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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 09:40

Bourgoin, Stéphane - Profileuse : une femme sur les traces des serial killers - Grasset - Novembre 2007 -  ISBN 2-86391-997-0

 

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   Profileuse : une femme sur les traces des serial killers retrace le parcours d'une femme d'exception, Micki Pistorius.


   Aprés avoir été journaliste pendant 8 ans, elle entreprend des études de psychologie et lit assiduement les théories de Freud et découvre dans les théories de ce dernier la clef des motivations des actes des tueurs en série. Forte de cette découverte, elle se spécialise dans l'étude des motivations des tueurs en série et rédige une thèse sur ce sujet qui lui vaudra d'être recrutée à la fin de ses étudess par les forces de police sud-africaines.

 

   Six années plus tard elle sera l'une des plus célèbres "profileuses" et la première femme à avoir exercer ce métier si particulier.

 

   Pendant plusieurs mois, Stéphane Bourgoin, sépcialiste mondial des tueurs en série, a accompagné Micki Pistorius dans son travail quotidien. Sur les scènes de crime, dans les morgues, les commissariats et jusque dans les prisons de haute sécurité Stéphane Bourgoin a accompagné Micki Pistorius dans sa traque des prédateurs les plus cruels d'Afrique du Sud. Il retrace ainsi la traque de quelques uns des tueurs en série d'Afrique du Sud :


  •    - Le tueur des champs de cannes à sucre, surnommé l'étrangleur de Phoenix, alias Sipho Twala, condamné pour le meurtre de 19 femmes à 506 ans de prison.

  - Stewart Wilken, dit Boetie Boer, condamné à 265 années de prison, pour avoir assassiné au moins 10 personnes (6 prostités et 4 enfants).


   - Le Wemmer Pan killer, alias Maoupa Cedric Maake, condamné en 2000 à 1340 années de prison. On lui compte entre 27 et 35 victimes.


    - Moses Sithole, coupable d'au moins une trentaine de meurtres de femmes, et condamné à 2410 ans de prison.


    - Le Sallon Killer: Velaphi Ndlangamandla, condamné à 137 ans de prison pour 19 meurtres.

   Profileuse: une femme sur les traces des serial killers est avant tout un documentaire extrêment bien documenté et renseigné tant sur le quotidien du travail de "profileur", d'analyste comportemental (ce qui n'a rien d'étonnant vu qu'il a été co-écrit par une profileuse) que sur les affaires criminelles traitées par Micki Pistorius. On y découvre avec intérêt le fonctionnement au quotidien de la coopération entre les force de police sud -africaine réputées parmi les plus "dures" du monde et Micki Pistorius, une femme et une universitaire dans ce monde extrêment viril. Loin des clichés développés à foison sur "les femmes dans un monde d'homme" Micki raconte comment elle a été d'abord toléré puis accueilli et protégé par les différentes forces de police avec lesquelles elle a travaillé.

 

   Sur le travail -  encore mystérieux malgré l'abondante littérature et filmographie consacrée à cette profession - de profilage, Micki Pistorius en développe une vision à la fois trés terre à terre et un rien "sur-naturelle". En effet, même si elle affirme que le travail de profilage est le fruit de longues années d'études et d'analyse des comportements des tueurs en série, elle développe une approche quelque peu "mystique" de son travail, parlant d'une inspiration mystérieuse qui se manifeste sous la forme de vent, de courrant d'air sombre, chargé d'énergie négative qui lui soufflerai des informations sur les scènes de crime. Cette intrusion "sur-naturelle" m'a, je l'avoue, quelque peu déconcertée de la part de professionnels tels que Micki Pistorius et Stéphane Bourgoin, et encore aujourd'hui je ne sais trop qu'en penser.

 

   Au final, Profileuse: une femme sur les traces des tueurs en série reste une trés bonne source d'information sur le travail d'analyse comportemental (de "profilage") et sur quelques unes des affaires criminelle qui ont défrayé la cronique en Afrique du Sud à la fin des années 90.

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 10:39

Bordage, Pierre - Les chemins de Damas - Librairie Générale Française - octobre 2007 -  Poche 504 pages - ISBN : 978-2-253-11583-0

 

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  Dans un monde pas si lointain, le grand choc des civilisations prophétisé depuis des années s'est enfin produit, opposant dans une guerre meurtrière les civilisations chrétiennes et musulmannes.

