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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 15:47
Le Lapin Borgne - Christoffer Carlsson

Le Lapin Borgne - Christoffer Carlsson

Carlsson, Christoffer -  Le Lapin Borgne - Edition Balland - 2013 - ISBN: 978-2-35315-217-9

 

    David, un étudiant en philosophie à l’université de Stockholm, retourne passer ses vacances d’été à Dalen, une petite ville perdue au milieu de la forêt suédoise.

    En conflit avec sa famille qui espère le voir sauver l’honneur de la famille après que son frère ait fini vendeur dans un fastfood, David préfère se retirer dans une vieille bâtisse abandonnée au milieu de la forêt. Là il retrouve Lukas, son ami d’enfance. Lui,  a abandonné ses études et vit de petits trafics. C’est un être perturbé que la consommation de produits stupéfiants et les dettes contractées auprès de gens sans scrupules ont fait basculer dans la délinquance. Il y a également Rickard et Martin, à la fois amis et amants, que l’homosexualité a peu à peu marginalisés au sein de la petite communauté de Dalen ; et Julien et Juliette qui vivent leur romance incestueuse comme une provocation jetée à la face de la communauté bien pensante de Dalen. Mais surtout, il y a Alex, la sœur de Lukas dont David est amoureux (bien qu’il ne l’ait pas dit à ce dernier). Si elle ne fait pas partie de la petite bande, Alex n’ignore rien des déviances et de la personnalité de son frère.

    Poussés par l’oisiveté (et par le besoin d’argent), la petite bande se lance dans une série de cambriolages dans les villas inoccupées des environs. Cambriolages  dont ils revendent le butin sur les brocantes de la région. D’affaires en affaires, de larcins en larcins, les complices amassent peu à peu un petit trésor de guerre  … jusqu’au jour où une affaire tourne mal. Le propriétaire d’une villa, un vieil original surnommé le vieil Emmanuel, se réveil et surprend les cambrioleurs. Lukas, l’abat dans le dos et l’enterre dans le sous sol de leur repère.

    David resté à Dalen, apprend la nouvelle et commence à douter de la motivation et (pire) de la santé mentale de son ami … ce qui éveil la suspicion des autres membres de la bande … Suspicion qui ne fera que croître lorsqu’un mystérieux témoin menacera de raconter ce qu’il a vu et que les fréquentations douteuses de Lukas les entraîneront bien au-delà de ce qu’ils avaient décidé.

    En abordant les thèmes des « dérives de la jeunesse » et de « la petite communauté où tout se sait », bref du crime intimiste en vase clos, Christoffer Carlsson plaçait la barre très haut. D’illustres précédents avaient déjà défriché le terrain, parmi lesquels  Dona Tartt, avec Le Maitre de l’Illusion, fait office d’idéal en la matière.  Autant dire que j’espérais beaucoup (peut-être trop) de ce roman … avant même de savoir que son auteur est une sommité en matière de psycho criminologie.

    Au début, l’ouvrage semblait tenir ses promesses malgré quelques lourdeurs d’écriture (descriptions un peu longues et constructions un peu alambiquées) : Le décor planté était avenant (une maison abandonnée, lugubre au milieu d’épaisses forêts de conifères, …), les personnages sympathiques (un toxicomane sociopathe, un étudiant fauché en mal de sensations, un couple d’amants maudits et un autre de rebelles incestueux … que rêver de mieux comme compagnie ? )  … puis les choses se sont mises à traîner en longueur. Malgré quelques digressions peu et mal exploitées (la maison « hantée », par exemple. J’avoue ne pas avoir saisi son intérêt dans l’histoire. Elle n’a fait que me distraire de l’intrigue principale.) le suspens ne prend pas. Jusqu’au dénouement qui arrive comme un cheveu dans le potage. Peu crédible, Too much.

    Bref, malgré une idée de départ particulièrement bien trouvée (à défaut d’être vraiment originale) et une entame dans l’ensemble plutôt bien montée, Le Lapin Borgne m’aura un peu laissé sur ma faim (moi qui l’aurait bien fait aux petits oignons, ce lapin). Espérons que le prochain cru Carlsson aura quelque peu mûri, car si celui-ci est, à mon goût, un peu jeune, le millésime reste  tout de même riche de promesses.

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 09:21
Megan Abbott et Sara GranMegan Abbott et Sara Gran

Megan Abbott et Sara Gran

Interview de Sara Gran et Megan Abott  au sujet de leur livre Claire Dewitt & La Cité de la mort [Claire Dewitt & the city of the dead] (roman policier) et La Fin de l’innocence [THE END OF EVERYTHING] (roman criminel gothique de banlieue) parus tous deux en 2011.

[http://www.meganabbott.com/megan.html#interviews]

Sara : La Fin de l’innocence est plutôt réaliste, il peint une image presque douloureusement précise d'une jeune fille qui est, comme vous le dites, « à la fin de tout » : la fin de l'enfance, la fin de l'ignorance sexuelle (ou de la prétendue ignorance sexuelle),  la fin des promesses d’amitiés éternelles, la fin de cette brume d’ignorance et d’innocence qu’est l’enfance. Il ne se lit pas comme un roman policier – je dirais qu’il s’agit d’avantage d’un roman à énigmes, même si je pense que vous n’approuverez pas ce qualificatif -  mais la jeune narratrice agit, à sa manière, comme un détective : elle essaie de résoudre le mystère de ce qui est arrivé à sa meilleure amie, à la fois littéralement et psychologiquement. Elle cherche à retrouver son amie mais aussi à comprendre les voies tortueuses de la sexualité, de l'âge adulte et du désir. Dans mon livre, l'intrigue policière est très exagéré et pas du tout réaliste, et les filles elles-mêmes se sont très différentes. Les miennes sont des dures, des filles urbaines profondément troublées, les vôtres sont des filles de banlieue ordinaire, mais qui chutent à travers leur fissures (ou peut-être les recherchent). Pourtant, nos deux livres parlent d'une jeune fille qui a disparu, et de sa meilleure amie qui la recherche. Comment avons-nous foutus ? Je veux dire dans le bon sens, bien sûr !

Megan : Je me souviens quand nous avons tous deux réalisé cela ! Il est frappant de constater à quel point nos intrigues sont étroitement liées : dans les deux cas des filles détectives et dans les deux cas elles enquêtent sur un enlèvement qui n’en est pas vraiment un. Et l’adolescence – l’amitié adolescente - y joue un rôle prépondérant soit dans l’intrigue proprement dite, soit à travers des flashbacks. Je pense que nos livres sont semblables en ce qu’ils traitent de la perte de l’innocence. Ils sont tous deux des sortes de voyages initiatiques. Le ton et la matière de l’intrigue sont différents mais je sens qu’ils sont profondément liés à un autre niveau. Mon personnage, Lizzie, trébuche sur un mystère et tente de se relever, mais votre livre, à bien des égards, traite de l'idée de mystère lui-même. Vous l’appréhendez de façon ludique, dans le style pomo à certains moments, mais ce qui le sépare d'une sorte d’implosion de base est que l'idée de «mystère» est une diversion qui nous protège des plus grands, plus profonds et des plus insondables mystère. C'est un livre amoureux du mystère, un livre qui, lui-même, commence à se sentir comme cet objet mystique, avec des codes enfouis dans les énigmes. Vos livres reprennent toujours et détournent les conventions, mais Claire semble faire encore plus – Il semble construire quelque chose d'entièrement nouveau à partir d'épave de bijoux, de livres perdus depuis longtemps et d'autres trésors.

