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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 18:53
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Published by Pierre Renou
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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 00:35

Ellory, Roger-John - Les Anges de New-York - Edition Sonatine - Septembre 2013

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  Frank Parish, enquêteur au NYPD est dans un sale pétrin : empêtré dans des histoires conflictuelles avec sa femme de qui il a divorcé y a peu, avec ses enfants qu'il s'acharne à protéger contre leur avis et leur volonté, avec sa hiérarchie au NYPD et avec le service des affaires internes qui enquête sur sa participation sur la mort de son équipier.

 

   Affublé d'un nouvel équipier sensé le maintenir sur les rails, il se lance à corps perdu dans l'enquête sur les meutres d'adolescentes, enlevées , violées, assassinées puis abandonnées dans les rues sordides de la grosse pomme. Confronté aux limites du système et devant l'arrogance de suspects qui usent de ces mêmes limites pour échapper à la justice, Frank va, contre l'avis de ses proches, contre les recommandations de sa hierachie, faire de cette affaire une affaire personnelle parce que - comme il aime à le dire "il ne s'en fout pas." et passer au dessus des règles et des lois pour mettre le meutrier hors d'état de nuire coûte que coûte.

 

  Contraint de consulter une thérapeute pour échapper à une suspension, sinon à une mise à pieds définitive, il est amené à évoquer le souvenir de son père - John Paris - héros du NYPD pour avoir nettoyé les rues de New York dans les années 1980 ... mais aussi personnage trouble aux relation ambigües avec les ténors de la mafia et du grand banditisme new yorkais. Au fil de l'évocation de cette figure paternelle envahissante, c'est sur sa vocation de flic et sur le sens de son travail que Frank devra se pencher ... quitte à devoir remettre en cause quelques certitudes (les dernières peut-êtres) et  à en payer le prix fort.

 

   N'en doutons pas, Les Anges de New York est un roman noir, sans concession aucune. L'espoir, celui d'une société meilleur, plus juste ou plus sûre, est ici absent, réduit à néant par la lucidité, le réalisme de regard porté sur la société par ceux qui ont pour vocation, pour mission de regarder là où les autres, les gens normaux, ne posent jamais les yeux, d'enquêter sur l'envers du décor de la socité. Seule subsiste la vocation, la croyance presque irrationnelle que résoudre une affaire, mettre un criminel (un de plus) hors d'état de nuire, contribue - ne serait-ce que de façon infinitésimale - à rendre la société plus sûre ... et nous aide à supporter une journée de plus.

 

   R. J. Ellory signe là un polar d'une trés grande pureté. Porté par une écriture d'un réalisme confondant, riche de détails sur les us et coutumes policières, nourri par un sens moral profond et nuancé, loin de tout angélisme ou de tout manichéisme, ce polar d'une facture parfaitement maîtrisée témoigne de l'immense talent du romancier britanique.

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Published by Petrus002 - dans Polars Romans
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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 14:30

AVT Jean-Christophe-Grange 8073

Né le 15 juillet 1961 à Boulogne Billancourt, dans les Hauts de Seine (Ile de France), Grangé suit des études de Lettres modernes (Gustave Flaubert) à l'Université de la Sorbonne où il obtient sa maîtrise en 1989.


Il travaille ensuite dans une agence de presse en tant que rédacteur publicitaire et comptable. Une expérience qu'il vivra trés mal : remise en cause des "valeurs universitaires" et confrontation à la "réalité" du monde du travail. Ainsi qu'il le raconte dans une interview donnée au magazine Alibi :


   "J'étais déstabilisé. A la fac, il y avait toujours un message subliminal qui dit en substance : Regardez ce que vous étudiez ; les cons ce sont les bourgeois ! Or, quand vous arrivez dans la vie professionnelle, vous vous rendez compte que c'est exactement le contraire : les maîtres, ce sont les bourgeois et les Stendhals et compagnie ce sont les cons"


    Dégouté par l'ambiance mercantile du milieu de la publicité et par les sommes indescentes que se versent les cadres, il décide de se lancer dans sa propre agence de presse et s'adjoint les services de grands reporters ... dont Pierre Perrin. La rencontre avec ce dernier sera pour lui comme un révélateur : découverte du voyage, du journalisme et de son écriture bien particulière ... et surtout des polars avec la découverte de James Elroy.


