, surnommé Hans le malin, chef des armées du front est et l'amiral Canaris, directeur des renseignement allemand). Mais, ce qui est particulièrement appréciable, c'est qu'à aucun moment Philip Kerr ne tombe dans le travers (portant répandu) de faire des ces personnages des monstres (ou des personnages monstrueux). Non, il s'attache au contraire à les dépeindre comme des individus ordinaires aux défauts somme toute, eux aussi ordinaires, mais dotés d'un pouvoir extraordinaire. Et cela donne le portrait de personnages gonflés d'orgueils et de cupidité, désabusés quant aux suites de la guerre qu'ils mènent, voir de l'avenir du Reich et surtout plus soucieux de préserver leur train de vie, leur position et leur peau que de tenter de renverser le cour de la guerre.

 

         On y découvre également le tableau de la vie dans les territoires occupés, et plus particulièrement dans les territoires de l'est. La-bas, tandis que la population locale tente de survivre dans la plus grande misère, une clique d'officiers s'offre une vie de châtelains (parties de chasse, mets fins, grands crus, etc.). Mais sous les vernis et les ors de la plus excises mondanité se trament les dessins les plus sombres au nom des intérêts les plus vils … vengeance, trahison, meurtres et corruption à tous les étages, rien n'est trop beau pour conserver son poste et, si possible, se faire une place au soleil.

 

   Bref, une fois de plus, Philip Kerr nous offre un grand polar historique, merveilleusement bien documenté, aux ressorts plus que nombreux et incroyablement bien huilés., le tout dans une intrigue digne des plus grands !!!

 

Un roman à lire absolument sans aucune modération !!

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 13:05

Iconomou, Claude. - Out of the Blue. - Editions Terres Gastes. - 2011

Out Of the Blue

   Imaginez un paysage à la Camus (Noce à Ibiza). Le ciel, bleu, uniformément bleu azur, Tout juste quelques cirrus maculent ce monochrome de leurs traces laiteuses et, au loin, quelques mouettes. La Mer, bleu, du même bleu que le ciel, au point de ne plus distinguer l'une de l'autre, avec tout juste quelques moutonnement d'écume, et, au loin, comme une promesse de repos au milieu de cet infini d'azur, la terre. Des îles, un chapelet d'îles, tout d'abord. Les îles grecques comme des cailloux jetés au milieu de la mer. Puis la terre, le continent, avec la péninsule de Port Cros et sa réserve naturelle, havre de paix pour les espèces terrestres et marines, puis Toulon et l’arrière pays varois. Ses mas provençaux, ses coteaux viticoles et ses paysages enchanteurs …

   Cela c'était la carte postale, la brochure de tourisme vendue aux étrangers en mal d'exotisme. Car la méditerranée est avant un carrefour, une espace d'échange et de brassage de cultures, de langues, de croyances et d'histoires issues de trois continents : l'Afrique mystérieuse, pleine de magie et et mystères, l'Orient, ensuite, sa culture millénaire et son histoire, si proche et si lointaine de la notre, et l'Europe, enfin, à qui hérite le lourd tribus d'harmoniser et de pacifier les relations au sein de ce bouillon de culture. Car la tâche est loin d'être aisée : en marge des échanges policées de pays à pays, existe un autre marché, régi par d'autres règles et arbitré par d'autres forces. Présent depuis le nuit des temps, le marché noir, celui de la drogue, de la prostitution et du trafic noir, prospère depuis les « Printemps arabes ».

 

   C'est cette face sombre de la méditerranée que Claude Iconomou se plaît à nous décrire à travers ce recueil de nouvelles. Au travers de ces 11 enquêtes du commandant Léonetti et de son acolyte Sauveur, nous découvrons l'autre visage de la Méditerranée : la drogue et les mafias qui en dirige le trafic, la prostitution et ses réseaux de passeur et les querelles intestines, héritées de l'histoire. Un voyage captivant, passionnant à travers l'envers du décors de nos vacances.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 14:49
My Funny Valentine Pierre-Yves Wurth

My Funny Valentine Pierre-Yves Wurth

L'inspecteur Ittard se trouve plongé dans une bien étrange affaire : 

Alors qu'un mystérieux criminel semble sévir dans la capitale européenne, laissant flotter derrière lui comme un air de jazz ... "My funny Valentine", les indices semblent prendre un malin plaisir à l'impliquer dans l'affaire qu'il est sensé résoudre.

   Puis quand les autres protagonistes de l'affaire se mettent en tête de résoudre l'affaire à leur façon en lieu et place des forces de police, alors les dès (partiellement pipés, il est vrai) sont jetés et la carrottes bien cuites pour notre cher inspecteur ....