   Au terme de ce conflit qui fit plus de 50 millions de victimes de part et d'autres, aucune civilisation ne fut déclarée vainqueur : l'Europe, exangue et ruinée tente tant bien que mal de se relever de ses cendres tandis que les nations islamiques, anéanties par la guerre, sont retournées au tribalisme de leurs ancêtres et tentent de survivre de leur passé.

   C'est dans ce contexte incertain qu'une jeune mère, Gemma, va se mettre en quête de sa fille disparue, en compagnie de Luc, un journaliste déchu obsédé par la légende mystérieuse d'une armée d'enfants issue des disparitions de mineurs du monde entier.

  Leur quête désespérée de vérité va les mener des ruines de l'Europe aux cendres des villes balcaniques jusqu'aux déserts brûlants de l'Orient mystérieux.

 

   Cette oeuvre d'anticipation est particulièrement bien menée : le contexte probable (même si la probabilité d'une guerre des civilisations me paraît bien maigre parmi la miriade des scénarii apocaliptiques qui foisonnent de nos jours) repose sur une analyse géopolitique et des extrapolations économiques, sociales et politiques particulièrement pertinentes et profondes. La déliquescence des structures économiques et sociales des pays occidentaux aboutissant à la victoire d'un libéralisme tout puissant et sans vergogne, la montée en puissance et l'hégémonie des formes religieuses extrémistes et militantes issues de l'Amérique profonde telles que les mouvements pentecotistes, le développement réticulaire des réseaux mafieux internationaux achève de gangrener un monde déjà agonisant. ... tout celà tisse un canevas subtile et particulièrement crédible.

 

   Les personnages, nombreux et particulièrement attachants par la profondeur de leur psychologie, sont tous trés interessants mais leur profusion nuit à la compréhension globale de l'histoire. Je n'ai pas compris la raison d'une telle mosaïque de personnages dont certains ne vivent que l'espace d'un chapitre. J'aurai préféré moins de personnages mais davantage liés par une destinée commune et que l'on retrouverait tout au long du récit. Tant de personnages sont présentés puis abandonnés alors qu'ils étaient riches en développements à venir. On s'attache à eux, on a envie de les suivre et on est déçu ... d'où une certaine frustration.

 

   Enfin le dénouement (que je ne raconterai pas) m'a passablement déçu : tout au long du périple des deux personnages principaux, on se perd en conjectures aussi nombreuses que variées sur les raisons de ces disparitions d'enfants, des hypothèses nombreuses et inquiétantes sont avancées pour expliquer ce phénomène mondial et inquiétant ... et lorsque la révélation finale survient (dans les ultimes pages du roman), celle-ci sombre dans un mysticime bon tein qui, personnellement, m'a laissé sur ma faim.

 

   Au final Les Chemins de Damas reste un bon moment de lecture (surtout en cette époque où les scénarii de fin du monde foisonnent) et offre au lecteur les perspectives d'un avenir possible mais bien sombre.

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 13:30

Shi Nai-An - Au Bord de l'eau, Sui-hu-zhuan - Gallimard, Paris 1997 - ISBN : 2-07-040220-7. 

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   "Au bord de l'eau" (Shui-hu-zhuan) est sans conteste le roman le plus populaire de Chine, l'équivalent des Trois mousquetaires en France ou des Aventures de Robin des bois en Grande Bretagne, voir même par certains de ces aspects l'équivalent de L'illiade et de l'Odyssée de Homère. Il est tellement populaire qu'il est est à l'origine de nombreuses expressions populaires en Chine et que nombreux, parmi ses personnages, sont devenus des symboles servant à décrire des caractères ou des situations.

 

   L'histoire est d'une étonnante simplicité pour un roman aussi vaste (pensez-donc plus de 2000 pages !) : il s'agit de la réunion progressive d'une bande de hors-la-loi, justiciers et brigands au grand coeur ("épris de justice et insoucieux de richesses" selon les termes usités pour les décrires) dans la Chine médiévale sous la dynastie des Songs du nord au XIIème siècle.