   Commence alors la seconde vie de Grangé, celle de Grand Reporter avec une série de reportage qui le conduira tout autour du monde et qui alimenteront chacun de ses romans.


 1990 :

Calcutta, Capitale de l'enfer. Portrait d'une ville en déroute.

Nomades, les passagers de la terre. Une année avec les derniers peuples nomades dans le monde.


 1991 :

Péril en la forêt. Les problèmes de déforestation à travers des macro-photographies des feuilles (Prix Reuter 1991).

Voyage d'automne. La migration des cigognes suivie par satellite (À l'origine d'un documentaire de 52 minutes, réalisé par Antoine de Maximy en 1998).


1992

La ballade du cormoran. Les pêcheurs Paï utilisant les cormorans dressés au Yunnan, en Chine interdite (Prix World Press).

Mississippi. Portrait d'une Amérique profonde. Du Minnesota à la Louisiane : les peuples et les problèmes du grand fleuve américain.

Les ailes de la forêt. Chasse, trafic, élevage des papillons à travers le monde

 

1993 :

Les enfants de la mafia. Sicile : l'utilisation des enfants par la Mafia.

Le bunker des souris. Allemagne : le plus grand laboratoire d'expériences animales.

Le piège de cristal. Au Groenland, l'expédition des glaciologues à 170 m sous la glace.

Les géants de la bravoure. En Espagne, le quotidien des nains toréadors.

Le voyage fantastique. Le corps humain en 3D.


  1994 :

Les suffragettes de Dieu. Rencontre avec les premières femmes prêtres anglaises.

Michaël Schumacher, 24 heures d'un champion. Reportage exclusif avec le nouveau Dieu de la F1.

Pleins feux sur le soleil. Les images inédites du satellite japonais Yokkhoh sur les éruptions solaires.

Les médecines du mystère. Hypnose, magnéto-thérapie, acupuncture, médecines parallèles.

Les seigneurs des îles. Les milliardaires vivant sur des îles.

S.O.S. paranormal. Le tour du monde des phénomènes paranormaux.


1995 :

Le trésor caché de Prusse. Des partitions originales de Bach, Mozart, cachées par des nazis dans un monastère en Pologne.

Le monde selon X. Plongée au cœur de l'invisible pour le centenaire des rayons X.

Le roi cinéaste. Portrait de Norodom Sihanouk.

La renaissance d'Angkor. La restauration d'Angkor sur informatique.

Les chevaux de sable. De mystérieux chevaux sauvages sur l'Île de Sable, dans l'Atlantique.

Voyage au centre du cerveau. Cartographie du cerveau.

Cap sur l'Homme bionique. Les systèmes électroniques et informatiques intégrés au corps humain.

Pharaons noirs, retour vers le passé. Reportage numérique destiné à reconstruire les pyramides de la civilisation koushite.

 

 

Riche de ces expériences, Grangé se lance alors dans l'écriture de son premier roman, Le Vol des Cigognes (1994). Inspiré par le reportage réalisé en 1991 sur la migration des cigognes il témoigne déjà de la volonté de Grangé de "parler du sujets pointus au plus grand nombre".


   "On avait équipé les oiseaux de balises satellites, on les avait suivi partout, d'Europe en Afrique, en passant par Israël. Je me suis dit en rentrant que si j'arrivais à écrire un polar avec des cigognes, ce serait vraiment original. »


 Suit en 1998 Les rivières Pourpres. Né d'une volonté résolument inverse du Vol des cigognes. Alors que ce dernier était marqué du sceau du voyage, Les Rivières Pourpres est un roman résolument sédentaire, presque un huis clos. Son action se concentre, se cristalise autour d'une communauté perdue, isolée, coupée du monde, ce qui contraint le lecteur à se focaliser sur l'intrigue, sur la psychologie des personnages, leurs motivations, leurs secrets. Cette attention presque freudienne à la face cachée de l'homme marque l'entrée officielle de Grangé dans le cercle des auteurs de thriller.


  En 2003, avec Le Concile de Pierre semble renoué avec la thématique du voyage et du dépaysement puisqu'il nous plonge dans les rithes et les secrets des cultures ancestrales d'Asie centrale, la où le chamanisme et une certaine conception du panthéisme fait loi ... mais suivant en celà une logique qui lui est propre, Grangé y introduit la modernité en tant qu'élément perturbateur et le coktail vire à l'explosion ...