My Funny Valentine Chet Baker 15/02/1954 Los Angeles Californie

   Il est des crus qui ne se révèlent grands qu'aux amateurs avertis, des crus dont la complexité des arômes déroute le palais des néophytes. Il est, aussi, des mélodies dont la structure harmonique, par sa richesse et sa profondeur, désoriente l'oreille pour mieux la séduire ensuite … un peu comme une galante se dérobe à son courtisan pour mieux le conquérir.

 

   « My Funny Valentine », premier roman de Pierre-Yves Wurth, est de ces ouvrages qui, à la première lecture, se dérobe, nous surprennent :

   La pluralité des points de vue adoptés, comme autant de témoignages des mêmes événements, diffracte la narration en une constellation de récits, nous soustrayant ainsi la vérité des faits pour ne nous laisser que le subjectivité des protagonistes.

   Ces derniers, en outre, loin de se répartir sur le mode manichéens des héros vertueux et des « anti-héros » cruels et vicieux, semblent évoluer dans un univers fait d'une infinité de nuances de moralité au sein duquel les divers degrés de moralité semblent avoir été répartis sans considération pour le rôle social des protagonistes. Ainsi, l'inspecteur Ittard, pourtant représentant de l'ordre en ce bas monde semble avoir une conception toute personnelle du travail d'enquêteur, conception dans laquelle des valeurs comme la vérité des faits semble parfois céder le pas aux intérêts particuliers du principal intéressé. A l'inverse, notre trio de cambrioleurs, outre le hasard qui les a placer du mauvais côté du droit, semble porteurs de conceptions morales empruntes de solidarité, de fraternité et d'honneur qui les rendrait d'autant plus sympathiques.

   C'est que tournant le dos aux conception trop stéréotypés des personnages de roman policier, Pierr-Yves se plaît à décrire un univers où le Bien ne s'oppose pas au Mal, pas plus que l'Ordre au Chaos, mais où coexistent des passions, des sentiments, des espoirs et des peurs qui parfois nous rapprochent et parfois nous déchirent … Un monde humain, trop humain … Notre monde.

 

   Ajoutons également à ce tableau que la narration en est servie avec un style et une écriture d'une grande pureté littéraire mêlant une profonde connaissance de la psychologie humaine et des procédures policières, une grande culture humaniste et un humour « pince sans rire », irronique et sarcastique ?

 

   Bref « My Funny Valentine » est un vrai petit bijou de la littérature policière à lire et à relire sans modération aucune … en attendant de nouvelles péripéties de l'inspecteur Ittard.

Et Mali dit à Saül :" Je te propose un boulot facile." Alors Saül leva les yeux et interrogea le ciel. Mais le ciel resta muet et comme un con Saül accepeta

"My Funny Valentine" Pierre Yves Wurth

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 20:44
La passion de la méchanceté : : sur un prétendu divin marquis
La passion de la méchanceté : : sur un prétendu divin marquis

La passion de la méchanceté : : sur un prétendu divin marquis

Type : texte imprimé, monographie
Titre(s) : La passion de la méchanceté : : sur un prétendu divin marquis
Publication : Autrement, 2014
ISBN 978-2-7467-3955-0

Cela faisait quelque temps, déjà, que je n'avais plus mis le nez dans un ouvrage de philosophie et l'envie m'en démangeait. Aussi , quand au détour d'un rayon de libraire je tombais sur cet opuscule, la rechute était inévitable.

 

Tout était là pour me tenter : un titre un rien accrocheur (« La passion de la méchanceté » cela est tout de même plus séduisant que « Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science » non?), un auteur réputé pour sa plume acerbe et son goût (immodéré?) pour la disputatio (Michel Onfray – car c'est de lui qu'il s'agit – n'est plus un néophyte en la matière puisque l'auteur de la Raison gourmande  avait déjà sévi contre les avatars du freudisme (Le crépuscule d'une idole : l'affabulation freudienne, Grasset 2010 ). Bref, tout était là pour une bonne picure de rappel philosophique comme Michel Onfray sait si bien nous en innoculer.
 

L 'ouvrage s'ouvre sur une courte introduction consacrée à la tristement célèbre « chienne de Buchenwald », cette tortionnaire, femme du commandant du camp de Buchenwald, qui prenait le camps de concentration pour terrain de ses petits jeux … sadiques.

Oui sadiques, car c'est bien de sadisme et du marquis de Sade qu'il s'agit au cours des quelques 150 pages de ce délicieux petit ouvrage … Et, plus exactement, d'une certaine (non)lecture des œuvres de Sade initiée par Apollinaire et reprise ensuite par bon nombre des plus illustres figures de l'intelligentsia parisienne de l'après guerre, intelligentsia qui a cru voir dans le marquis de Sade autre chose que l''odieux criminel qu'en vérité il était.