 

   En cette époque où l'Empire chinois est déja unifié règne pourtant un indescriptible chaos : la corruption y est omniprésente, du plus petit hameau au palais de ,l'Empereur; du plus humble scripte au plus haut fonctionnaire, tous vivent ou survivent de pots de vins qu'ils amassent sur le dos des paysans et des villageois ; la justice est aux mains d'un ramassis de potentats locaux qui n'hésitent pas à envoyager au bagne voir même à condamner à mort quiconque a le malheur de ne pas leur plaire ... et routes et chemins sont infestés de brigands pillant et rançonnant les voyageurs. C'est dans ce contexte pour le moins troublé que nos héros - car il s'agit bel et bien de héros, tant par la posture droite et généreuse (souvenez-vous : "épris de justice et insoucieux de richesses") que par le statut social (tous ou presque sont des notables et/ou des érudits) vont être amenés à se croiser puis à s'unir au sein d'une même troupe qui va longtemps narguer les soldats impériaux.

 

    Au départ, nos héros, aussi braves que talentueux, aussi fins lettrés que maîtres en arts martiaux, sont issus de cette administration gangrénée : maîtres d'armes, officiers, gendarmes, maîtres d'école, employés administratifs, etc. Pour avoir refusé de faire le jeu de la tyranie et de céder à la corruption, ils se sont retrouvés dans une situation telle qu'ils ont dû commettre un crime (tuer un fonctionnaire impérial qui abusait de son pouvoir pour raquetter la population, par exemple) ou un déli (faire main basse sur une partie du trésor d'un potentat local). Ce qui leur vaudra d'être démi de leurs fonction, ruiné et banni dans une contrée lointaine. Afin d'échapper au déshonneur, nos malendrins n'auront d'autre solution que de "se cacher dans les herbes" ; c'est-à-dire de devenir hors-la-loi. Plusieurs bandes vont ainsi s'agréger autour de nos héros qui vont peu à peu se rencontrer et fusionner en une collossale armée de hors-la-loi de tous poils, forte de plusieurs milliers d'hommes, qui va donner bien du mal aux armées impériales.

 

   L'histoire se construit ainsi au fil des rencontres des personnages (et ils sont nombreux : 108 brigands !). Chaque rencontre générant une anecdote et chaque anecdote se contruisant autour d'une situation épique : combats dignes des romans de capes et d'épées, bagares à faire pâlir les films de Bruce Lee, intrigues et fourberies dignes des Trois mousquetaires et naturellement banquets et beuverie qui n'ont rien à envier à ceux de Pantagruel et Gargantua. L'écriture, allerte et pleine d'irronie, fait preuve d'une incroyable modernité pour un roman qui date du XVIème siècle, le narrateur n'hésitant pas à intervenir à de nombreuses reprises dans la narration pour donner son point de vue , expliquer telle ou telle situation au lecteur ou pour ménager et entretenir le suspens comme à la fin de chacun des 92 chapitres ("En définitive, comment les gueux s'y prirent-ils pour culbuter Sagesse profonds ? Il vous faudra, pour le savoir, lire la suite de l'histoire !") Ce qui donne au roman le caractère d'un roman à feuilleton voir d'un récit oral, à la façon des multiples "chants" de l'Illiade ou de la Chanson de Rollan : une succession d'historiettes construites autour de personnages hauts en couleurs et de situations épiques qui venant s'ajouter les unes aux autres ont fini par constituer une fresque épique.

 

   L'exotisme est bien sur présent à chaque page. Par le vocabulaire d'abord, car la traduction (celle de Jacques Dars, dans la version Gallimard) a su garder au récit toute la faricheur de la langue chinoise : Les noms des institutions sont d'une incroyable poésie (écoutez donc celà : "A l'audition de cette requête, Le Fils du Ciel [l'empereur] donna immédiatement ordre à l'accadémie de la forêt des pinceaux de pinceaux de rédiger d'urgence le texte d'un édit impérial ..." Quelle admirable périphrase pour désigner le bureau des scribes !), sans parler des noms des personnages (voyez plutôt : Lu Jun Ti dit la Licorne de jade, Li Yin dit l'Aigle fouette ciel, ou encore Yan Zhi dit le fauve à face jaune).


   Par le cadre ensuite, la Chine impériale qui a été le cadre de nombreuses histoires tant dans la littérature que dans le cinéma (cf. Le Secret des  poignards volants de Zhang Yimou, ) nous est présentée avec une rafinemant de détails distillés au compte goute avec une poésie (une fois de plus) d'une rafinerie - je dirais - toute orientale. A la façon des paysages dans la peinture japonaise, le décors brille tout d'abord par son incroyable sobriété (on est loin de la surabondance barroque des paysages et des décors des romans de Balzac ou d'Alexandre Dumas !), puis l'attention est attirée par un détail (un arbre, un ruisseau, une échope, etc.) lequel est décrit avec une finesse et un soin digne des plus belles enluminures orientales ... ce qui fait de chaque chapitre du roman (et ils sont nombreux !) autant de scènes pitoresques fortes en couleurs.