   Puis vient une série de quatre romans consacrés à enquêter sur les origines du Mal :


   La Ligne noire (2004) Premier volume d'une tetralogie consacrée à la la compréhension du Mal, La ligne noire est sans conteste un chef d'oeuvre de plongée dans les abîmes (à tous les sens du terme). Le Mal est ici humain, cruel etparticulièrement insidieux ... mais je ne vous en dis pas plus ... A vous d'en faire l'expérience. Prenez garde tout de même ... A trop regarder l'abîme ...


   Le serment des limbes (2007). Un roman encore une fois proche de huis clos, centrée sur un décor, sur une ambiance lugubre bien particulière: Celle du Jura et de la profondeur de ses forêts. Mais surtout, une intrigue qui explore l'origine pour ainsi dire théologique du Mal, le Diable.


   En 2008, avec Miserere Grangé aborde le thème du paranormal et plus particulièrement celui des expérience de mort imminente ... et de l'influence de la musique.  Une oeuvre qui confine à l'ésotérique, aux mystères ... et aux origine du Mal


   En 2009, dans La Forêt des mânes renoue avec la quête du Mal et de ses causes psychologiques. Il aborde aussi l'épineux problème de la clause de confidentialité propre aux professions médicales et des problématiques morales que son usage induit.


  Puis en 2011, avec Le Passager, Grangé explore une nouvelle thématique: la maladie mentale, l'aliénation et plus particulièrement le syndrome du "Voyageur sans bagage". Cette thématique va le conduire jusqu'aux plus profondes abîmes de l'âme humaine, de sa monstruosité.


   Enfin en 2012, avec Kaïken, un roman marqué une fois de plus du sceau du voyage et du dépaysement. Dépaysement géographique entre la banlieue parisienne (celle de sa naissance ?) et le Japon, terre de contraste s’il en est, marqué au fer des traditions les plus rigoristes et travaillé par les appâts de la modernité la plus tapageuse. Mais aussi dépaysement temporel entre le nihilisme de notre modernité soumise aveugle aux tentations les plus mercantiles et le Japon médiéval (Hoken-Seïdo) arque bouté dans ses traditions ancré dans un esprit de corps et de soumission inflexible et quoi que travaillé par un érotisme mâtiné d’homosexualité.


Mais alors, qu’est-ce qui fait la « Signature » Grangé ?


   Une ambiance tout d’abord. Une ambiance noire, pas au sens des romans noirs, vous l’aures compris, mais au sens sinistre, lugubre, voir proprement diabolique. Car chez Grangé, il y a comme un attrait pour le Mal, sinon une fascination pour la face la plus sombre et violente de l’homme, sa monstruosité. Grangé le reconnaît lui-même :


   "On écrit sur ce qui nous pose problème. Je la [la violence des hommes] mets en scène parce que ça me chatouille, ça me fascine."


   Mais Grangé, c’est surtout un style, une écriture reconnaissable entre tous. Un style et une écriture proche du cinéma (même s’il se défend d’avoir écrit « pour » le cinéma), une écriture cinétique, faite de vitesse, d’accélération et de suspens, de temps forts, haletants et de période plus posée où le doute peut s’installer, le soupçon grandir et la peur germer.


   Un style surtout qui nous happe dès les premières lignes, nous ravit et nous emporte tombeau ouvert d’une péripétie à une autre, d’un abyme à un autre pour ne laisser, haletant, transit, le cœur en chamade sur le seuil de son intrigue.


Un style enfin qui a fait de lui l’un des auteurs de thriller francophone les plus lus en France comme à l’étranger … et qui le place désormais en compagnie des Stephen King et des Patricia Corwell.

 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 14:29

Zola, Gordon - La Fausse celtique : Une enquête du commissaire Guillaume Suitaume  - Edition du Léopard masqué - Mars 2005

  90937581 Une fois n'est pas coutume, le commissaire Guillaume Suitaume, fièreté de la police nationale, héro du Quai des Orfèvres, profileur de génie et grand pourfendeur du vice devant l'éternel, est en vacances en Bretagne avec sa soeur Colchique Aurée, artiste maudite des  scènes hexagonales, Wagnérienne en mal de Walkyrie et véritable fléau domestique, et sa nièce Axelle Aurée, adolescente plus boutonneuse qu'un tableau de bord d'Airbus et plus rebelle que bête ... mais surtout éprise d'un pseudo musicien mais vrai délinquant.