Sara : Je vous remercie ! La Fin de l’innocence est stylistiquement un peu une passerelle vers d’autres livres : c'est un livre contemporain, plutôt qu'un livre d’historique – un livre tout à fait fictif (beaucoup de vos travaux précédents ont été fondés sur de vraies histoires criminelles). Il a une qualité propre - oh, je ne sais pas trop comment le dire, mais quelque chose de personnel et profondément enracinée là. Peut-être que ce que je veux dire, c'est que vos livres précédents ont traité plus de l'histoire, du cinéma, du vrai crime, et de votre vaste connaissance de toutes les choses noires, mais La Fin de l’innocence  semblent être construit uniquement à partir de votre propre expérience et vos propres profondeurs. J'aime tous vos livres depuis quelques temps, mais il y a quelque chose dans La Fin de l’innocence à la fois si sombre et vraiment et réel qui est rare dans la fiction, quelque chose que vous ne pouvez pas nommer parce que si l'on pourrait le nommer, nous n'aurions plus besoin de livres.

J'ai donc deux questions à vous poser : la première, qu’est-ce qui si intéressant au sujet des ​​filles détectives / filles disparues ? Et la seconde, je suis curieuse de connaître les différences entre La Fin de l’innocence et vos autres romans - si la décision d'aller sur cette voie était une décision réfléchie, tout simplement une progression naturelle ou s’il s’agit d’un livre qui avait été en vous dès le début, ou aucune de ces réponses ?

Megan : Je pense que pour moi le voyeurisme est la fascination clé. Peut-être que tous les écrivains sont des voyeurs. Je suis sûr que je le suis. Je n'ai pas l’œil pendu au judas, pas littéralement au moins, mais je pense que je le fais souvent, par l'esprit. De la même façon, les jeunes filles sont très curieuses et cela prend souvent des formes différentes que chez les jeunes garçons, ou du moins c’était le cas quand j'étais jeune. Les garçons sont peut-être plus encouragés à être des chercheurs et des explorateurs, mais les filles sentent souvent - au moins jusqu'à ce que nous soyons tous devenus responsables ! – qu’elles doivent avoir un œil sur les choses sombres, et pas seulement devant droit devant elles. Qu’elles doivent souvent agir comme un détective : cacher leur véritable but, leur véritable rôle. Rien de vraiment super-sexué, je suis seulement fasciné par la curiosité envahissante, l'intensité et l'hystérie de l'adolescence.

Quant à la différence de ce livre, pour moi, c'est surtout une différence de temps. La Fin l’innocence se déroule dans les années 1980, quand j'étais une adolescente. Mes livres précédents se sont tous déroulés dans le milieu du siècle, un monde que je ne connaissais pas et que j’ai dû, en grande partie, reconstruire moi-même. Mais pourquoi est-il écrit-il maintenant ? C'est un livre que j'ai commencé à écrire à la fin des années 1990, mais je ne savais pas vraiment comment écrire un roman (et peut-être ne le saurais-je jamais !), aussi y revenir maintenant me fait me sentir un peu comme si je rentrais à la maison, mais comme si je rentrais à la maison plus sage et si je voulais guérir de vieilles blessures. C'était, dans le meilleur des cas, un peu risqué.

Sara : Je ne savais pas que vous aviez commencé le livre il y a si longtemps et que vous l’aviez mis de côté. Jusqu’où étiez vous allée la première fois ? Y avait-il une raison particulière pour que vous soyez incapable de le terminer alors, et que vous l’ayez fait maintenant ? Je sais ce que vous voulez dire quand vous dites ne pas savoir comment écrire un roman. Bien sûr, finir un livre exige son propre ensemble de compétences, mais en général les romans tôt avortés finissent oublié dans un vieil ordinateur que plus personne ne peut utiliser. Pourquoi êtes-vous revenu à celui-ci (et je suis heureuse que vous l’ayez fait !)?

Megan : Gee, c'est une excellente question. Mais je ne sais pas vraiment. J'ai eu envie d’essayer d’écrire quelque chose de plus contemporain et de différent. Alors j'ai commencé à jouer avec cette idée. Et après avoir vieilli de bonnes douzaine d'années et avec beaucoup plus d'expériences de la vie, j’ai eu une idée de la où l'histoire pourrait me  conduire, et comment elle pourrait m’y conduire. (Cela sonne comme si j'avais un plan, mais je n'ai jamais vraiment eu de plan.)

Sara : Juste une dernière question, puis je vous laisse, mais je suis vraiment curieuse parce que nous ne nous sommes jamais parlé avant. Donc, c'était la fin de votre premier livre ? Ou y avait-il d'autres demi-démarrages (j’en ai eu beaucoup, et encore aujourd’hui j’en ai tout le temps) ? Si oui, quels étaient-ils ?

Megan : Ça alors, probablement pas. Et ce livre-ci était seulement fini au tiers. Juste avant cela, j'avais écris des scénarios – d’impies mélanges de mauvaises imitations de Raymond Carver et de Reservoir Dogs (c'était au début des années 1990). L'inspiration peut être une drôle de chose.

A votre tour ? Qu’est-ce qui a déclenché Claire de Witt ?

Sara : La source d'inspiration pour tous mes livres réside dans la collision de deux mondes : dans ce cas mon amour des émissions policières et des romans de poche d’une part et ma longue fascination pour la divination, et la magie - la vraie comme la fausse.

J'ai grandi en séchant l’école et en restant à la maison pour regarder Columbo, Magnum, PI, The Rockford Files, Drôles de dames, Quincy et autres série policières ou criminelle. La nuit, toujours insomniaque, je restais et regardais Naked City. Tout le monde pense toujours que Columbo est sistupide, mais vous savez, il ne l’est pas. Ce commissaire n'a jamais cru en Quincy Quincy mais avait toujours raison (il n’y a jamais eu de mort accidentelle, jamais!) Et il y a quelque chose de profond et d’universel dans cette expérience - connaître la vérité sans jamais être cru -  le complexe de Cassandre. Et je pense que le roman policier est devenu une partie de notre mythologie. Eh bien, on dit que l’on écrit ce qu’on veut lire, et il n'y a vraiment rien que je préfère lire plus que les aventures d'un détective pot-fumeurs de mauvaise réputation, un homme roublard et dans les arts divinatoire et la lecture des signes.

J’avais aussi beaucoup envie d’écrire un livre dont l’action se déroulerait à la Nouvelle-Orléans (J'ai vécu à la Nouvelle Orléans 2004-2007), mais sans les habituels clichés - Music ! Food! Art ! Je voulais écrire quelque chose à propos de la Nouvelle-Orléans à ma manière, qui reflète ma propre expérience.

Megan : Permettez-moi d'intervenir pour dire que l'une des choses les plus surprenantes et les plus belles sur Claire est le paysage urbain de la Nouvelle-Orléans que vous dépeignez. Il semble tout à fait à la fois fantastique et puissamment authentique en même temps. Une sorte d'expressionnisme radical.


Sara : Merci, Megan ! En parlant de lieux, je suis curieux de savoir à quel point La Fin de l’innocence est autobiographique - pas les grandes lignes, je le sais, mais les petits détails sur la ville, sur le monde où les personnages vivent. En quoi cela rappelle-t-il votre propre enfance ?

Megan : C'est vraiment l’univers de ma ville natale (la banlieue Michigan) à cette époque. C’est comme si le monde entier s’était retrouvé dans la cour arrière de ma maison : les gicleurs, Ernie Harwell à la radio, les moustiques et les journées passées à regarder à travers les écrans de fenêtres et de portes. Toute cette sérénité est comme une sorte de manteau. Pas un manteau couvrant une sorte de perversité, comme dans les clichés sur les banlieues à la télévision et dans les films. Ce manteau voile toutes sortes de chagrins et de romances, de tragédies et de magies. C'est pourquoi ce que vous dites à propos de Brooklyn me parle beaucoup. Les lieux, comme les gens, sont toujours plus étranges qu'ils n'y paraissent, frappés du sceau du mystère, n'est-ce pas ?

