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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 06:00
Abbott, Megan : La Fin de l'Innocence

Abbott, Megan : La Fin de l'Innocence

Abbott, Megan [trad. Isabelle Maillet] - La Fin de l'innocence [The end of everything] - Edition du Livre de poche- 2011 - ISBN : 978-2-253-17765-4

 

    Dans une petite ville de banlieue américaine vivent deux amies : Lizzie, une jeune fille de 13 ans et son amie Evie Verner. Amies depuis la plus petite enfance, Lizzie à l’habitude de passer ses journées dans la famille de son amie. Famille idéale et idéale de famille. Il y a Mr Verner : mari parfait, père accomplit, tendre, attentionné et attachant (sinon attirant) à la fois, Dusty Verner, la grande sœur idéale : Belle et sexy en diable, sportive (une véritable cheerleaders), complice et confidente avec sa sœur cadette, véritable icône féminine et modèle à suivre pour les deux jeunes filles et Mme Verner, dont la présence discrète et silencieuse (curieusement effacée ?)  ne fait que renforcer l’attrait et le sex-appeal de son époux.

    Un soir, à la sortie de l’école, Evie disparaît. Toute la communauté redoute le pire (enlèvement, rapt, séquestration, … rien n’est ouvertement dit mais tous pensent à la même chose. Ah la douce paranoïa des petites villes résidentielles !! ) Des recherches sont aussitôt mises en branle … avec Mr le curé (ou le pasteur – selon les confessions) pour distribuer des gâteaux, les scouts pour l’aider, bref, vous voyez déjà le tableau … En vain. Lizzie, qui est la dernière à avoir vue Evie (à part, peut-être son agresseur) est au cœur de l’attention. La police l’interroge, écoute la moindre de ses paroles dans l’espoir d’y découvrir une piste, Mr Verner la couve d’attention et la presse de révéler tout ce qu’elle sait … voir même ce qu’elle ne sait pas (du genre : « Mais si j’ai vu le voisin – vous savez celui que personne n’aime – passer en voiture ce jour là. ») Et Lizzie répond, cherche et va même jusqu’à inventer … Tout cela pour rester au centre de l’attention … surtout celle de Mr Verner qui, depuis que sa fille a disparue semble se rapprocher de plus en plus d’elle …

 

    J’avais déjà lu Vilaines Filles de Mégan Abbott (oui, je sais celui-ci ayant précédé celui-là, j’aurai logiquement dû commencer par celui-là et continuer par celui-ci, mais bon rien n’est vraiment logique avec moi donc …) et j’avais adoré … malgré une légère gêne aux entournures, comme un léger scrupule moral à m’immiscer dans la vie intime d’une bande d’adolescentes. Avec La Fin de l’innocence, Je pense que Mégan Abbott va plus loin encore, et ce pour plusieurs raisons :

    Le suspens est dans ce roman quelque-chose de parfaitement maîtrisé :

    Du point de vue des séquences narratives (le chapitres), ceux-ci sont présentés comme autant de scénettes, quasiment des flashbacks de la narratrice (Lizzie). Ce qui donne une narration parcellaire, composée d'aperçus des événements, aperçus forcément déformés par le regard (naïf ?) de la petite Lizzie, teintés de ses espoirs (ceux de conquérir le cœur de Mr Verner, par exemple), de ses craintes (celles de ne plus revoir son amie … ou crainte de la voir revenir trop vite ?)

    Du point de vue de l’écriture (du style) : Une écriture toute en ellipses qui suggère plus qu’elle ne dit, qui laisse l’imagination s’emporter et prendre le pas pour combler les non-dits …

    Bref un véritable suspens psychologique (car au fond on ne sait à aucun moment ce qui est véritablement arrivé à Evie) qui nous prend et ne nous lâche qu’une fois la dernière ligne lue. Du point de vue purement littéraire (le seul qui – de mon point de vue – devrait compter) La fin de l’Innocence mérite largement nos louanges et, plus que ça, notre lecture : C’est un vrai petit bijou !!

 

    Mais il y a aussi un point de vue plus attaché au contenu (certains esprits chagrins diront à la morale, la décence ou à n’importe laquelle de ces « grandes valeurs » que l’on aime bien agiter telles des épouvantails quand les choses nous dépassent) et dans la Fin de l’innocence, il ne s’agit plus d’adolescentes mais de jeunes filles. Lizzie et Evie ont toutes deux 13 ans : elles ne sont plus tout à fait des enfants mais pas encore des adolescentes … Elles vivent la fin de l’enfance. Or sila fin de l’enfance n’est pas vraiment la Fin de toutes choses [comme le suggère le titre anglais : The End of everything], elle est cependant la fin de beaucoup de choses : la fin de l’innocence, la fin d’une certaine ignorance (celle des « choses de la vie », de la sexualité, de la méchanceté humaine, du vice, etc.), cette période ingrate pour certains est aussi un formidable laboratoire d’expérimentations et d’introspections.

    En nous introduisant dans les coulisses de ce laboratoire, dans l’inconscient de ces jeunes filles, Megan Abbott brise sinon un tabou, du moins une représentation socialement convenue de l’enfance. Une représentation qui voudrait faire de l’enfance une période d’innocence, de gentillesse, de tendresse et d’ingéniosité (Ah ! les chers petits anges !!!) Certes Lizzie et Evie n’ont rien de Heïdi ou de la princesse de Clèves (sinon peut-être l’apparence), certes elles sont perverses (de cette perversion dont Freud disait qu’elle est le propre des enfants), certes elles sont égocentrées et manipulatrices ; mais regardez bien vos filles, ne sont-elles pas faite du même moule ?

    Bref, La Fin de l’innocence est une de ces œuvres magistrales qui nous bouleverse autant qu’elle nous ravit … Une œuvre tout simplement sublime !!

 

 

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Published by Petrus002 - dans Polars Romans
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  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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