 

   Notre héros est en vacance malouines lorsqu'il est témoin d'une affaire de meurtre pour le moins surnaturelle : un homme est retrouvé mort, vêtu d'un seul slip, le corps lardé de flèches (façon porc épique). L'autopsie le déclare inconnu, tellement inconnu que même son ADN est inconnue des services de police et des autres services également (service à thé, service volet, etc.).

 

   Simultanément à Paris, la jeune archéologue, Epistaline Breloch, spécialiste du monde celtique, voit surgir dans son salon un homme livide, vêtu d'un seul slip et portant en guise de collier un main serrée autour du cou. A Paris, c'est la talentueuse et non moins ravissante Purdey Prune, bras droit du commissaire Guillaume Suitaume  qui, en l'absence de son patron, va mener l'enquête.

 

   Les deux enquêtes, qui vont être menées de paire par nos deux fleurons de la police nationale, vont finalement se rejoindre en une conclusion tout bonnement ébouriffante.

 

   Naturellement, et comme toujours avec Gordon Zola, nous revoici plongé dans un grand moment de franche poilade où le calembourd rivalise avec le bon mot, ou l'humour toujours décalé de l'auteur nous attend au carrefour de chaque page. Les situations les plus rocambolesques et les plus scabreuses attendent le lecteur à chaque page (Suitaume poursuivri par une mégère en mal de rut !...) rivalise avec le suspens le plus toride (poursuite en voiture, bagarre au crépuscules, etc.) Et pour le même prix, l'auteur nous révèle les secrets d'auteur à succès pour réaliser un roman qui fera un tabac chez votre buraliste.

 

   Bref, s'il était avéré que le rire, la bonne humeur, l'humour et l'autodérision étaient salutaire pour la santé, alors, sans aucun doute les oeuvres de Gordon Zola devraient être remboursées par les Sécurité Sociale. Car une fois Gordon Zola nous offre ici une grande bouffée d'air pur, 100 % politiquement incorect qui ne peut que nous faire du bien dans la grisaille quotidienne.

 

  A recommander à tous les esprits chagrins, un véritable vaccin contre la sinistrose ambiante.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 08:00

 

  Kerr, Philipp - Une enquête philosophique - Collection Le livre de poche - Septembre 1993 - ISBN 978-2-253-16259-9

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  Londres, 2013.

   Dans le brouillard opaque de la mégapole britanique, un prédateur rôde. Sa particularité : il ne s'en prend qu'à des individus susceptibles de devenir comme lui des tueurs en série et les supprime proprement d'une série de six balles dans la nuque ... suppression propre, nette, frappe chirurgicale en quelques sortes.


   Pour arrêter ce criminel et le mettre hors d'état de nuire (non pas derrière les barreaux - une telle mesure ayant été jugée inhumaine par les plus hautes autorités de la Communauté Européenne, la peine de prison a été remplacée par le coma punitif jugé beaucoup plus humain ... et qui possède en outre l'agréable avantage de résoudre d'épineux problème de la surpopulation carcérale et tous les désagrément qui en découlent (violences, trafics en tout genre, évasions et tentative d'évasion)) - Pour arrêter ce criminel, donc se dresse l'inspecteur Jack Jacowicz, flic à l'ancienne, une dur à cuir issue de l'école de la rue à qui "on ne la fait plus plus" ... Mais surtout une vrai femme à poigne qui a su s'imposer dans ce monde terriblement viril de la police londonnienne et qui surtout voue une antipathie vicérale à la gent masculine.


 

   Entre ces deux protagonistes, une partie d'échecs criminels va s'engager. Partie dans laquelle les pions seront des vies désignées par le super ordinateur de la police et affublés du nom d'un philosophe, d'un écrivain ou d'un artiste du répertoire classique ... comme Ludwig Wittgenstein par exemple.

 

  Dans cet ouvrage écrit en 1992 dont l'intrigue se déroule en 2013, Philipp Kerr décrit une société (la nôtre ?) pas tellement différente de celle que nous connaissons, que nous cotoyons. Une société gangénée par la crispation sécuritaire, empétrée dans des mesures de bric et de broc qui ont conduit à ficher tous les individus potentiellement dangereux, une société ravagée par des épisodes climatiques extrèmes causés par des années de gestion écologiques désastreuses ... Bref, une société qui aurait pu être la nôtre si son évolution avait été un tout petit peu différente ... et qui pourrait encore le devenir si ... bref.