 

   Par l'écriture enfin. Le style, nous l'avons dit est allerte, l'écriture aérienne virvolte comme les épées et les pics des personnages, si bien que le lecteur est pris dans un toubillon de formes mouvantes, de couleurs chatoyantes et d'actions vives qui s'enchaînent les unes aux autres en un impressionnant ballais qui ne laisse au lecteur de répis que celui que s'accordent les personnages pour banqueter et festoyer avant de reprendre leurs périples. Et même en ces rares instants, l'abondance des mets plus exotiques les uns que les autres, la richesse des titres et des sobriqets des protagonistes, retient toute l'attention du lecteur. A celà s'ajoute les nombreuses intervention du narrateur qui s'invite dans le récit pour interpeller le lecteur, aguicher son attention par d'audacieuses provocations et, telle la mouche du coche, ne jamais le laisser son attention se reposer un instant ... Ce qui fait que jamais (ou trés rarement) au fil des  2000 pages de cet incroyable roman fleuve, je ne me suis ennuyé !

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 16:20

Cornwell Patricia - Le Voile rouge : une enquête de Kay Scarpetta  - Editions des deux terres - mars 2012 - ISBN 978-2-84893-112-8

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J'avais lu presque toutes les enquêtes de la célèbres enquêtrice Kay Scarpetta et je les avais lues avec beaucoup de plaisir. L'écriture énergique, les personnages attachants et des intrigues riches et bien menées étaient désservies par une parfaite connaissance du milieu médico-légal. Tout celà contribuait à faire des romans de Patricia Cornwell les best steller qu'ils sont devenus.

   Mais depuis quelques épisodes (depuis Le Dossier Benton, plus précisément), le rythme de l'écriture semblait s'essouffler et la vie privée des personnages semblait prendre le pas sur l'intrigue policière. Des intrigues policières ont passait peu à peu aux intrigues de coeur. Sans doute cette inflexion de l'écriture n'est-elle pas pour déplaire au lectorat féminin (que j'imagine volontier nombreux), mais moi qui suis de la vieille école - d'aucun diraient : puriste - ne peux que regretter de voir de bonnes histoires diluées dans des histoires de coeur (pour ne pas dire pire). Aussi, j'avais cessé de les lire par ennui ou par lassitude.

  Récemment, j'ai soudainement décidé de donner une seconde chance à la célèbre enquêtrice de Patricia Corwell et je me suis plongé dans la lecture du Voile rouge.

   Au début, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé les personnages qui autrefois avaient bercé mes lectures : Kay Scarpetta, enquêtrice principale, wonderwooman en blouse blanche et experte en médecine légale ; Pete Marino, son célèbre acolythe, flic bourru et revêche mais enquêteur de choc dont la tenacité ferait blémir un pit bull ;  Benton, le mari de Scarpetta, expert profileur au FBI, et Lucy, la nièce prodige, as de l'informatique et du combat en tout genre. Mais trés vite une certaine lassitude m'a pris. Pendant les 50 premières pages, il ne se passe strictement rien ! L'histoire s'étire en longues considérations psychologiques sur le couple Scarpetta - Benton et sur les événements passés (qui sont dramatiques, il est vrai mais un simple rappel des événements auraient amplement suffi), et l'on attend, pour savoir où celà va nous mener, les derniers chapitres où les événements s'accélèrent, les pièces du puzzle criminel s'assemblent peu à peu, laissant deviner, au goute à goute, une fin aussi machavellique que possible, ourdie par l'Ennemi implacable et insaisissable ...

   Mais le Plan échoue, non pas tant grâce à l'ingéniosité des enquêteur mais presque par lui-même, laissant le lecteur (moi en l'occurence) sur sa fin. Tout ça pour ça ?!