Je devine que de manières très différentes nous montrons comment les lieux – les espaces - absorbent et émettent toutes sortes d'émotions et d'énergies. Est-ce une des raisons pour lesquelles les villes sont au cœur de ces nouvelles séries ? Que va devenir Claire la prochaine saison et comment en avez-vous décidé ?


Sara : « Et toute cette sérénité sert comme une sorte de manteau. Pas un manteau couvrant une sorte de perversité, comme dans le genre de méchante blague sur les banlieues à la télévision et dans les films. Ce manteau couvre toutes sortes de chagrins et de romances, de la tragédies et de la magies." Ce qui ressort si fortement dans votre livre, c’est le respect pour les gens qui vivent dans cette ville, sur le plan moral et spirituel, le respect manque si souvent dans les habituels regards sarcastiques, méchants sur la banlieue.

Les lieux sont presque plus importants que les gens de chez moi dans mon écriture. Après tout, ils sont comme les gens, mais ils ne sont jamais ennuyeux et ils ne s'en vont et ni ne partent jamais et ils ne sont jamais à court d’amour, de haine, d’acceptation, de rejet. Dans vos livres aussi, les lieux deviennent des personnages silencieux, particulièrement, je pense, dans Queenpin, où vous avez créé tout un paysage imaginaire de telle sorte à définir des limites et le cadre de votre histoire, mais bien sûr, tout est fabriqué sur mesure, ces limites sont auto-imposées. Pour répondre à votre question, j'ai quatre livres de Claire prévus, le premier en Nouvelle-Orléans, le second dans la région de la baie de San Francisco, le troisième à Los Angeles et Las Vegas, et le quatrième à New-York. Ceux-ci correspondent à peu près à quatre éléments eau, terre / bois, feu, air. Et oui, c’est exactement, cette différence dans la façon dont les espaces absorbent et émettent les émotions qui font apparaître des situations nouvelles et intéressantes pour Claire et qui ont motivé ses voyages. Moi aussi, j’ai voyagé, si bien que j’ai aussi voulu voyagé dans la fiction. Donc mes prochaines années seront consacrées à cela.

Megan, qu’allez-vous faire ensuite ? Comme d'habitude, vous avez terminé quatre livres avant que j’en ai terminé un seul ?

Megan : J'allais vous le demander ! Autrement dit, votre parcours migratoire de ces dernières années a-y-il joué un rôle dans votre cheminent avec Claire ? Maintenant, je veux voudrai en savoir plus à ce sujet (notamment à propos des vos voyages liés aux quatre éléments). Mais cette discussion pourrait continuer des décennies (et pourquoi pas off-ligne !). Le prochain livre pour moi, sera un livre sur cheerleaders. Il sera peut-être le plus sombre livre jamais écrit sur cheerleaders. Mais d’une certaine façon je ne le pense pas.

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 06:00
Abbott, Megan : La Fin de l'Innocence

Abbott, Megan : La Fin de l'Innocence

Abbott, Megan [trad. Isabelle Maillet] - La Fin de l'innocence [The end of everything] - Edition du Livre de poche- 2011 - ISBN : 978-2-253-17765-4

 

    Dans une petite ville de banlieue américaine vivent deux amies : Lizzie, une jeune fille de 13 ans et son amie Evie Verner. Amies depuis la plus petite enfance, Lizzie à l’habitude de passer ses journées dans la famille de son amie. Famille idéale et idéale de famille. Il y a Mr Verner : mari parfait, père accomplit, tendre, attentionné et attachant (sinon attirant) à la fois, Dusty Verner, la grande sœur idéale : Belle et sexy en diable, sportive (une véritable cheerleaders), complice et confidente avec sa sœur cadette, véritable icône féminine et modèle à suivre pour les deux jeunes filles et Mme Verner, dont la présence discrète et silencieuse (curieusement effacée ?)  ne fait que renforcer l’attrait et le sex-appeal de son époux.

    Un soir, à la sortie de l’école, Evie disparaît. Toute la communauté redoute le pire (enlèvement, rapt, séquestration, … rien n’est ouvertement dit mais tous pensent à la même chose. Ah la douce paranoïa des petites villes résidentielles !! ) Des recherches sont aussitôt mises en branle … avec Mr le curé (ou le pasteur – selon les confessions) pour distribuer des gâteaux, les scouts pour l’aider, bref, vous voyez déjà le tableau … En vain. Lizzie, qui est la dernière à avoir vue Evie (à part, peut-être son agresseur) est au cœur de l’attention. La police l’interroge, écoute la moindre de ses paroles dans l’espoir d’y découvrir une piste, Mr Verner la couve d’attention et la presse de révéler tout ce qu’elle sait … voir même ce qu’elle ne sait pas (du genre : « Mais si j’ai vu le voisin – vous savez celui que personne n’aime – passer en voiture ce jour là. ») Et Lizzie répond, cherche et va même jusqu’à inventer … Tout cela pour rester au centre de l’attention … surtout celle de Mr Verner qui, depuis que sa fille a disparue semble se rapprocher de plus en plus d’elle …

 

    J’avais déjà lu Vilaines Filles de Mégan Abbott (oui, je sais celui-ci ayant précédé celui-là, j’aurai logiquement dû commencer par celui-là et continuer par celui-ci, mais bon rien n’est vraiment logique avec moi donc …) et j’avais adoré … malgré une légère gêne aux entournures, comme un léger scrupule moral à m’immiscer dans la vie intime d’une bande d’adolescentes. Avec La Fin de l’innocence, Je pense que Mégan Abbott va plus loin encore, et ce pour plusieurs raisons :

    Le suspens est dans ce roman quelque-chose de parfaitement maîtrisé :

    Du point de vue des séquences narratives (le chapitres), ceux-ci sont présentés comme autant de scénettes, quasiment des flashbacks de la narratrice (Lizzie). Ce qui donne une narration parcellaire, composée d'aperçus des événements, aperçus forcément déformés par le regard (naïf ?) de la petite Lizzie, teintés de ses espoirs (ceux de conquérir le cœur de Mr Verner, par exemple), de ses craintes (celles de ne plus revoir son amie … ou crainte de la voir revenir trop vite ?)

    Du point de vue de l’écriture (du style) : Une écriture toute en ellipses qui suggère plus qu’elle ne dit, qui laisse l’imagination s’emporter et prendre le pas pour combler les non-dits …

    Bref un véritable suspens psychologique (car au fond on ne sait à aucun moment ce qui est véritablement arrivé à Evie) qui nous prend et ne nous lâche qu’une fois la dernière ligne lue. Du point de vue purement littéraire (le seul qui – de mon point de vue – devrait compter) La fin de l’Innocence mérite largement nos louanges et, plus que ça, notre lecture : C’est un vrai petit bijou !!

 

    Mais il y a aussi un point de vue plus attaché au contenu (certains esprits chagrins diront à la morale, la décence ou à n’importe laquelle de ces « grandes valeurs » que l’on aime bien agiter telles des épouvantails quand les choses nous dépassent) et dans la Fin de l’innocence, il ne s’agit plus d’adolescentes mais de jeunes filles. Lizzie et Evie ont toutes deux 13 ans : elles ne sont plus tout à fait des enfants mais pas encore des adolescentes … Elles vivent la fin de l’enfance. Or sila fin de l’enfance n’est pas vraiment la Fin de toutes choses [comme le suggère le titre anglais : The End of everything], elle est cependant la fin de beaucoup de choses : la fin de l’innocence, la fin d’une certaine ignorance (celle des « choses de la vie », de la sexualité, de la méchanceté humaine, du vice, etc.), cette période ingrate pour certains est aussi un formidable laboratoire d’expérimentations et d’introspections.