 

La première partie de l'ouvrage, donc, fait un sort à la (non) lecture de Sade par Apollinaire. Tout au long de cette partie, Michel Onfray déconstruit avec maestria et brio la légende construite par Apollinaire à l'aube du XXème siècle d'un Sade fréquentable. C'est à un authentique et véritable travail de déconstruction que se livre Onfray en professionnel de la contre-enquête. Pierre après pierre, affirmation après affirmation, de vrais mensonges en fausses vérités, d'approximations en euphémismes, la construction d'un Sade amoureux, hédoniste, libertin et révolutionnaire engagé est démembrée, désossée, dépecée jusqu'à laisser place à l'authentique marquis de Sade : le véritable criminel misogyne, cruel, phallocrate, violent et lâche pardessus tout.

 

Puis vient le tour de la descendance d'Apollinaire, surréalistes en tête suivis par la majeur partie de l'élite universitaire parisienne de l'après guerre. Là, je dois confesser, à mon corps défendant, avoir été un rien déçu. Après avoir assisté, non sans plaisir (un plaisir sadique, peut-être) à la déconstruction magistrale du mythe d'un Sade « Génie incompris », je m'attendais à une mise en pièce du même acabit en ce qui concerne les adorateurs « récents » de la légende sadienne (Bataille, Deleuze, etc, les noms ne manquent pas.) Mais à ma grande surprise (et déception) le tir jadis nourri et d'une précision meurtrière (frappe chirurgicale) se fait ici schnarpel : il arrose tout azimut mais manque de précision, de finesse … Comme si la pluralité des cibles avait nuit à la précision de la frappe, avait dispersé le tir. Certes, quelques cibles particulièrement éminentes en prennent pour leur matricule (Bataille et sa fascination morbide pour le Mal et la blasphème, par exemple) mais le trait reste à hauteur de l'anecdote, de l'historiette et fait pas mouche. Je m'attendais à trouver, à l'instar de la lecture d’Apollinaire, la déconstruction de la lecture sadienne de Bataille … une autre fois, peut-être.

 

La guérison de la maladie judéo-chrétienne ne consiste pas dans l’inoculation du mal sadien, un dommage plus grand encore, mais dans la construction d'un éros libertaire et léger, réellement post chrétien.

La passion de la méchanceté : : sur un prétendu divin marquis

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 22:20
Portrait de Voltaire d'après Quentin de La Tour.

Portrait de Voltaire d'après Quentin de La Tour.

Aprés l'attentat odieux des 7 et 8 janvier, alors que les corps des 17 victimes n'étaient pas encore froids et que déjà les intrigues politiciennes reprenaient la main sur l'émotion légitime d'un peuple meurtri. Des voix se sont élevées de la masse, souvent ignorées parce que trop timides ou pas assez cathodiques (mais où est la différence ?).

 

C'est l'une de ces voix que je voudrais faire entendre aujourd'hui. Parce qu'elle s'adresse à tous et au nom de tous, parce qu'elle parle d'universel là où, déjà, certains, reventiquent au nom du particulier, parce qu'elle prône la pédagogie quand d'autres réclament le sécuritaire ... parce qu'elle a tout compris là où beaucoup ne veulent rien comprendre ... Ecoutez :

« Mes chers élèves, Comme vous le savez sans doute, je suis contrainte par des soucis de santé de vous quitter plus tôt que prévu. Je ne pouvais pas le faire sans vous souhaiter toute la réussite possible au lycée, du bonheur dans votre vie personnelle et de belles émotions de lecture…

Cette lettre a aussi un autre but, plus important encore à mes yeux. Après les événements tragiques de la semaine écoulée, je ne peux pas rester muette vis-à-vis de vous. Pas seulement comme enseignante, mais aussi comme citoyenne, comme être humain, tout simplement.

Par-dessus tout, je regrette de ne pas avoir pu mener avec vous l'étude du mouvement des Lumières que j'avais prévu de commencer en cette rentrée. J'espère que vous avez compris que ce n'est plus aujourd'hui un thème scolaire poussiéreux, mais bien une aveuglante question d'actualité.
Les Lumières attaquées

Les “Lumières”, c'est ce qui a été attaqué, avec le massacre perpétré au journal Charlie Hebdo le matin du mercredi 7 janvier, quand les assassins ont crié “on a vengé le prophète Mahomet”.

Cela voulait dire que pour eux, on n'a pas le droit de se moquer de la religion, que cela mérite la mort. C'est donc exactement le contraire des valeurs inventées et portées par le mouvement des Lumières, que la France depuis la Révolution française, quand elle est devenue une République, a adoptées, des valeurs pour lesquelles on continue de se battre au péril de sa vie partout dans le monde. Car les Lumières ce n'est pas un idéal français, ce n'est pas même pas un idéal européen, ce sont des valeurs universelles – pour lesquelles on lutte, vit et meurt partout dans le monde, dans les pays occidentaux ET dans des pays musulmans (en Russie comme en Tunisie, récemment, des journalistes ont été tués parce qu'ils incarnaient la liberté d'expression).