 

   Mais alors, cette enquête philosophique serait-elle serait-elle une oeuvre d'anticipation ? Ce serait oublier que malgré son humour décalé et son irronie mordante, cette enquête philosophique est avant tout une merveille d'enquête policière ciselée aussi finement qu'un diamant 18 carras, parsemée de rebondissements aussi nombreux qu'une partie de trampolin au royaume des kangourous et aussi haletante que les vestiaires du Parc des Princes un soir de finale.

 

   Mais  c'est aussi une roman noir, noir comme la gangrène qui ronge notre société policée du XXIème siècle, noir comme les dessins des hauts fonctionnaires qui décident du haut de leur tour d'ivoire de ce qui est bien ou mal, licite ou illicite dans la société ... et que le romancier éclaire du feu de ses projecteurs.

 

Bref, du trés grand Philipp Kerr à lire sans aucune modération !!

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 12:20

Kerr, Philippe - La mort, entre autres - Editions du masque - 2008 -

ISBN : 978-2-253-12843-4

 

 

9782702433140-G

 

   Munich, 1949. La toute jeune République Fédérale d'Allemagne (RFA) se tente péniblement de penser ses blessures et d'oublier les horreurs de six longues années de guerre et de dictature nazie. De son côté notre ex détective et ex commissaire Bernie Gunther semble s'être reconverti dans l'hôtellerie puisqu'on le retrouve à diriger un hôtel famillal situé malencontreusement à quelques pas du tristement célèbre camp de Dachau (... Autant dire que l'on ne s'y presse pas : A part un couple d'américains de passage passionné de jardinage !) en attendant que son épouse se remette d'une longue maladie qui l'a laissé amoindri tant physiquement que mentalement.

 

   Aussi, lorsque sa femme décède et qu'une mystérieuse blonde vient lui proposer de remettre le pied à l'étrier (ou la main à la pâte), Bernie ne se fait pas prier ... mais peut-être aurait-il mieux fait de se méfier car ce qui s'annonçait comme une enquête de routine, à peine une remise en jambe se révèle trés vite être un authentique noeud de vipères, voir le plus immonde des traquenards.

 

   En prise avec un réseau d'anciens criminels nazis en cavale, auprès de qui il laissera plus que quelques plumes, notre privé va bien vite s'appercevoir que le métier de détective est resté tout aussi dangereux aprés la guerre qu'il n'avait pu l'être avant ...

 

   Ce nouvel opus, qui fait suite à la Trilogie Berlinoise, nous immerge dans le quotidien de la toute nouvelle République Fédérale d'Allemagne. D'une facture encore plus sombre que les volumes précédants (La Trilogie Berlinoise), il ne se contente plus de prendre appui sur le contexte historique de l'Allemagne nazie mais il utilise l'Histoire comme ingédient de sa narration. S'en suit un récit riche, parfois trop,  en références historiques, géographiques ou culturelles mais d'une écriture délicieusement épicée de l'humour noir, parfois corrosif, souvent désabusé de Bernie et surtout menée d'une main de maître car de rebondissement en sursaut, de péripécies en découvertes, jamais le suspens ne nous quitte un seul instant pour nous mener insidieusement vers une fin aussi troublante qu'inattendue.

 

   Bref, encore une fois du trés grand Philipp Kerr à lire sans modération.

 
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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 14:00

 

Kerr, Philippe .-. Un requiem allemand (A german requiem).-. Editions du masque .-. 2008 .-. ISBN : 978-2-253-12843-4

La-Trilogie-Berlinoise---L-ete-De-Cristal---La-Pale-Figure-

 

   Berlin, 1947. L'Allemagne se réveil avec la gueule de de bois. Le "Grand Reich", sensé durer mille ans, est vaincu, sa capitale, Berlin, le prétendu "joyau de l'Europe" est occupée par les forces alliées (URSS, USA, Royaume Uni et France) qui s'en sont partagé le territoire comme un vulgaire cheese cake. La ville n'est plus que ruines, les denrées les plus élémentaires sont devenues un luxe hors de portée de la population qui doit recourir au marché noir et aux expédiants les plus bas pour survivre.