    En nous introduisant dans les coulisses de ce laboratoire, dans l’inconscient de ces jeunes filles, Megan Abbott brise sinon un tabou, du moins une représentation socialement convenue de l’enfance. Une représentation qui voudrait faire de l’enfance une période d’innocence, de gentillesse, de tendresse et d’ingéniosité (Ah ! les chers petits anges !!!) Certes Lizzie et Evie n’ont rien de Heïdi ou de la princesse de Clèves (sinon peut-être l’apparence), certes elles sont perverses (de cette perversion dont Freud disait qu’elle est le propre des enfants), certes elles sont égocentrées et manipulatrices ; mais regardez bien vos filles, ne sont-elles pas faite du même moule ?

    Bref, La Fin de l’innocence est une de ces œuvres magistrales qui nous bouleverse autant qu’elle nous ravit … Une œuvre tout simplement sublime !!

 

 

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 16:30
Bonnie et Clyde au début des années 1930

Bonnie et Clyde au début des années 1930

   Nom : Parker

   Prénom : Bonnie

   Nationalité : Américaine

   Date de naissance :

   Lieu de naissance :  Rowena  (Texas - USA)

   Date de décès :

   Lieu de décès : Black Lake (Louisiane - USA)

   Circonstace de la mort : Abattue par la police du Texas et de   la Louisiane

Activité & Profession : Gangster (Attaque à main armée de banques)

Née de Henri et Emma Parker, Bonnie avait un frère ainé et une soeur cadette. A l'aâge de 4 ans, suite à la mort de son mari, Emma Parker s'installe dans une petite bourgade de la banlieu de Dalas, Cement city. C'est une élève appliquée et studieuse qui remporte de nombreux prix en orthograph et en art oratoire.

A 15 ans, Bonnie Parker rencontre Roy Thornton dont elle tombe amoureux. Roy Thornton est un hors la loi ce qui n'empêche pas Bonnie de l'épouser le 25 septembre 1926, 6 jours aprés son 16ème anniversaire. Leur mariage durera 3 ans.  Entrecoupé par les absences de Thornton suite à ses nombreux démélés avec la justice, il prendra fin lorsque Thornton sera incarcéré pour braquage de banque à main armée en janvier 1929.

Bonnie Parker retourne vivre avec sa mère, et prend un travail comme serveuse dans un café. Dans son journal, Bonnie Parker décrit sa solitude, son impatience quant à sa vie à Dallas, et son amour du cinéma parlant.

 

   Nom : Barrow

   Prénom : Clyde

   Nationalité : Américaine

   Date de naissance :

   Lieu de naissance : Telico (Texas - USA)

   Date de décès :

   Lieu de décès : Black Lake (Louisiane - USA)

Circonstace de la mort : Abattue par la police du Texas et de la Louisiane

Activité & Profession : Gangster (Attaque à main armée de banques)

 

Il est le cinquième d'une fratrie de six enfants. Ses parents étaient des paysans démunis qui ont émigré à Dallas en début 1920, dans un bidonville connu sous le nom de West Dallas. La famille passe ses premiers mois à West Dallas à vivre dans une roulotte, jusqu'à ce que le père gagne assez d'argent pour leur acheter une tente.

Sa première arrestation date de 1926 (il a alors 15 ans). Elle fait suite à à une confrontation à propos d'une voiture qu'il a louée et jamais retournée. Suit une seconde arrestation pour vol de dindes.

Durant les 4 années suivantes, il se livre à plusieures attaques à main armées de banques et de magazins et braquage des coffres fort et vol de voitures. Il est arrêté lusieurs fois en 1928 et 1929.

Il  rencontrent Bonnie Parker en 1929.

En avril 1930, peu de temps après avoir rencontré Bonnie, il est à nouveau arrêté et emprisonné au Eastham Prison Farm. Il s'échappe mais est repris au bout d'une semaine. En prison, Barrow bat à mort un autre détenu l'ayant agressé sexuellement à plusieurs reprises. C'est son premier meurtre.

 

 

Quand Bonnie Parker et Clyde Barrow se rencontrent dans la banlieue de Dallas, ils sont presque encore des ados. À 19 ans, Bonnie est une banale serveuse, dont le mari, petit malfrat épousé trois ans plus tôt, l'a déjà abandonnée. Lui, issu d'une famille pauvre, âgé de 21 ans, a déjà passé plus de la moitié de sa vie à voler.

Sitôt après leur rencontre, il s'installe chez elle. Pas pour longtemps, car il se fait rapidement serrer par les flics. Ça commence mal pour Bonnie, son nouveau mec est encore un gangster, mais qu'importe, elle en est déjà éperdument amoureuse. Au point de l'aider à s'évader. Mais il se fait reprendre quelques jours plus tard, n'obtenant une liberté conditionnelle qu'en février 1932.

Dans une Amérique plongée en pleine Dépression, ils décident d'avoir la vie belle. À bord de voitures volées, Bonnie et Clyde sillonnent le sud-ouest des États-Unis, pillant des stations-service, des épiceries de village, de petits restaurants et, occasionnellement, des banques, avec parfois de courtes prises d'otages.

Les deux tourtereaux assassins aiment se photographier, l'un l'autre, avec leurs armes. Certaines de ces photos retrouvées par les policiers dans une de leurs planques font le tour du monde. L'une d'elles montre la belle Bonnie, gros cigare entre les dents, appuyée contre une voiture avec une arme à la main.

En deux ans, Bonnie et Clyde deviennent un duo de légende, craint par certains, mais respecté et même vénéré par beaucoup. La presse en fait le couple de criminels le plus glamour de tous les temps. Mais cette notoriété a son revers : désormais leurs visages sont connus de tous. Le couple échappe de justesse à un grand nombre d'arrestations. En janvier 1934, Bonnie et Clyde libèrent cinq personnes incarcérées dans une prison et abattent un agent, ce qui décide les autorités à mettre le paquet pour stopper leurs crimes. Elles font appel à Frank A. Hamer, un Texas Ranger à la retraite devenu chasseur de primes. Ce type est une véritable légende qui a déjà chopé soixante hors-la-loi.

Le 1er avril, Bonnie et Clyde abbattent plusieurs flics, gratuitement ! Cette fois, ils sont allés trop loin. Même leurs fans les abandonnent. Fini de jouer, il faut les mettre hors d'état de nuire, les prendre morts ou vifs, et vite. Pour échapper à la meute de flics, Bonnie et Clyde ne cessent de changer d'État. Pourtant Hamer met au jour la stratégie du couple, prédisant presque ses mouvements.

Le 21 mai, l'ancien Texas Ranger prépare une embuscade dans la soirée, car il pense que le couple compte rendre visite à Henry Methvin à Bienville. Avec ses hommes, il s'embusque, attend longuement... Pas l'ombre d'un Clyde, ni d'une Bonnie. Le lendemain soir, rebelote. Toujours rien.

Le 23 mai 1934, Hamer tente de nouveau sa chance, exactement au même endroit que les jours précédents. Mais cette fois il a plus d'informations, il est sûr qu'ils passeront par là. Le père de leur complice Henry Methvin, Ivy, arrêté la veille, aurait évoqué une attaque de banque prévue ce matin-là par Clyde. Hamer a décidé de garder Ivy pour s'en servir comme appât. Ses hommes l'ont menotté à un arbre près de son camion faussement en panne. L'attente est longue.

Enfin, voilà la bagnole de Bonnie and Clyde ! Planqués, les flics voient le couple ralentir sans se méfier. Connaissant l'habileté de Clyde aux armes, ils balancent la sauce sans attendre. En moins de deux minutes, plus de 150 balles sont tirées. Clyde n'a même pas le temps de saisir une de ses trois mitraillettes, ou de ses deux fusils, ou de ses douze pistolets, posés sur la banquette arrière. C'est la méthode "Mesrine". Dans la Ford transformée en passoire géante gisent les corps ensanglantés des deux hors-la-loi les plus recherchés d'Amérique.