Je voulais en quelques mots, à travers cette lettre, résumer ce que j'aimerais que vous reteniez de ce cours sur les Lumières, si j'avais pu le conduire avec vous. Ce n'est pas un cours “express”, mais quelques graines que je sème… et que vous saurez peut-être faire fructifier en vous, je l'espère.

Une fois n'est pas coutume, j'accompagnerai ma parole de quelques dessins, en hommage aux dessinateurs assassinés. Un dessin en dit souvent aussi long qu'un discours. “Oser penser”, telle est la devise des Lumières au XVIIIe siècle (c'est Kant, un grand philosophe allemand de l'époque, qui l'a formulée ainsi). Cela veut dire penser par soi-même, ne pas laisser les autres penser à sa place, ces “tuteurs” (dit Kant) qui nous enferment dans des pensées toutes faites au nom de notre bien. Penser par soi-même, cela implique de vérifier les faits avant d'en parler, et de réfléchir avec sa raison, pas avec des émotions spontanées. C'est un travail difficile, qui prend du temps, qui exige des efforts.

“Qui peut se permettre de ‘venger’ le prophète comme s’il ne pouvait pas se défendre seul ?”

Par exemple, tout le monde parle au nom du Coran, mais qui l'a lu en entier (en arabe du VIIe siècle, bien sûr, puisque c'était la langue du prophète Mahomet) ? Et qui peut se permettre de le maîtriser complètement, alors que des érudits qui l'ont épluché pendant toute leur existence, et depuis des siècles, ne sont toujours pas d'accord sur le sens de certains passages (c'est évidemment la même chose pour tous les textes religieux) ? Qui peut se permettre de “venger” le prophète comme si le prophète (et ne parlons pas de Dieu lui-même !) ne pouvait pas se défendre seul ? Vous ne trouvez pas cela d'une prétention sans nom, de la part de ces prétendus “fidèles” qui prennent une arme pour tuer au nom de leur Dieu ?

Tout le monde aussi parle de Charlie Hebdo, mais qui parmi vous avant le drame connaissait ce journal, le lisait régulièrement, qui connaissait son histoire et ses dessinateurs, ses rédacteurs, et leurs motivations ? Là encore, c'est l'ignorance qui est meurtrière. Saviez-vous ce que signifie exactement un “journal satirique” (la satire, qui est bien différente de la “moquerie”, du “blasphème” ?), ou l'esprit “libertaire”, ou l'“anticléricalisme” ? Vérifier les faits et choisir bien ses mots, pourchasser toute forme d'erreur grâce à la raison, c'est-à-dire prendre son temps, observer, comparer, avant de conclure, de parler ou d'agir (c'est pourquoi j'aime tant le silence en classe !), ne pas suivre aveuglément une rumeur, un mouvement de foule, une mode, un gourou, un copain qui semble plus savant que vous, et même un parent ou un prof…
Bien vérifier le sens et l’origine des mots

Mieux connaître pour mieux réfléchir, c'est donc le premier travail que nous demandent les Lumières. C'était le but de l'Encyclopédie, qui avait l'ambition de rassembler toutes les connaissances disponibles, et de les offrir au plus grand nombre. Aujourd'hui, dans le flot de paroles et d'informations dont nous sommes inondés à travers les médias et les réseaux sociaux, il est encore plus urgent de bien vérifier le sens précis, l'origine de tous les mots qu'on utilise : “islam” et “islamisme”, “terrorisme” et “fondamentalisme”, “guerre” et “djihad”, “arabe”, “juif”, “musulman”, “laïcité”, “liberté”, etc. Tous ces mots qu'on mélange et qui peuvent créer tant de malentendus fatals, tous ces mots vides, déversés, amplifiés, repris à la folie, quand n'importe qui raconte n'importe quoi, et que des centaines de “twittos” “retwittent” des sottises…

Il est important de connaître la géographie, l'histoire, la réalité non seulement du pays dans lequel on vit, mais aussi des pays sur lesquels on fantasme, à travers les médias. C'est un travail énorme, quotidien. “Oser penser”, et se forger une opinion sur des bases solides, c'est donc le premier défi des Lumières. Le second, qui découle du premier, c'est de permettre à tout être humain d'exprimer sans peur ce qu'il pense. Une fois qu'on est assez sûr de la justesse de son opinion, on doit pouvoir exprimer absolument tout ce qu'on pense, sans aucune limite. Et pour que cela fonctionne, il faut faire un effort encore plus difficile. Se mettre à la place de l'autre. Admettre que l'autre peut penser différemment de soi-même.

