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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 05:54
Lehanne Dennis - Un Pays à l'aube

Lehanne Dennis - Un Pays à l'aube

 

Lehanne Dennis - Un Pays à l'aube (Traduit de l'Anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet) - Collection : Rivages/Noir - Septembre 2010 - I.S.B.N. : 2-7436-2130-3

   1916. La Grande guerre lentement s'achève. Par centaines, les soldats américains rentrent au pays où ils espèrent retrouver la vie qu'ils avaient avant. Mais au pays, rien n'est prêt pour leur retour : l'économie, autrefois boostée par la guerre, retrouve lentement son cours normal entraînant avec elle le pays dans la dépression, pire, les emplois laissés vaquant par les soldats partis à la guerre sont désormais occupés par les populations noires venues du sud travaillant  plus dur et pour moins cher que les salariés blancs. Aussi, pour les braves le retour à la vie civile a comme un goût amer.

C'est dans ce climat de tensions et de colères entretenues tant par la cupidité des élites locales - d'avantages préoccupés par le soucis de conserver leur situation que par les préoccupations légitimes de la population - que par les mouvement anarchistes et communistes répandus à travers le pays comme une nouvelle gangrène sociale que vont se rencontrer deux personnages dont rien, pourtant, ne laissait présager la rencontre.

   Il y a d'abord Danny Coughlin, issu d'une famille irlandaise récemment émigré en Amérique, boxeur semi-professionnel, il est le fils et le protégé du Capitaine Coughlin. Héros du Boston Police Departement, ce dernier incarne la police "à l'ancienne": il gère son service comme sa famille, avec une poigne de fer et malheur à qui viendrait contester son pouvoir ou ses décisions; et, même s'il se présente comme l'ultime rempart au désordre et à l'anarchie grandissante, cela ne l'empêche pas de se livrer à de petits trafics illicites mais fortement lucratifs. Comparé à lui, Danny est plus idéaliste : sensible aux problèmes de la société, conscient de l'injustice d'un système fondé sur l'exploitation des classes laborieuses, il se bat pour le rendre plus juste quitte, pour cela à s'opposer à son père et à ses supérieurs au sein du BPD.

  Et puis il y à Luther Laurence, jeune ouvrier afro-américain fan de base-ball, contraint de quitter précipitamment Saint-Louis (Missouri) en y laissant femme et enfant pour fuir la vengeance d'un gang local. Comme Danny, Luther rêve d'un monde meilleur, plus juste, où la couleur de la peau et l'origine sociale ne scelleront plus le sort des individus. Et comme lui, les injustices du système le révolte.

   Grand amateur de romans réalistes, j'ai toujours eu un faible pour les romans dont l'intrigue s'appuie sur un solide background historique, pour les romans qui font se rencontrer l'histoire (celle des personnages) et l'Histoire. J'ai toujours eu un frisson de plaisir à croiser au coin d'un page telle ou telle figure de l'Histoire ... à condition qu'elles ne viennent pas faire de l'ombre aux personnages de l'intrigue, voir leur voler la vedette. Ainsi, j'avais aimé les deux volumes de la grande trilogie de Ken Follett (Le Siècle des Géants) mais j'avis regretté que l'histoire des personnages se perdent dans l'Histoire ;  j'avais adoré, en revanche, les aventure de Bernie Gunther, de Philippe Kehrr, et croisé avec amusement (si, si !!) Eichmann, Goebbels et consorts au coin d'une page. Ils étaient là parce qu'il était logique qu'ils le soient, sans prendre toute la place ni faire tâche (même si certains l'étaient).  Bref, je croyais avoir connu le meilleur et le pire aussi (je vous en parlerai un jour) des romans à Histoire ... et je me trompais. Avec Un Pays à l'aube, Dennis Lehanne met la barre trés, trés haut.

   Sans être un spécialiste de Dennis Lehanne, ni même un néophyte ... Bon ok, disons le : c’était mon premier Lehanne - Je peux dire que ce roman est un "petit" bijou (j'hésite à dire petit car il fait bien ces 800 pages !

    Comment le définir ? Sans être stricto senso un polar (ce n'est pas un roman à enquête(s) même s'il y a bien des enquêtes -  et des enquêtes de polices - dans son intrigue), il est cependant bel et bien un roman noir :

 Construit autour d’un réel épisode historique (la grève des policiers de Boston de 1919), il s’appuie sur un background historique (très richement documenté !!) dont la tonalité dominante est assez éloignée du rose bonbon, voir du bleu clair … plus proche du bleu foncé (celui des houppelandes des forces de police de Boston) … voir du noir (celui des drapeaux anarchistes). Bref on a bien affaire ici à un roman noir !

Malgré ces 800 pages bien senties, Un Pays à l’aube se lit avec une grande facilité et un grand plaisir. Pas de longues digressions sur le détail d’un habit ou la structure sociale de la société, non ici chaque mot, chaque expression est pesée, calibrée (du 38. Spécial)  et ciselée pour être pile poil au bon endroit et au bon moment (pas comme ces gens plus ou moins braves qui, pris au milieu des manifestants, se retrouvent fichés comme subversifs alors qu’ils allaient justes acheter des cigarettes … et ne sont jamais rentrés). Ici, la narration alterne action et repos comme Armstrong (Louis, pas Neil) alternait les crochets … pas de répits, ou juste ce qu’il faut pour faire durer le plaisir.

Au final (un final par KO, forcément), ce livre nous laisse dans les cordes avec l’envie d’en lire d’autres comme lui.


Peut-être était-ce cela,finalement, le véritable prix à payer pour avoir fondé une famille : se retrouver dans l'incapacité de soulager la souffrance des êtres aimés, de la faire disparaître de leur corps, de leur coeur, de leur tête. On prenait ses enfants dans ses bras, on leur donnait un nom, on les nourrissait et on formait des projets pour eux en oubliant que le monde les guettait, prêt à les tailler en pièces.

Un pays à l'aube | Dennis Lehane

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Published by Petrus002 - dans Romans Polars
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  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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