Bonnie a 23 ans et Clyde, 25. Leurs corps nus sont exposés et même filmés au dépôt mortuaire d'Arcadia. Il faut vite protéger la V8 avec un grillage autour du véhicule pour écarter la foule prête à tout pour s'emparer d'un trophée macabre.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 06:00
Theodore Kaczynski  dit Unanbomber (Portrait robot du FBI)

Theodore Kaczynski dit Unanbomber (Portrait robot du FBI)

Identité :

Nom : Kaczynski

Prénom : Theodore

Surnom : Unabomber (UNiversity and Airline BOMber)

Nationalité : Américaine

Date de naissance : 22 mai 1942

Lieu de naissance : Chicago (Illinois - USA)

Activité & Profession :

  • Terroriste
  • Essayiste
  • Mathématicien
  • Militant écologiste
  • Militant néo-luddite

Attentats :

  •  Mai 1978 :
  • 1er attentat au colis piégé. Les personnes ciblées étaient les professeur Buckley Crist de l'université Northwestern (Chicago) et le professeur E. J. Smith de l'Institut polytechnique de Rensselaer (New York). Mais le colis éveille les soupçons du professeur Smith qui le signale à la police. L'attentat échoue. il ne fait qu'un blessé léger parmi les forces de l'ordre.
  • 1978 - 1985 :
  • Série d'attentats désorganisés contre des compagnies aériennes. Les attentas sont mals préparés et ne font que peu de dégats matériels.
  • 1985 :
  • Un étudiant diplômé de l'université de Californie à Berkeley perd quatre doigts et la vision d'un œil dans l'explosion d'un coli piégé. La bombe était empaquetée avec l'inscription « FC » — à ce moment-là traduit par « Fuck Computers » — que l'on a traduit plus tard par « Freedom Club ».
  • Le propriétaire d'un magasin d'informatique californien est tué par un clou et des éclats qu'il reçoit d'une bombe laissée sur sa place de stationnement.
  • 1987 :
  • 20 février : Attentat contre un magazin d'informatique à Salt Lake City (Utah).
  • 1993 :
  • Attentat au coli piégé contre David Gelernter, un professeur d'informatique de l'université Yale (Connecticut) et développeur de Linda, un système de programmation coordonné.
  • Attentat au coli piégé contre le généticien Charles Epstein.
  • Kaczynski écrit une lettre au New York Times revendiquant pour son « groupe anarchiste », appelé FC, la responsabilité des attaques.
  • 1994 :
  • Un pubicitaire est tué par l'explosion d'un coli piégé. Dans une lettre, Kaczynski justifie le meurtre en affirmant que le travail d'un publicitaire est le développement de techniques permettant la manipulation des gens.
  • 1995 :
  • Meurtre du président de l'Association de sylviculture de Californie, Gilbert Murray

 

Peine et Châtiment :

  • 1996 :
  • 3 avril :

Kaczynski est arrêté suite à la dénonciation de son frère cadet David. Les graphologues confirmeront par la suite que toutes les lettres ont bien été rédigées par le même homme, lui.

  • 1998 :
  • 4 mai :

Kaczynski est condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de liberté conditionnelle, à payer 15 millions de dollars à ses victimes et est enfermé à l'ADX Florence, dans le Colorado, une prison de très haute sécurité dite Supermax.

« À mon humble avis, l’utilisation de la violence (exemple : contre la réalisation de l’utopie d’une société technologique inhumaine), c’est de l’autodéfense. Certains peuvent en débattre, bien sûr. Si vous pensez que c’est immoral et inadéquat, alors vous devriez éviter TOUTE utilisation de la violence. Mais j’ai une question pour vous dans ce contexte : quel genre de violence a causé le plus de dégâts dans l’histoire de l’humanité ? La violence qui fut sanctionnée par les États (la société, la civilisation, l'idéologie). Ou la violence qui fut utilisée sans sanction, par les individus. »

↑ Lutz Dammbeck, Voyage en cybernétique, diffusé sur Arte en avril 2008

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 14:13
Jeffrey Dahmer : Le Cannibale de Milwaukee

Jeffrey Dahmer : Le Cannibale de Milwaukee

Identité :

Nom : Dahmer

Prénom : Jeffrey Lionel

Date de naissance : 21 mai 1960

Lieu de naissance : Milwaukee (Wisconsin - USA)

Date de décès : 28 novembre 1994

Lieu de décès : Prison fédérale de Portage, (Wisconsin - USA)

Circonstance de la mort : Assassiné par un co-détenu

 

Activité : Tueur en série (serial killer)

 

 

Chronologie des crimes :

1978 :

  • 18 juin : Steven Hicks (19 ans) :

Dahmer l’a pris en stop, puis l’a ramené chez sa mère à Bath Township (Ohio). Il lui a fait boire de l’alcool jusqu’à ce qu’il soit complètement saoul, puis l’a frappé avec un haltère et l’a finalement étranglé.

1987 :

  • 15 septembre : Steven Tuomi (24 ans) :

Dahmer lui a fait boire de l’alcool jusqu’à ce qu’il complètement saoul, puis l’a étranglé et a essayé d’arracher son coeur, à l’Ambassador Hotel.

1988 :

  • 16 janvier  : James "Jamie" Doxtator (14 ans) :

Dahmer l’a drogué puis étranglé dans la maison de sa grand-mère, à West Allis, dans le sud de Milwaukee.

  • 24 mars : Richard Guerrero (23 ans) :

Dahmer l’a drogué puis étranglé dans la maison de sa grand-mère

  • 25 mars : Anthony Sears (26 ans) :

Dahmer l’a drogué puis étranglé dans la maison de sa grand-mère

1990 :

  • 20 mai  : Raymond Lamont Smith (33 ans) :

Dahmer l’a drogué et étranglé, puis a eu des rapports sexuels avec le cadavre, au 213, Oxford Apartments, North 25th street.

  • 24 juin : Edward W. Smith (27 ans) :

Dahmer a attiré Edward Smith dans son appartement du 213, Oxford Apartments, North 25th street, où il l’a drogué et étranglé.

  • 3 septembre : Ernest Miller (22 ans) :

Il a été attiré par Dahmer au 213, Oxford Apartments, North 25th street. Dahmer l’a drogué puis lui a coupé la gorge.

  • 24 septembre : Curtis Straughter (19 ans) :

Dahmer lui a offert un verre d’alcool mélangé à des somnifères puis l’a étranglé, au 213, Oxford Apartments, North 25th street.

1991 :

  • 18 février : Curtis Straughter (19 ans) :

Dahmer lui a offert un verre d’alcool mélangé à des somnifères puis l’a étranglé, au 213, Oxford Apartments, North 25th street

  • 7 avril : Errol Linsey (19 ans) :

Il a été attiré par Dahmer au 213, Oxford Apartments, North 25th street, le 7 avril 1991. Dahmer l’a étranglé.

  • 24 mai : Anthony Hughs (31 ans) :

Il était sourd-muet, mais Dahmer a réussi à l’attirer chez lui, au 213, Oxford Apartments, North 25th street. Une fois à l’intérieur, Dahmer l’a drogué et étranglé.

  • 27 mai : Konerak Sinthasomphone (14 ans) :

Konerak a été drogué et torturé avant d’être étranglé au 213, Oxford Apartments, North 25th street.

  • 30 juin : Matt Turner (20 ans) :

Il a été attiré par une proposition de séance photos à 50 dollars, au 213, Oxford Apartments, North 25th street. Dahmer l’a drogué et étranglé.

  • 7 juillet : Jeremiah "Jeremy" Weinberger (23 ans) :

Dahmer l’a attiré chez lui, l’a drogué, puis a percé un trou dans son crâne, au 213, Oxford Apartments, North 25th street.