Une troisième valeur inventée par les Lumières, c'est la tolérance. C'est, par exemple, quand on est croyant, se mettre à la place d'un non-croyant (et vice versa). Le non-croyant a le droit de dire que Dieu n'existe pas. C'est pour cela qu'il n'existe pas de blasphème pour le non-croyant, car comment offenser quelqu'un qui n'existe pas ? Le croyant a aussi bien sûr le droit de dire que l'opinion du non-croyant le choque, qu'il n'est pas d'accord. Tout le monde avait le droit de dire que Charlie Hebdo n'était pas drôle, tout le monde avait le droit de ne pas le lire, et même de lui intenter un procès (et d'ailleurs les adversaires de Charlie Hebdo ne s'en sont pas privés…). La tolérance, c'est le droit de combattre des idées, pas des personnes.

“On ne peut pas mettre sur le même plan des crayons et des kalachnikov.”

C'est ce que faisaient les dessinateurs de Charlie Hebdo. Engagés, ils luttaient avec leurs plumes, avec leur humour. Là encore, les mots nous piègent. Il y a “combat” et “combat”, “guerre” et “guerre”, “armes” et “armes”. On ne peut pas mettre sur le même plan des crayons et des kalachnikov. Tuer, persécuter l'autre parce qu'il ne partage pas les mêmes idées que soi, cela s'appelle le fanatisme. Les philosophes des Lumières ont défini clairement ce qu'était le fanatisme, et l'ont pris pour cible – Voltaire appelait cela “l'Infâme”, il signait d'ailleurs toutes ses lettres par ce mot d'ordre : “Ecrasons l'Infâme” ! A l'époque, il s'agissait surtout du fanatisme catholique (l'Eglise pourchassait non seulement les libertins athées, mais aussi les jésuites, les protestants, tous ceux qu'elle considérait comme “hérétiques”, et pouvait les exécuter pour cela – faites-moi le plaisir de lire ou de relire le chapitre VI de Candide !).

Aucune religion n'est à l'abri du fanatisme, car le fanatisme n'est qu'une autre forme de la folie, qui atteint des êtres malheureux ou faibles d'esprit – déjà Molière nous avait prévenus avec son Tartuffe. Vous vous souvenez ? Orgon, fanatisé par Tartuffe, est fier de dire qu'à force d'aimer le Ciel, il regarde “comme du fumier tout le monde”, jusqu'à sa propre famille… C'est ce que devaient ressentir les fanatiques qui, au fil de ces trois jours sanglants que nous venons de vivre, ont tué des journalistes, des policiers, des juifs, parce qu'ils les considéraient comme du “fumier”.

Je relis l'article “Fanatisme”, de Voltaire : “Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains. Ils ressemblent à ce vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait.” On dirait que ce vieux Voltaire a écrit cela en parlant de nos assassins d'avant-hier, non ?

Voilà à peu près ce que j'aurais voulu vous dire de vive voix. Malgré tout, je ne sais pas si j'aurais eu la force de vous parler de tout cela, car je me sens en deuil à titre personnel. Je ne sais pas si j'aurais eu la force de voir en salle des professeurs le faux colis piégé “Je ne suis pas Charlie”, ou d'entendre certains de vos camarades dire que “à Charlie, ils l'avaient bien cherché”. Permettez-moi pour finir cette lettre de sortir du cadre du cours, et de vous livrer un témoignage plus intime.
“Charlie Hebdo” : une famille intellectuelle

Je suis issue d'une famille abonnée à Charlie Hebdo depuis le premier numéro en 1970, bientôt trois générations, et j'ai l'impression d'avoir perdu des proches avec Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Oncle Bernard, Honoré. Je ne les connaissais pas personnellement, mais ils étaient pour moi une famille intellectuelle, une famille d'élection (celle qu'on se choisit, parce qu'on partage des valeurs justement). Exactement comme certains écrivains morts depuis des siècles sont pour moi des amis. Chalie Hebdo, c'était le rire de résistance, qui tache mais ne tue pas, qui attaquait à grands coups de dessin malpolis et souvent “pipi-caca-sexe” (on appelle ça l'humour paillard), à coups de trognes grotesques, et aussi de textes stylés, féroces mais jamais méchants, l'armée, les églises, les excès du pouvoir, la guerre, la lâcheté des forts écrasant les faibles, l'ignorance, bref la bêtise humaine partout où on peut la débusquer.

Charlie nous faisait rire du pire, même de la mort. Je parle au passé, j'espère qu'ils seront nombreux à reprendre le flambeau, même si, je le crains, plus personne ne peut être Charlie comme eux.

J'écris cette lettre au moment où des millions de personnes à Paris, en France, sur la planète, marchent fraternellement sous la bannière “je suis Charlie”. Je suis Charlie, ça veut dire aujourd'hui je suis musulman, juif, chrétien, athée, français, humain. C'est un mot de fraternité, une autre valeur cruciale des Lumières. Vous vivez un événement unique, qui fera date dans l'histoire de la France et peut-être du monde. C'est dans ces occasions-là qu'on grandit, qu'une conscience de citoyen se forge. Ne laissez personne penser à votre place. Lisez, apprenez, critiquez, exprimez-vous avec des armes solides : votre raison, votre savoir. C'est le sens de votre présence au lycée.

