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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 22:56
Megan Abbott : Red Room Lounge [Die a little] traduit de l'américain Jean Esch – Edition du Livre de Poche – 2005 pour l'édition us, 2011 pour l'édition française.  ISBN : 978-2-253-16151-6

Megan Abbott : Red Room Lounge [Die a little] traduit de l'américain Jean Esch – Edition du Livre de Poche – 2005 pour l'édition us, 2011 pour l'édition française. ISBN : 978-2-253-16151-6

Synopsis :

Lora et Bill King sont des frères et soeurs inséparables. Lui est enquêteur au bureau du procureur de Californie, elle enseigne dans un lycée pour fille de Pasadena. Depuis leur plus tendre enfance, ils font tout ensembles et partagent tous leurs secrets.

Lorsque Bill rencontre Alice Steele, l'harmonie du couple frère-sœur est menacée. Lora adopte aussitôt pour une posture défensive, agressive envers la nouvelle venue … même si Alice multiplie les gestes d'appaisement à son égar. Il faut dire que cette dernière est une parfaite femme de maison : excellente cuisinière, épouse fidèle et dévouée et animatrice de soirées hors paire. Peut-être trop parfaite aux yeux de Lora qui soupsonne que tant de perfection cache quelques noirceurs soigneusement dissimulées.

Tout d'abord, les deux femmes s'observent, se toisent, se jaugent du regard, cherchant les défauts dans la cuirasse de l'autre, puis les premières escarmouches arrivent, d'abord à fleurets mouchetés, puis de plus en plus blessantes, jusqu'au duel final où l'une des deux rivales devra céder ou périr.

Critique :

J'avais déjà adoré Megan Abbott que j'avais découverte par Vilaines Filles puis je  l'avais encore plus appréciée à travers La fin de l'Innocence. J'avais aimé sa façon de nous faire pénétrer dans la vie intime de la bourgeoisie provinciale de l'amérique profonde, de nous faire penser comme elle, sentir comme elle … et surtout sa façon si particulière de nous dire que sous les apparences bien proprettes de ces familles se cachent souvent les plus noirs desseins.

Une fois encore, je n'ai pas été déçu ! Red Room Lounge est un vrai bijou de littérature, mais un diamant noir, sombre et venimeux. Rédigé uniquement du point de vue de Lora, l'intrigue se construit au fil des souvenirs de cette dernière. D'où son caractère fragmentaire et subjectif. Elle donne l'impression d'une confession, presque des aveux et laisse présager sinon un drame, du moins des événements funestes. Et lorsque l'on découvre, au fil de la lecture, la tension - sinon la haine - que se vouent les deux femmes, on imagine sans mal quelle fin tragique peut advenir. C'est comme entendre l'histoire d'un conflit raconté uniquement du point de vue d'un seul des deux belligérents : on se doute que toute la vérité n'est pas là mais comme l'histoire est si bien raconté, l'on en vient à croire cette version, à oublier qu'il existe une autre version des événements – peut-être bien différente. C'est comme, aussi, assister, impuissant, à la montée en puissance d'une crise aussi inévitable que destructrice, à la venue d'un conflit que l'on pressent dans toute sa puissance meurtrière de haine et de jalousie accumulée.  Car c'est bien d'un conflit qu'il s'agit, d'un conflit entre deux femmes pour la conquête d'un homme. L'éternelle histoire, en somme. Mais à cette différence-ci que l'histoire se déroule à Los Angeles, la Cité des Anges, dans les années 50 sur fond de jazz (que curieusement Megan Abbott ne semble pas trop apprécier), de drogue et de cinéma.

Dans cette cité hantée par les lumières d'Hollywood, deux univers se rencontrent et s'affrontent : celui, feutré et poli de la petite bourgeoisie californienne, et celui rude, noir et corrosif des bas quatriers d'Hollywood. Hollywood avec ses lumières, ses bars et ses boîtes de nuit … et toute la faune qui les fréquente : stars et agents de stars, réalisateurs, entremetteurs de tous poils, putes, toxicos, macros … Côté pile, clair et lumineux, il y a Lora, petite bourgeoise prospère vivant dans la grande maison héritée de ses parents, enseignante dans un lycée de fille de Pasadena … Côté face, obscure et souterrain, il y a Alice, ancienne costumière pour l'industrie du cinéma, déracinée, usée, mais bien décidée à s'en sortir. Et au milieu, il y a Bill. Lui serait plutôt du côté clair et lumineux, mais sa profession - enquêteur pour le bureau du procureur – lui met déjà un pied du côté obscur. Et tandis que Lora s'efforce de maintenir son frère du côté lumineux, Alice, lentement, le fait glisser, du côté obscur, sombre de Hollywood. Aussi, in fine, ce n'est plus tant le combat de deux femelles pour un male mais celui, manichéen, du Bien et du Mal … l'histoire éternelle de la tentation et de la chute de l'homme … sauf que, bien sûr, ici, les rôles ne sont pas aussi nettement démarqués. Si Lora appraît comme l'image de la vertu - et c'est bien normal puisque c'est elle la narratrice - des lézardes apparaissent dans sa blanche cuirace ... et ses intensions ne sont pas claires, non plus. Agit-elle pour sauver son frère de l'influence d'Alice ou plus prosaïquement par jalousie ? Quant à Alice, ses efforts pour paraître l'image de la parfaite femme de maison sont-ils vraiment un subterfuge, une mascarde pour cacher son jeu – ainsi que le pense Lora – ou le fruit d'une véritable volonté de se sortir de la noirceur du monde d'où elle est issue.

L'histoire n'est pas simple, on s'en doute. Et c'est ce qui fait tout le piment de ce roman noir, sulfureux, corrosif mais oh combien jouissif !. Un roman qui qui se lit avec un plaisir étrange, mêlé d'un soupson de culpabilité. Un roman dont on ne sort pas indemne, non-plus … car au plus profond de nous, une petite voix nous dit que ni Alice ni Lora ne sont tellement différentes de nous.

 Le plus terrible dans ce monde, c'est de découvrir de quoi vous êtes cabale. 

Red Room Lounge, Megan Abbott

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Published by Petrus002 - dans Polars Romans Thriller
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  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Petrus002
  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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