 

   Tandis qu'entre les deux grandes puissances (USA et URSS) la tension devient de jour en jour plus palpable, s'acheminant lentement mais surement vers une nouvelle crise mondiale, notre ex détective et ex komissar, tout juste revenu d'un camp de prisonnier soviétique duquel il est parvenu à s'évader, tente de reprendre ses anciennes activités de détective privé. Il se voit confier la mission, par un officier de l'armée soviétique, de disculper l'in de ses anciens collègues (sinon ami) de la Kripo du meurtre d'un officer américain.

 

   Trop heureux de quitter Berlin où sa femme fricotte avec un jeune capitaine de l'armée américaine, il se rend donc à Vienne (en Autriche) pour tirer au clair l'affaire pour laquelle son ancien collègue risque la potence.

 

   Trés vite, il découvre que la vermine ne croissait pâs seulement dans le sol pourri de l'Allemagne nazue et que question manipulation et chantage, américains et russes n'ont rien à envier à la Gestapo. Car l'enquête sur les circonstances de la mort de ce malheureux officier us va le plonger dans les méandres des réseaux d'espionnage des puissances alliées et lui faire découvrire que les fantômes du passé ne sont jamais suffisamment enterrés pour ne pas revenir un jour vous hanter.

 

  A travers de ce dernier opus de la Trilogie Berlinoise, Philippe Kerr nous plonge dans l'ambiance déléthère de l'Allemagne occupée. A travers le portrait d'une population désabusée, parfois cynique, il nous fait partager le quotidien de la population allemande, qui aprés avoir rêvé de gloire et de grandeurs, se réveil brutalement dans la misère et les ruines de villes en cendres, dominés par des puissances étrangères hostiles qui les traitent avec un mépris et une brutalité parfois égale à celle de l'ancien régime nazi, impuissants devant le la lutte qu'elles se livrent pour la possession de leur territoir.

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 12:00

 

Kerr, Philippe .-. La pâle figure (The pale criminal) -  Editions du masque .-. 2008 .-. ISBN : 978-2-253-1284

La-Trilogie-Berlinoise---L-ete-De-Cristal---La-Pale-Figure-

 

   Septembre 1938. Alors que l'Allemagne et l'Europe attendent anxieusement les conclusion des accords de la conférence de Munich, notre détective, Bernie Gunther, tout juste remis de ses précédantes investigations et fort de sa collaboration avec  son ami et collaborateur Bruno Stahlecker (comme lui un  ancien de la Kripo) se voit confier par une richissime veuve berlinoise la mission d'enquêter sur le chantage que subirait son fiston préféré, petit éditeur d'une obscure revue ésothérique et homosexuel notoire.

 

   Mais tandis que l'affaire semble être sur le point d'être résolu et le maître chanteur (pas celui de Wagner) confondu, les choses se gâtent et le fidel adjoint de Bernie, Bruno Stahlecker, retrouvé poignardé alors qu'il faisait le guet devant l'appartement du principal suspect. Voilà de quoi relancer notre déctive sur une nouvelle affaire, personnelle cette fois.

 

   Mais c'est sans compter sur l'intervention, fort opportune, de Reinhardt Heindrich, alors directeur de la Kripo et futur directeur de la tristement célèbre Gestapo (la police secrète allemande) qui lui propose (mais peut-on vraiment parler de proposition ?) de réintégrer "provisoirement" la Kripo afin d'enquêter sur les meurtres de plusieurs jeunes ahriennes atrocement égorgées et nbandonnées dans divers recoin de la capitale du Reich. 

 

   Confronté à une administration policière qu'il avait quitté quelques années plus tôt avec fracas devant la montée de l'idéologie nazie et sous le poids des purges absurdes que les effectifs subissaient, le Kriminalkomissar Bernie Gunther se lance sur les traces du tueur de jeunes filles qui sévit à Berlin. Entouré d'une équipe de policiers et de spécialistes en criminologie à faire pâlire Interpol, Bernie Gunther écume les bas-fonds de la capitale du Reich, interrogeant tout ce que la ville compte de tordus et de déparvés (pseudos photographes versé dans le sadomasochisme, ancien combattant de la Grande guerre porté sur les petites filles, adepte  du national socialisme mononeuronal et porté sur la matraque, etc.)  ... A force de soulever la fange et de touiller la m ... , notre inspecteur finit par mettre les pieds dans un plat particulièrement nauséabond : une bien étrange conspiration mêlant, de façon toute harienne, une obscure mythologie d'inspiration wagnéro-nordique, des relents de spiritisme frelaté ... le tout avec la participation des plus hautes autorités de la nouvelle Allemagne.