Mes chers élèves, pour filer la métaphore jardinière, si j'ai pu être un peu votre “tuteur”, il faut maintenant se passer de tuteur, comme les rosiers qui finissent par pousser tout seuls. Je prendrai évidemment de vos nouvelles…

Votre professeur de lettres, F. Capel »

“Mes chers élèves…”, par Fanny Capel, professeur de lettres Publié le 15/01/2015. Mis à jour le 19/01/2015 à 12h19.

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 12:24
Je suis Charlie !!

Petrus Blog s'associe à la peine de toute l'équipe de Charlie Hebdo et aux familles des victimes de cet attentat.

Continuons à écrire et a défendre nos idées !!

No passâran !!!

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 00:21
Retour à Thann
Retour à Thann

Le soir tombait sur la campagne alsacienne. Au loin les bâtiments sales de la gare ferroviaire était noyés dans un épais brouillard. S'ils ne m'avait pas gelé jusqu'à la moêle des os, je l'aurai trouvé plutôt bienvenu, moi, ce brouillard : le quartier de la gare de Mulhouse était l'un des plus laids qu'il m'ait été donné de voir. Avec son parking peuplé de prostitués anémiques et de clochards en quête d'un peu de chaleur humaine ou de vin chaud, ses bâtiments du stuck jaunâtre aux vitres brisées couvertes de toîles d'arraignés, tout en lui respirait la suffisance et le mauvais goût de ces bourgades bourgoises construites au coeur de la révolution industrielle, alors que la vapeur, le chemin de fer et l'industrialisation promettait à chacun sa part de bonheur et de prospérité. Aujourd'hui, on en était loin, du bonheur et de la prospérité. Malgré les promesses et les déclarations d'innombrables gouvernements successifs, le chômage atteignait des records d'altitude que même un Maurice Herzog ou un Spoutnik n'aurait pu rêvé atteindre ... Et pendant ce temps les douzes salopards du CAC 40 continuaient à s'en mettre plein les fouilles ... Et l'autre empafé qui nous promettait une moralisation de la politique. J'en aurais bien ri mais mes lèvres étaient gercés et ma bourse vide.

En attendant, mon train n'arrivait pas et la toquante, à mon poignet, me disait combien mes heures étaient comptées. Avec la nuit, le froid gagnait du terrain. Déjà je ne sentais plus mes doigts.

Enfin, dans un nuage de fuel et de vapeur que n'aurait pas reniée l'enseigne Bennetton, mon transport fut "mis en place" ainsi que me l'annonça la voix guturale mais féminine (si, si celà existe !!) de la préposée au chaud derrière son pupitre. Faisant fi de la politesse et de la courtoisie – quand la survie est engagée, même le plus british des gentlemens peut se révéler être un rustre – j'écrasais les pieds d'une vieille dame qui me gratifia d'un sourire glacial (pas grave, j'étais déjà frigorifié) et d'un coup de canne dans les tibias, je bousculais sans vergogne deux lycéens trop occupés à se bécoter pour sentir le froid et me précipaitais sur la banquette la plus proche du radiateur qui, par malheur, était froid.

Bientôt notre convoi se mit en marche, hoquetant comme un tubard en fin de vie, crachant une épaisse fumée noire qui, par intermitance, pénétrait pas les lézardes du compartiment et emplissait le wagon d'une odeur d'huile de vidange et de suie. Cahin caha, je me laissais bercer par le respiration asmatique de la locomotive et par les vibrations des roues cognant sur les traverses de chemin de fer. Les yeux boufis de fâtigue, je regardais le paysage défiler derrière les vitres embuées, du moins ce que la nuit et le brouillard me permettait d'en déceler. Les immeubles décrépis firent place à d'autre immeubles, encore plus décrépis, puis vint la friche industrielle avec ses carcasses de bureaux aux vitres brisées, ses hangards en ruine ... Partout la rouille, la terre et la désolation ! Heureusement, le train pénétra bientôt dans la riche vallée de Thann. Autrefois versée dans l'industrie du textile et de la potasse, elle avait su amorcer à temps sa reconversion industrielle pour se tourner vers la chimie et la vigne, parfois les deux à la fois. Là, les champs couverts de givre succédèrent au champ couverts de ruines, les petites maisonnées aux couleurs vives aux barres d'immeubles ternes. Pour un peu on se serait cru dans un conte de fées. Mon coeur recommençait à battre quand nous arrivâmes à l'entrée de Thann. D'immenses torchères éclairaient la nuit de leurs lueurs soufrées, des essaims de câbles serpentaient dans la lueur des projecteurs et une épaisse odeur chimique flottait dans l'atmosphère. « Gare de Thann, Terminus Tout le monde descend ! » annonça la voix métallique du préposé. Il ne pouvait pas avoir plus raison. J'étais de retour à Thann !!