  • 15 juillet : Oliver Lacy (23 ans) :

Il a été drogué et étranglé au 213, Oxford Apartments, North 25th street.

  • 19 juillet : Joseph Bradehoft (25 ans) :

Il a été attiré chez Dahmer, puis a été drogué et étranglé au 213, Oxford Apartments, North 25th street

  • 22 juillet : Tracy Edwards (32 ans) : Tracy a été attiré dans l’appartement de Dahmer, où celui-ci lui a offert une boisson avec des somnifères. Mais il s’est battu avec Dahmer et est parvenu à sortir de l’appartement. Tracy a arrêté une voiture de police qui patrouillait. Il a mené les policiers jusqu’à l’appartement de Dahmer.

 

Pein et châtiment :

1992 :

  • Février : Procès de Jeffrey Dahmer :

L'affaire avait fait tellement de bruit aux États-Unis que le procès fut télévisé et que même les chaînes françaises en diffusèrent quelques extraits. L'avocat de Dahmer essaya de plaider la démence, ce qui aurait probablement permis à son client d'être libéré après avoir passé quelques années en hôpital psychiatrique. Le jury préféra suivre le réquisitoire de l'avocat général qui considérait l'accusé pleinement responsable de ses actes. Dahmer fut reconnu coupable et condamné à 957 ans de prison.

1994 :

  • 28 novembre : Jeffrey Dahmer est assassiné par un co-détenu, noir américain.

Cette nuit dans l’Ohio, cette nuit... impulsive. Rien n’a été normal depuis. Ça entache votre vie entière. Après que ce soit arrivé, j’ai pensé que j’allais juste essayer de vivre aussi normalement que possible, et que j’allais enterrer ça. Mais les choses comme ça ne restent pas enterrées. Je ne pensais pas que ça le ferait, mais ça le fait, ça infecte toute votre vie

Jeffrey Dahmer, parlant de son premier meurtre, celui de Steven Hicks.

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 23:05

Quand vous êtes une adolescente, à peu près n’importe quoi peut vous faire ressentir toutes les terreurs de la terre. Et, dans Vilaines Filles de Megan Abbott,  le  groupe de pom-pom girls doit faire face à une morts mystérieuse , à la de graisse récalcitrants de la jeunesse , au  viol , à l’exclusion  du groupe , aux coups d'Etat même s’il ne sont pas sanglants , au chantage et au recruteur . Pour elles tous ces événements sont vécu sur le même registre : celui de la terreur … et appellent la réponse : l’attaque.

Toute l’intrigue est construite autour l'arrivée de la nouvelle coach : 15 % coach Taylor [personnage de la série TV Friday Night Lights réputé pour son absence de psychologie et ses positions tranchées[1]], 85% Miss Brody [personnage de la série TV Les Belles Années de miss Brodie (The Prime of Miss Jean Brodie) réputée pour son ouverture d’esprit et ses méthodes de pédagogies innovantes][2]. Beth, détrônée de sa position de pouvoir en tant que chef de majorette, décide de reconquérir son poste quel qu’en soit le coût. Et il n'y a pas un plus impitoyable que une adolescente vexée.
J'ai parlé à Megan Abbott au sujet de sa joyeuse bande de déviantes et des défis particuliers de l'écriture sur les adolescentes.

Ce que j'ai trouvé sur le plus remarquable dans Vilaines Filles était sa « physicalité ». En tant qu’ancienne cheerleaders et danseuse de ballet, je pense que vous avez tout à fait raison au sujet de la façon dont la douleur de l’entraînement peut rendre les choses plus claires, particulièrement  pour les adolescentes rebelles. Comment avez-vous vous mettre dans le corps d'une majorette adolescente ?

J'ai fait beaucoup de l'écoute en ligne pour apprendre les manières les filles parlaient de leur corps, comment elles font physiquement pour faire ces cascades, pour le manipuler et même le remodeler. La joie de vivre qu'elles sentaient m'a puissamment frappé.

Et même si je n'étais pas une athlète à cet âge, j’ai commencé à me rappeler intensément la relation complexe que vous avez avec votre corps à cet âge, le désir de le changer et la façon dont il peut vous surprendre. Ces souvenirs ont contribué à éclairer les parties les plus viscérales du livre, ce sensation d’avoir votre corps continuellement à l’esprit et de pouvoir en prendre le contrôle, même si cela signifie se mettre en danger.

Beth est très intéressant pour moi, car elle n'est pas juste un vrai sociopathe. Elle ne semble pas elle-même très bien savoir pourquoi elle fait ce qu'elle faisait. Pensez-vous que Beth veuille être dur et insensible, mais ne puisse pas tout à fait y arriver ?

Je pense que c'est une excellente façon de le cerner. Je dois admettre que je suis un peu tombé amoureuse d’elle comme je l'ai écrit le livre. A l'origine, je voulais qu'elle soit un personnage beaucoup plus difficile, beaucoup plus fragile. Mais mes sentiments pour elle ont évolués au fur et à mesure que le livre s’est développé. Elle a été évincée du trône avec une rapidité étonnante, et elle se sent victime d’une injustice. Elle croit qu'elle a toujours bien fait. Alors je l’ai décrite comme si elle faisait toujours les choses bien. J'ai grandi en admirant sa ferveur, sa protection. Il ya un cœur meurtri en elle, et c’est lui qui la dirige.

En parlant de sociopathes, Est-ce que même un sociopathe pourrait faire un bon personnage dans l'un de vos romans ? S’il n'y avait pas cette attirance pour les regrets et les cas de conscience, y aurait-il beaucoup d'histoire à raconter ? Autre qu'un recensement sur le nombre de victimes ?

J’avoue, je n'ai jamais eu d’intérêt pour l'écriture de livre sur un "vrai" sociopathe. Pour moi, les sociopathes fonctionnent mieux dans les grandes satires ou dans les livres très stylisés où le plaisir tire de la bravade, de la ruse narrative, humour noir plus que personnage. J'aime beaucoup de ces livres (peut-être que le roman Ripley de Patricia Highsmith figure-t-il dans cette catégorie), mais il n'a jamais été le genre de roman que je pourrais écrire. J'ai toujours été attiré par les contes où l'on peut trouver encore une part de nous dans le plus sombre des personnages. Peut-être que nous ne ferions pas ce que ces personnages font, mais nous ressentons quelque chose pour eux , même si nous ne pouvons pas l'expliquer.

C'est votre deuxième livre dans une série consacrée au monde des l'adolescentes, et je me demande ce que vous trouvez d’intéressant en elles. Et qu'est-ce qui vous allez revisiter après La Fin de l’innocence. Je veux dire, outre le fait qu'il est évident que derrière la façade de chaque adolescente se trouve une âme meurtrière.

Eh bien, c'est probablement ça, pour l’essentiel !

Mais vraiment, je pense que l’agressivité des femmes, le désir et la rage chez des jeunes filles est encore peu explorée. Pour beaucoup d'entre nous, elle reste un sujet inconfortable. Nous avons beaucoup investi dans la foi en l’idée que les jeunes filles sont soit innocentes et pures, soit peu profondes, idiotes ou arbitraires. Autre chose que ce qu'elles sont (et nous savons tous ce secret) : chaudrons d'émotions et de pulsions complexes. Et avides de pouvoir: pouvoir social, pouvoir érotique, pouvoir émotionnel, pouvoir physique. C'est un terrain riche.

Quels sont, alors, les défis particuliers de l'écriture sur les adolescentes ? J'imagine que l'acquisition de leur langage est difficile ou de ne pas moraliser sur comment le sexting est la fin du monde pour nous tous ...