 

   Autant dire qu'une fois de plus notre ex-détective et nouveau komissar va devoir marcher sur des oeufs (et des oeufs brouillés) pour déjouer cette conspiration sans y laisser des plumes ... voir des os.

 

   Ce nouvel opus de la Trilogie Berlinoise nous plonge dans un des aspects les plus étrange de l'idéologie nazie, sa faculté à se nourrire des sources les plus étranges - et les plus déconcertantes - pour parvenir à ses fins. Quelle que soient les fondements et les racines des prétendues origines des mythes dont elle se prévaut , l'idéologie nazie semble faire feu de tout bois pourvu que celà puisse contribuer à l'avènement du prétendu "sur-homme"  ... Que l'on ne s'étonne plus alors de voire se cotoyer des escrocs de bas étages, des pseudos médiums reliés à des prétendus ancêtres germaniques ... et des soi- disant intellectuels.

 

  Placé sous la tutelle du philosophe Friedrich Nietzsche, la Pâle figure (littéralement, le pâle criminel, du nom d'un chapitre d'Ainsi Parlait Zarathoustra, cité en éxergue) nous rappelle que les même les pires crimes et exactions commises sous le troisième Reich, l'ont été commises pour des motifs humains, trop humains.

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 10:00

Kerre, Philippe .-. Un été de cristal (March violets) -  Editions du masque .-. 2008 .-. ISBN : 978-2-253-12843-4

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   Berlin, 1936. Alors que le nazisme tout juste naissant tente à grand renford de dorures et de propagandes de se faire passer pour un honnête parti démocratique (comme quoi l'histoire a parfois tendance à se répéter) aux yeux de la délégation olympique des JO de Berlin, certaines personnes disparaissent mystérieusement sans donner de traces ni d'adresse ... Une aubaine pour Bernie Gunther, ancien agent de la Kripo (la police criminelle allemande) devenu détective privé par aversion pour les méthodes et l'idéologie des toutes nouvelles autorités, dont la spécialité est justement de retrouver les personnes disparues.

 

   Mais malheureusement, il n'y a pas que d'honnêtes citoyens qui disparaissent par ces temps troublés ... Et lorsque le magnat de la sidérurgie Herman Six le persuade d'enquêter sur le décès de sa fille adorée Grete et de son maris, un brillant avocat hélas proche du parti nazi ainsi que de retrouver le trés précieux collier de diamant que le couple gardait dans un coffre fort, notre détective ne se doute pas qu'il met la main (sinon la tête) dans un guépier duquel il aura toutes les peines du monde à s'extraire.

 

   Alors que l'affaire prend lentement tournure et que les indices s'assemblent telles les pièces d'un puzzle, Bernie réalise qu'il est lui aussi une pièce dans un jeu bien plus dangereux auquel jouent des individus et des puissances qui le dépassent et le manipulent. Navigant en eaux troubles, bringueballés entre la nécessité de survivre aux forces qui se liguent lentement contre lui et celle - non moindre - de respecter certaines valeurs qui le distinguent des brutes barbares, notre détective s'efforce cahin caha de résoudre une affaire que bien peu de personnes tiennent à voir résolue ... et de sauver sa peau.

 

   Ecrit avec une plume sarcastique et pleine d'humour, ce premier opus de la Trilogie Berlinoise nous plonge dans une des époques les plus sombres de notre histoire. Philippe Kerr nous fait revivre avec réalisme l'ambiance de cette époque où devant la menace naissante du nazisme s'agitait fébrilement une cohorte d'opportunistes soucieux de tirer profit de la structure  encore fragile du parti nazi et surtout de sauver leur peau ... Ceux que l'on a poétiquement appelé les "violettes de mars" (Marsh violets).