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 18:28
Ellory RJ - Seul le Silence
Ellory RJ - Seul le Silence

Synopsis

Joseph Vaughan a 12 ans lorsqu'il découvre le corps mutilé d'une fillette abandonné dans un champ, non loin de chez lui. Cette mort, qui n'est pas la première à frapper la petite bourgade d'Augusta Falls (Géorgie, USA), sera suivie par d'autres, toutes aussi atroces, perpétrées d'abord à Augusta Falls puis dans les localités voisines ou plus lointaines.

Devant un pareil déferlement de barbarie, les forces de l'ordre d'Augusta Falls et des localités voisines se révèlent très rapidement dépassées. La population apeurée s'isole, se renferme sur elle-même. Les étrangers deviennent des suspects : « Seul un étranger peut commettre un tel crime ! », « Il est naturellement exclu que le criminel soit un membre de la communauté. », puis des indésirables dont se débarrasse de gré ou de force ...

C'est dans cette atmosphère lourde de peurs et de tensions que Joseph et ses amis décident d’agir … à leur façon ; c'est-à-dire à la façon de gamins de 10 ans terrorisés mais courageux : ils se réunissent en une petite bande pompeusement baptisée « Les anges gardiens » et font le serment de veiller les uns sur les autre et tous ensemble sur leur communauté … Mais que peuvent faire des enfants contre la brutalité des adultes ? Malgré leur efforts et leur vigilance, le tueur court toujours égrainant les cadavres comme les miettes de pain le Petit Poucet tout au long de son périple mortel … Périple qui au détour d'un méandre ne pouvait que venir percuter, avec la violence d'un uppercut bien placé, le destin du narrateur, Joseph Vaughan.

Et c'est de cette rencontre, de cet affrontement qu'est née l’œuvre : A Quiet Belief in Angels, Seul le Silence.

Critique

Seul le silence, A Quiet Belief in Angels, est le premier roman traduit en français de Roger John Ellory.

Même si la mort et le meurtre tissent la toile arachnéenne de l'intrigue, Seul le Silence n'est pas à proprement parler un polar. En effet, contrairement aux héros de polars – détectives ou policiers – qui vont au devant du danger par devoir ou conscience professionnelle, Joseph Vaughan semble d'avantage chercher à fuir les événements qu'à les rencontrer, voir les provoquer : toute sa vie, il n'aura de cesse de vouloir se construire une vie paisible, loin des meurtres et de leur cortèges de souffrances. Et de fait, ce sont plutôt les meurtres et leurs conséquences, qui le poursuivront. Et c'est cette persistance du Mal dans la vie du narrateur qui donne à cette œuvre une véritable dimension tragique : où qu'il aille, Joseph sera hanté par la mort de ces fillettes et son obstination à vouloir comprendre les meurtres scelleront son destin, d'abord en l'isolant de sa communauté, en le forçant à la fuite et à l'exil, puis le conduiront en prison pour le meurtre de sa compagne.

Pas vraiment un polar, Seul le Silence n'en reste pas moins un authentique roman noir, pur jus.

Écrit dans une veine très réaliste, très attaché aux détails et à la justesse des faits , il propose une description sans concession de la mentalité des petites bourgades de l'Amérique profonde. Derrière un vernis fait de sagesse paysanne et de bondieuserie bon teint, apparaissent, dès les premières tensions, des sentiments bien moins nobles mais humains … trop humains peut-être. Haine, jalousie, bêtise, rien ne semble épargner les habitants d'Augusta Falls. Du shérif Dearing sensé faire régner l'ordre dans la communauté qui n'hésite pas à fermer les yeux sur le lynchage de l'un des siens, à la propre mère du narrateur, empêtrée dans sa bondieuserie qui invite le voisin dans le lit conjugal encore chaud du corps de son défunt époux. Seule, l'institutrice du village semble échapper à la bêtise ambiante – peut-être justement parce qu'elle n'est pas vraiment du village, une étrangère pour ainsi dire, peut-être aussi parce qu'elle est l'institutrice et que son instruction, ses connaissances la prémunissent contre l'abrutissement qui semble frapper le reste de la population. Mais le sort ne l'épargnera pas pour autant : elle ne fera que passer, telle une étoile filante, illuminant un temps la nuit du narrateur avant de disparaitre dans la nuit. Notons toutefois que parmi l'ensemble des protagonistes de cette affaire, elle sera la seule à mourir d'une mort naturelle. Un privilège rare, parmi les proches du narrateur.