Je pense que la partie la plus difficile est le genre de double conscience dont ont affligé en tant qu’adulte. En écrivant de la tête d'une adolescente, je dois devenir à nouveau, en partie, une adolescente, avec toutes les frustrations et les émotions fortes qui vont avec et le sens du possible.

Mais alors il y a la femme adulte en moi qui veut lui dire de se retenir, d’éviter les situations dangereuses. C’est un peu comme regarder un film d'horreur où vous voulez crier à la jeune fille : «Ne pas montes les escaliers ! " En même temps vous « êtes » cette fille, en debout sur la première marche, qui se dit : «Je dois monter ces escaliers. Qui sait ce que les choses intéressantes m'attendent sur ​​le plancher à côté ? "


[1] Note du traducteur

[2] Note du traducteur

Interview de Megan Abbott, Auteur de DARE ME par Jessa Crispin, Fondateur et rédacteur en chef de Bookslut .
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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 20:10
Abbott Megan : Vilaines Filles

Abbott Megan – Vilaines Filles [Dare me] – Editions JC Lattès – 2013 – ISBN : 2-978-2-7096-4385-6

   Dans une petite ville comme l’Amérique en compte tant, une équipe de pompon girls attends avec impatience la venue de leur nouveau coach.

   Dans l’équipe, il y a Beth, la capitaine. C’est une fille dure, impitoyable avec ses équipières quand il s’agit de les motiver à se dépasser et à réaliser des figures toujours plus impressionnantes, toujours  plus risquées aussi. Mais c’est aussi une fille meurtrie,  une écorchée vif qui ne supporte pas l’injustice (surtout quand elle en fait les frais) et particulièrement vindicative. Puis il y a Addy, la lieutenante et meilleure amie de Beth. C’est elle la narratrice.  Avec son amie Beth, elles se connaissent depuis la maternelle et ont grandi ensembles, joué ensembles et fait les 400 coups ensembles. Mais contrairement à Beth, Addy est fragile, influençable et un peu plus raisonnable (ou plus peureuse). Et puis il y a les autres la frêle Emilly, Tracy la fragile, Riri la sérieuse et la nouvelle, la souffre douleur de l’équipe.

   L’éviction de Beth du poste de capitaine de l’équipe, puis l’apparition du petit ami de la coach va profondément bouleverser les forces qui empêchaient ce fragile microcosme d’exploser et libérer des énergies trop longtemps contenues. Aussi lorsque la coach se voit suspectée de la mort de son petit ami, la cohésion de l’équipe va voler en éclat, libérant du même coup les frustrations, les jalousies et les rivalités autrefois contenues.  

   Et soudainement, ce qui avait été autrefois une équipe de  pompon girls unie et solide, va se révéler être un creuset des pires sentiments : haines, jalousies, trahisons, perfidies. Elles ne reculeront devant rien, pas même la pire des basses pour parvenir à survivre à la crise qui secoue leur petit univers de poupée de luxe.

   L’adolescence à souvent été une source d’inspiration majeure de la fiction, mais paradoxalement, assez peu en littérature policière … et certainement pas de la façon dont Megan Abbott a décidé de l’aborder dans son nouveau roman : Vilaines Filles.

   En décidant d’aborder le domaine de l’adolescence, Megan Abbott faisait ici un pari risqué. Il s’agissait de ne pas tomber dans les poncifs éculés véhiculés par les séries télévisées et les navets hollywoodiens  (la sainte ou la putain). Et  je dois dire que le portrait psychologique brossée par Megan Abbott de ses jeunes fille (ou jeunes femmes) est particulièrement bien senti : ni anges ni démon, les adolescentes de Megan Abbott sont avant tout des êtres d’une incroyable complexité, habités de sentiments puissants et contradictoires qu’elles peines à maîtriser, incarnés dans des corps sculptés dans la douleur des figures acrobatiques et des entrainements quotidiens mais dont elles découvrent seulement la terrifiante puissance de séduction. Et parmi elles, Beth, la capitaine de l’équipe, m’a semblé particulièrement profonde. Sa description psychologique, comportementale, pourrait donner des sueurs froides à plus d’un parent s’il y reconnaissait des traits de sa chère et tendre enfant, ou de sérieux sujets d’études à un éventuel étudiant en psychologie pourvu qu’il soit porté sur l’étude des sociopathes. L’absence de conscience morale et de remords vis-à-vis des autres, la manipulation, un égo exacerbé et une propension à la vengeance particulièrement développée le tout dans un corps de déesse grecque dont – à la différence des autres – elle contrôle parfaitement le pouvoir de séduction font de cette adolescente une créature à la fois terriblement séduisante et terriblement dangereuse.

   A cela  il faut ajouter la malice d’une écriture entièrement caméra subjective (du point de vue d’Addy) qui nous plonge corps et âme dans le corps et l’esprit de ces gamines en ébullition, nous fait ressentir la confusion de leur sensations et la puissance de leur sentiments (ce qui pour un homme comme moi est une expérience particulièrement troublante). Ce qui contribue aussi – et peut-être est là le plus étrange, le plus troublant – à nous charmer, nous envouter et à nous empêcher de prendre le recul nécessaire pour juger ces gamines pourtant très largement borderline.

   Avouons, malgré (ou peut-être à cause de) ces côtés dérangeants (évoqués plus haut), j’ai adoré ce roman. Pas vraiment un roman policier - l’intrigue policière, l’enquête proprement dite, n’est au mieux qu’un prétexte servant à révéler le monde de ses adolescentes – Vilaines Filles n’en est pas moins un roman au suspens torride, brûlant. A tout moment au bord de l’explosion, de la crise, le microcosme de ces jeunes filles est une véritable poudrière que je m’attendais à tout instant à voir voler en éclat !!! Et ce suspens, entièrement psychologique, qui nous tient du début à la fin, de la première à la dernière ligne, agit sur nous (sur moi ?) comme une véritable drogue !! On en reveut encore !!

   Croyez-moi, après avoir lu Vilaines Filles vous ne verrez plus jamais de pompon girl de la même façon !

« Toute ta vie tu attends qu’il se passe quelque chose, dit [Beth] avec un air vertueux, semblable à une princesse, sous les néons givrés. Et soudain toutes les terreurs de la terre surgissent en même temps. C’est ça que tu ressens Addy ? »

Abbott Megan – Vilaines Filles (Dare me)

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 16:24
Westlake, Donald : Monstre Sacré

Westlake, Donald : Monstre Sacré

Westlake, Donald - Monstre sacré - Editions Rivages / Noir - 1989 (édition US), 2011 (édition française), 2014 (édition française, Poche) - ISBN : 2-7436-2240-7

 

 Jack Pine tient une cuite mémorable. Rien de très exceptionnelle quand on sait qu'il est un acteur célèbre, l'enfant chéri d'Hollywood, le Monstre sacré de l'industrie cinématographique. Des beuveries et des cuites, il en a vécu d'autres et des sévères tout au long de sa vie d'excès et de débauche. Mais là, il y a quelque chose qui cloche : il ne se souvient plus pourquoi ni comment il s'est retrouvé dans un état pareil.

   Et il y a ce journaliste, ce Michael O'Connor, du magazine People, qui a débarqué pour lui poser toutes ces questions, sur lui, son histoire ses relations ... Alors Jack commence à parler. Et l'esprit embrumé  par l'alcool et les drogues, et sous l'effet des stupéfiants il raconte : d'abord sa biographie officielle, celle destinée au médias - comme le magasine People, justement, puis peu à peu arrivent des bribes de sa vie cachée (ses coucheries avec les autres personnalités du monde du cinéma, les mariages arrangés pour progresser dans l'univers d'Hollywood) jusqu'à ses relations étranges, dérangeantes, malsaines avec son grand ami d'enfance Buddy Pal. Relations qui se sont tissées depuis leur plus tendre enfance et qui l'ont construit, lui, la star du cinéma, au fil des ans ... Car si Buddy n'avait pas été là il ne serait pas là où il en est aujourd'hui. Mais justement, précisément, où en est-t-il aujourd'hui ?