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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 08:00

 

Kerr, Philipp .-. La Trilogie Berlinoise .-. Editions du masque .-. 2008 .-. ISBN : 978-2-253-12843-4

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   Les époques les plus troubles de notre histoire sont souvent les plus propices à l'émergences de grandes intrigues policières. Elles s'y épanouissent avec aisance et majestée, telles des roses sur un boisseau de fumier. Celà tient au fait que, à la différence des autres genres du roman policier, le polar relève d'avantage de la sociologie que de la psychologie (cas du thriller) ou de la logique (roman à énigme) . En effet, le polar s'est donné comme but ou vocation de rendre compte des réalités sociales les plus sombres de notre histoire (crimes, terrains mafieux, délinquence, etc.). Et, comme tel, il se plait à croître en eaux troubles. Songez à l'Amérique des troubles raciaux de James Elroy, ou aux banlieux tenues par les gangs de Georges p. Pelacanos ... Autant de grandes intrigues nées d'un terreau trouble et passablement malsain.

 

   A cet égard, nulle époque n'aurait pu être mieux choisie que celle que Philipp Kerr à choisi pour développer l'intrigue de sa Trilogie berlinoise puisqu'il s'agit de l'Allemagne du troisième Reich. Certes, le sujet a abondemment été défloré et pas toujours de la meilleure des façons tant il y a eu de groussières carricatures de l'Allemagne nazies ... Et l'on aurait été en droit d'appréhender un énième récit lénifiant et moralisateur sur ce sujet. Mais c'est là que le génie du roman noir intervient. Parce qu'il se plait à ne paindre des personnages et des situation ambigües (ni franchement noires, ni vraiment blanches), il parvient à brosser le tableau d'une époque complexe et pour le moins troublée sans rien perdre ni de la complexité des situation ni de l'agitation perpétuelle de l'allemagne nazie.

 

   Le personnage principal, Bernie Gunther, n'est à cet effet ni un héro au sens classique du terme, ni um monstre, mais une personne ordinaire qui essaie de survivre dans une époque où la chose devient de plus en plus difficile. Certes, il lui arrive de recourir à des moyens que la déontologie la plus élémentaire des forces de l'ordre condamnerait (chantage, marché noir, brutalités divers et variées, etc.) pour parvenir à ses fins - C'est là tout l'intérêt des enquêtes de détectives : ces derniers ne sont pas tenus à un code de conduite. Mais sa conduite reste dictée par une exigence morale supérieure qui lui interdit et lui évite (parfois de justesse) de basculer du côté de la barabarie.


   A l'instar du personnage principal, les protagonistes de Bernie (associés, ami(e)s, maîtresses, etc) sont également des personnages complexes qui échappent à toute position manichéenne. Poussés par la nécessité de survivre dans une société où la barabarie est devenue la norme, ces derniers sont amenés à faire de "petites entorses" à la morale -  peccadilles par rapport à la violence que la société exerce sur sa population  - ce qui les met parfois en mauvaise posture par rapport à la loi ou aux exigences morales de la sociétés bien pensante allemande. D'autres,  moins chanceux, ne doivent leur malheur que d'être né au sein d'une religion honnie par une race prétendue supérieure et ceux là devront déployer des trésors d'imagination pour échapper aux persécutions. Etant hors la loi par décret, ils évoluent dans un univers où les repères moraux convenus n'ont plus court et où seuls la survie compte.


   Enfin, on trouve les personnages les plus sombres de notre palette. Ceux à qui profitent les troubles et, parfoix, ceux qui sont à l'origine des troubles. Ceux-là sont, dans l'Allemagne nazie, aujourd'hui bien connus. Ils se nomment Heydrich, Himmler, Goering  ... Hitler. Ces personnages, loins d'être décrits comme des monstres sans âmes, sont brossés au contraire comme des personnages aux dessins et aux motivations complexes et souvent antagonistes. Mûs d'avantage par l'intérêt et le pouvoir que par attachement à une idéologie (fut-elle celle du nazisme), on les découvre petits, vils, mesquins ... brefs humains, presque trop.

 

  Bref, au travers d'une gallerie de portraits réalistes et implacables, Philippe Kerr nous livre dans la Trilogie berlinoise trois enquêtes d'une qualité et d'une clairvoyance exceptionnelle.

 

 - L'Eté de cristal (March violets)

 - La pâle figure (Le pâle criminel)

- Un requiem allemand (A german requiem)

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Published by Petrus002 - dans Polars
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  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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