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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 17:32
Lune sanglante : James Ellroy

Lune sanglante : James Ellroy

Ellroy, James - Lune sanglante (Blood on the moon) - Editions Rivages / Noir - 1984 (édition us) 1987 (1ère édition française) - ISBN : 978-2-86930-077-4

 

Lune sanglante est le troisième roman de James Ellroy (le premier publié en France). C'est également le premier volume de la trilogie Lloyd Hopkins. Suivront successivement À Cause de la Nuit (1986) et La Colline aux Suicidés (1987).

   Avec Lune sanglante,  James Ellroy met au prises deux figures à la fois antagonistes et profondément proches. 

Côté clair : Lloyd Hopkins, flic génial, coriace au possible, obsédé par un idéal : Protéger le peu d'innocence qui reste dans ce monde, et en particulier dans la Cité des Anges rongée par la violence, la drogue et le sexe. Hopkins est un personnage aux fortes connotations tragiques : Seul, il se dresse face à la violence et au vice de la société, il combat avec l'énergie du désespoir et la conviction presque mystique que s'il ne le faisait pas le  monde sombrerait dans un océan de vices et de violence. Mais c'est aussi un personnage profondément humain et complexe (ce qui ne fait qu'accroître son caractère tragique). Défenseur de la morale, protecteur de l'innocence et de la vertu (particulièrement la vertu féminine), Hopkins préfère toutefois la compagnie de filles lègères à celle de sa femme et de ses enfants. Participant de la même faille dans son caractère Hopkins n'hésite pas à recourir à la violence (et parfois à la violence extrême) au nom de l'idéal qu'il prétend défendre. Sa mission l'habite tout entier, au point de l'isoler peu à peu dans un face à face avec son rival.

   Côté sombre :  l'assassin, poète psychopathe qui massacre des femmes depuis 20 ans en toute impunité. Mais poète doué, (plus pour le meurtre que pour la poésie,il est vrai) et qui partage avec Lloyd ce curieux idéal de protection de l'innocence: tous deux sauvent des âmes, des femmes... mais avec une différence de taille : là où le premier les aime au point de ne pouvoir en choisir une (sa femme) au détriment des autres (ses maitresses), l'autres aime les femme au point de ne pouvoir les partager, de ne pas supporter leur faiblesse ... et de les sacrifier au cours de rituels pervers et sophistiqués.

  C'est donc un combat, en quelque sorte fratricide, que vont se livrer ces deux figures. Un combat d'autant plus impitoyable qu'il est livré au nom de deux conceptions extrêmes de l'Amour et de l'Innocence et que du point de vue des deux adversaires, les enjeux sont considérables, voir vitaux : tandis que l'un tue, poussé par le besoin soustraire les femmes et de les figer dans une éternité d'innocence, l'autre se bat pour préserver l'innocence de la violence et du vice dans le monde. La où l'un se bat poussé par le ressentiment et la vengeance, l'autre se bat par amour. Plus qu'un combat, c'est une croisade que va entreprendre Hopkins contre celui qui ne tardera pas à devenir son frère obscure, son alter égo dans le mal. Une croisade qui le conduira toujours plus loin dans la spirale tragique de sa lutte contre le vice et la corruption ... et le laissera toujours plus seul aussi. Ses proches s'écarteront tous (ou presque) devant lui comme devant un monstre sacré, à la fois admiratif et terrorisé devant la violence de la mission qui l'habite. Sa femme, tout d'abord, préfèrera trouver dans les bars d'un autre le réconfort que son mari ne pouvait plus lui offrire, emportant avec elle ses filles pour les soustraire à l'influence déléthère de son mari. Ses maîtresse, ensuite, prendront leurs distances ou périront, entraînées malgré elles dans la spirale destructrice de son destin. Ses collègues et sa hiérarchie, enfin, qui - à l'exception d'un seul - refuseront de cautionner (par leur silence ou leur patricipation) la folie du Grand Flic.

   Qu'on se le dise une fois pour toutes, Lloyd Hopkins n'est pas ce qu'on peut appeler "sympathique", il est violent, parfois à l'extrême, obstiné (d'aucun diront même buté), et un rien intégriste dans ses jugement moraux. Mais cette violence, dans les actes comme dans les idées, n'est que le reflet de la violence du combat mené par Hopkins. Et c'est là une des cractéristiques du roman noir policier (hard-boiled detective novel) que de présenter des personnages rugueux, à la moralité trouble pour mettre à la lumière les aspects les moins reluisant de notre société. Aussi, si la rudesse de Hopkins heurte, bouscule, c'est parce qu'elle n'est que le reflet obscur de notre part d'humanité.

   Plus qu'un roman noir, Lune Sanglante est une fresque gigantesque du combat du Bien contre le Mal. A la manière de Dante ou de Sébastien Brant, James Ellroy met en scène au travers de la représentation singulière d'un combat tragique, l'éternelle lutte morale qui se joue tous les jours en chacun de nous. Aussi, c'est peu de dire combien, derrière des dehors parfois sinistres, Lune sanglante, à l'instar de toute l'oeuvre de Ellroy reste profondément optimiste.

 

Sur les ondes de la KRLA, le vendredi 10 juin 1964 fut le début d'un week-end consacré aux bons vieux tubes du passé. Les deux conspirateurs qui repéraient la zone où le "kidnapping" devait avoir lieu firent beugler leur transistor à plein volume pour étouffer le bruit des tronçonneuses, des marteaux, des barres à mine - bruyante rénovation de la classe du troisième étage en lutte avec la musique des Fleetwood.
Larry Craigie "le givré", la radio collée à l'oreille, s'émerveilla de l'ironie du moment, ces travaux de construction, une petite semaine avant que l'école ne ferme pour l'été (...).

James Ellroy, Lune Sanglante

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Published by Petrus002 - dans Polars Romans
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  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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