 

  Encore un nouvel ouvrage plein d'humour et de sarcasmes du génialissime Donald Westlake (Paix à son âme) !! Construit autour d'une succession de flashback qui sont autant de réminiscences de Jack Pine, l'intrigue progresse, lentement mais inexorablement vers une fin que l'on devine cataclysmique mais que jusqu'à la dernière page l'on ne parvient pas à imaginer ! 

 

   Que dire de plus ? Chapeau bas !!

 

 

Ma biographie, c’est de la merde…une histoire pour livre de poche populaire. L’interlude religieux, le rapprochement raté avec les parents, l’épouvantable secret dans mon passé, les coucheries carriéristes, les trahisons, les lieux de tournage clinquants, les paillettes des mariages foireux, les problèmes liés aux antidépresseurs et tout le bordel.»
Lorraine, une de ses femmes, la plus intellectuelle de toutes, lui a dit un jour en se promenant le long de la plage de Malibu où il habite:
- Tu possèdes un merveilleux talent, chéri. Ton talent t’a lancé mais maintenant c’est notre époque seule qui te fait aller de l’avant. Il y a un autre pilote aux commandes. Tu n’es plus sous ton seul contrôle.
- A bien des égards, tu es un monstre d’un appétit puéril vorace. Et cependant en même temps tu es le bouffon sacré de Dieu, le monstre sacré, l’innocent épargné par la cruauté de la réalité. Tu peux être le héros, incroyablement fort et cependant, même moi, je ne connais pas les abysses de ta vulnérabilité. Et cependant, chéri, à bien des égards tu peux aussi représenter le mal. L’innocent et le pourfendeur de l’innocence étroitement imbriqués en une seule entité d’une grande puissance de séduction. Et cependant, avec quelle facilité tu portes ce fardeau.

Westlake, Donald : Monstre Sacré

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 17:32
Lune sanglante : James Ellroy

Lune sanglante : James Ellroy

Ellroy, James - Lune sanglante (Blood on the moon) - Editions Rivages / Noir - 1984 (édition us) 1987 (1ère édition française) - ISBN : 978-2-86930-077-4

 

Lune sanglante est le troisième roman de James Ellroy (le premier publié en France). C'est également le premier volume de la trilogie Lloyd Hopkins. Suivront successivement À Cause de la Nuit (1986) et La Colline aux Suicidés (1987).

   Avec Lune sanglante,  James Ellroy met au prises deux figures à la fois antagonistes et profondément proches. 

Côté clair : Lloyd Hopkins, flic génial, coriace au possible, obsédé par un idéal : Protéger le peu d'innocence qui reste dans ce monde, et en particulier dans la Cité des Anges rongée par la violence, la drogue et le sexe. Hopkins est un personnage aux fortes connotations tragiques : Seul, il se dresse face à la violence et au vice de la société, il combat avec l'énergie du désespoir et la conviction presque mystique que s'il ne le faisait pas le  monde sombrerait dans un océan de vices et de violence. Mais c'est aussi un personnage profondément humain et complexe (ce qui ne fait qu'accroître son caractère tragique). Défenseur de la morale, protecteur de l'innocence et de la vertu (particulièrement la vertu féminine), Hopkins préfère toutefois la compagnie de filles lègères à celle de sa femme et de ses enfants. Participant de la même faille dans son caractère Hopkins n'hésite pas à recourir à la violence (et parfois à la violence extrême) au nom de l'idéal qu'il prétend défendre. Sa mission l'habite tout entier, au point de l'isoler peu à peu dans un face à face avec son rival.

   Côté sombre :  l'assassin, poète psychopathe qui massacre des femmes depuis 20 ans en toute impunité. Mais poète doué, (plus pour le meurtre que pour la poésie,il est vrai) et qui partage avec Lloyd ce curieux idéal de protection de l'innocence: tous deux sauvent des âmes, des femmes... mais avec une différence de taille : là où le premier les aime au point de ne pouvoir en choisir une (sa femme) au détriment des autres (ses maitresses), l'autres aime les femme au point de ne pouvoir les partager, de ne pas supporter leur faiblesse ... et de les sacrifier au cours de rituels pervers et sophistiqués.

  C'est donc un combat, en quelque sorte fratricide, que vont se livrer ces deux figures. Un combat d'autant plus impitoyable qu'il est livré au nom de deux conceptions extrêmes de l'Amour et de l'Innocence et que du point de vue des deux adversaires, les enjeux sont considérables, voir vitaux : tandis que l'un tue, poussé par le besoin soustraire les femmes et de les figer dans une éternité d'innocence, l'autre se bat pour préserver l'innocence de la violence et du vice dans le monde. La où l'un se bat poussé par le ressentiment et la vengeance, l'autre se bat par amour. Plus qu'un combat, c'est une croisade que va entreprendre Hopkins contre celui qui ne tardera pas à devenir son frère obscure, son alter égo dans le mal. Une croisade qui le conduira toujours plus loin dans la spirale tragique de sa lutte contre le vice et la corruption ... et le laissera toujours plus seul aussi. Ses proches s'écarteront tous (ou presque) devant lui comme devant un monstre sacré, à la fois admiratif et terrorisé devant la violence de la mission qui l'habite. Sa femme, tout d'abord, préfèrera trouver dans les bars d'un autre le réconfort que son mari ne pouvait plus lui offrire, emportant avec elle ses filles pour les soustraire à l'influence déléthère de son mari. Ses maîtresse, ensuite, prendront leurs distances ou périront, entraînées malgré elles dans la spirale destructrice de son destin. Ses collègues et sa hiérarchie, enfin, qui - à l'exception d'un seul - refuseront de cautionner (par leur silence ou leur patricipation) la folie du Grand Flic.

   Qu'on se le dise une fois pour toutes, Lloyd Hopkins n'est pas ce qu'on peut appeler "sympathique", il est violent, parfois à l'extrême, obstiné (d'aucun diront même buté), et un rien intégriste dans ses jugement moraux. Mais cette violence, dans les actes comme dans les idées, n'est que le reflet de la violence du combat mené par Hopkins. Et c'est là une des cractéristiques du roman noir policier (hard-boiled detective novel) que de présenter des personnages rugueux, à la moralité trouble pour mettre à la lumière les aspects les moins reluisant de notre société. Aussi, si la rudesse de Hopkins heurte, bouscule, c'est parce qu'elle n'est que le reflet obscur de notre part d'humanité.

   Plus qu'un roman noir, Lune Sanglante est une fresque gigantesque du combat du Bien contre le Mal. A la manière de Dante ou de Sébastien Brant, James Ellroy met en scène au travers de la représentation singulière d'un combat tragique, l'éternelle lutte morale qui se joue tous les jours en chacun de nous. Aussi, c'est peu de dire combien, derrière des dehors parfois sinistres, Lune sanglante, à l'instar de toute l'oeuvre de Ellroy reste profondément optimiste.

 

Sur les ondes de la KRLA, le vendredi 10 juin 1964 fut le début d'un week-end consacré aux bons vieux tubes du passé. Les deux conspirateurs qui repéraient la zone où le "kidnapping" devait avoir lieu firent beugler leur transistor à plein volume pour étouffer le bruit des tronçonneuses, des marteaux, des barres à mine - bruyante rénovation de la classe du troisième étage en lutte avec la musique des Fleetwood.
Larry Craigie "le givré", la radio collée à l'oreille, s'émerveilla de l'ironie du moment, ces travaux de construction, une petite semaine avant que l'école ne ferme pour l'été (...).

James Ellroy, Lune Sanglante

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Présentation

  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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