Même la ville de New-York n'échappe pas au vitriol.. Le New-York d'Ellory est bien loin du rêve américain fait de paillettes, de lumières et de féerie : il s'agit d'un New-York viril, brutal, un New-York à la Céline. Il suffit de les écouter pour s'en convaincre :

Céline, d'abord, et sa découverte de New-York : « Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. [Voyage au bout de la nuit] »

Ellory ensuite : «Et Brooklyn se rua sur moi telle une bête sauvage. Plein de tours et d'espoirs ; la lumière se fracassant entre les bâtiments dont on ne voyait pas le bout, le verre d'un million de fenêtres de Manhattan, et le monde, tellement de monde, trop pour distinguer le moindre individu. Broadway, Union Avenue, pancartes désignant des écoles et des églises, des centres médicaux, publicités et affiches aux couleurs et aux messages resplendissant ; et encore du monde, plus de monde sur un seul trottoir qu'il n'en passait à Augusta Falls en trois saisons. »

La même violence dans le trait, la même sensation de brutalité dans cette ville toute de verre et d'acier, pas vraiment accueillante, loin les contes de fées … Quant à sa population, sa faune …, c'est à travers la plume acerbe d'Ellory que le vice, la cupidité et tous les petits travers de New-York la bohème vont être exposés à la lumière du jour. Levée du voile sur un univers de scribouillards prétentieux, imbus d'eux-même, pétris de haine du monde et de jalousie des autres, prêt à vendre père et mère pour un quart-d'heure de célébrité, sur un monde de pique-assiettes fauchés et avinés, attirés par l'argent et la célébrité comme des mouches par une charogne. Et au milieu de toute cette fange, comme une rose sur un tas de fumier, Bridget Mc Cormack, rencontrée au hasard d'une allée de bibliothèque (encore un lieu de culture) et qui illuminera la vie du narrateur jusqu'à ce que la malédiction ne vienne à nouveau le frapper et l'entraîner dans le cercle de l'horreur.

Au final, même si une certaine morale finit par émerger du roman, Seul le silence reste une œuvre très noire

Une œuvre marquée du sceau d'un pessimisme profond, indélébile tout d'abord. Une œuvre dont la sagesse semble vouloir nous apprendre que toute grande vie se paye de grandes souffrances, que les œuvres les plus profondes, les plus riches doivent avoir été forgées au plus profonde des enfers. Car si le narrateur ne cesse de croire à la possibilité du bonheur, ses espoirs de paix, de sérénité (sinon de normalité) semblent immanquablement devoir s'effondrer devant le poids du destin. Mais c'est précisément au milieu de cette souffrance, du fait de cette sur-abondance de tragédies, que naîtra - rédemption sublime ou prix du tragique - la destinée du narrateur, celle d'un écrivain prodigue dont les oeuvres marqueront de leur profondeur des générations de lecteurs ... (Rêve d'auteur ou signe du destin ?)

C'est ensuite une œuvre marquée par la violence, d'abord celle, atroce, des meurtres, et plus particulièrement des meurtres d'enfants, de jeunes filles – peut-être les plus insoutenables !! Mais très vite ces derniers serviront de prétexte, de révélateur à une autre violence, plus ordinaire, celle-là, mais toute aussi meurtrière. La violence des petites communautés rurales de l'Amérique profonde (et pas seulement de l'Amérique, il n'y a cas regarder devant nos portes !) abruties de superstitions religieuses et de peur de l'autre (même si ce dernier est un membre de longue date de la communauté), prompte à accuser son voisin et le voisin de son voisin des pires vilenies si cela sert leurs intérêts, Tout aussi prompt à condamner sans procès l'étranger pour la seule raison qu'il n'est pas l'un des « nôtres ». Car c'est t dans cette Amérique profonde, du Kansas, de la Géorgie et d'ailleurs que les lynchages d'afro-américains ont perduré le plus longtemps, le dernier en date était en 1966.

Bref, Seul le silence est une œuvre magistrale dont la lecture, peut-être un rien aride au début n'a pas cessé de me bouleversé tout au long de ce récit. Il s'agit de ces œuvres comme on en rencontre que trop rarement et qui laissent un sillage indélébile après leur passage, comme la queue d'une comète.

"Tu connaissais Alexandra, n'est-ce pas ? demandés-je à l'homme mort devant moi. Tu la connaissais, mais je peux imaginer que tu ne l'as jamais vraiment comprise ... Tu n'as jamais vraiment compris personne n'est-ce pas ? Peut-être que tu pensais connaître les gens ... mais c'était juste ton imagination. Il n'y a jamais pu avoir ni compassion ni humanité en toi ... pour faire les choses que tu as faites pendant toutes ces années."

Je ressentais souvent le besoin de compagnie, mais je la surmontais grâce à la certitude que tout ce que je gagnerais, je le perdrais bientôt. [...] Je ne tentais pas mas chance, persuadé qu’ainsi je ne pourrais pas perdre

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Présentation

  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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