 

   Bref, si vous êtes un (une ?) inconditionnelle de Patricia Cornwell et de Kay Scarpetta et qu'il vous tarde d'en savoir d'avantage de la vie affective de notre trio d'enquêteur, alors sans aucun doute ce livre est fait pour vous. Mais si comme moi, vous recherchez l'intrigue policière plus que l'intrigue amoureuse, si la vie privée des enquêteurs vous intéresse autant que celle des drosophiles, alors, comme moi, vous serez sans doute déçu par ce roman.

 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 16:48

Higashino Heigo - La maison où je suis mort autrefois - Acte Sud, Actes noirs - avril 2010 - ISBN : 978- 2 742-789511

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Sayaka Kurahashi est la jeune maman d'une fillette de 3 ans qu'elle maltraite dans des accès de colère. Mariée à un homme d'affaire trés souvent absent, elle est dépressive et à récemment fait plusieurs tentatives de suicide. Elle souffre d'une amnésie qui lui interdit tout souvenir de son passé antérieur à son entrée à la petite école.

   A la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une étrange clef ornée d'une tête de lion et un plan conduisant à une maison isolée au coeur des montagnes. Intriguée, elle invite son ancien compagnon d'enfance à visiter cette demeure à la recherche de son passé oublié.

   Arrivés sur les lieux, ils découvrent une demeure qui semble avoir étrangement été figée dans le temps : tout à l'intérieur semble être resté en l'état depuis plusieurs dizaines d'années comme si les habitants avaient précipitamment quitté les lieux pour ne plus y revenir. Plus étrange encore, toutes les horloges sont arrêtées à la même heure ...

   De plus en plus intrigués, Sayaka et son compagnon découvrent le journal intime du jeune fils des habitants de cette demeure hors du temps et décident de le parcourir afin de découvrir la vérité sur cette maison et son histoire. 

   Ce qu'ils vont y découvrir va les conduire au coeur d'une tragédie qui va mener Sayaka à la découverte d'un passé qu'elle avait refoulé au plus profond d'elle-même ... et que, sans doute, elle aurait mieux fait de ne pas faire ressurgire.

 

   Autant le dire tout de suite : ce roman, étrange tant dans sa composition que par son contenu, m'a passablement dérangé.

   La narration, du point de vue du compagnon de Sayaka, donne la curieuse impression d'être aux côté de l'héroïne au cours de la quête éperdue de son passé. De plus le réalisme froid et la sobriété d'écriture dont fait preuve Higashino, loin de nous permettre de prendre distance par rapport à la narration nous oblige à nous plonger plus profondément dans l'intrigue et interdit la catharcis au lecteur.

   Le  dévoilement de la vérité (la lecture du journal intime d'un jeune garçon) contribue aussi à l'identification (et donc à l'implication) du lecteur : celui-ci lit découvre les faits par le même médium que le narrateur et en vient donc à oublier la présence du narrateur et se substituer à lui dans le fil de la narration.

      L'intrigue, d'une structure étonnamment simple (une jeune femme est à la recherche de son passé) mêle habilement le passé des propriétaires de la maison et celui, occulté, de Sayaka jusqu'à ce que les deux histoires se collapsent dans une révélation dont l'inévitabilité ne fait que se renforcer au fil de la lecture. 

   En outre, l'étrange relation qui se noue entre le narrateur et l'héroïne, faite d'un mélange de complicité et secrets, d'attirance et de renoncement, tissée sur le fonds de l'absence complête du mari, ajoute un quelque chose de malsain à l'ambiance déjà trouble de l'intrigue.

   Autant de ficelles qui nous plongent dans l'histoire de ces deux familles, sans aucun recul ni la moindre prise pour une éventuelle distanciation. Tout semble avoir été fait pour que le lecteur ait l'impression d'assister impuissant au déroulement de cette tragédie familliale.

 

   Au final, la lecture de cet étrange roman noir ne m'aura pas laissé indifférent. Et même s'il m'est encore difficile d'affirmer aujourd'hui avec certitude si je l'ai où non "aimé", je peux dire cependant qu'il m'a profondément marqué et s'est révélé une expérience de lecture d'une intensité rarement rencontrée ... Mais n'est-ce pas aussi ce que l'on recherche dans la lecture ?


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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 23:00

Grangé Jean-Christophe - Le passager - Albin Michel, 2011 - ISBN : 9782-22622132-2

 

 

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A Bordeau, un homme est retrouvé mort, la tête enfoncée dans le cou puissant d'un toreau de combat, singeant de façon grotesque le mythe grec du minotaure. Non loin de là, un autre homme est retrouvé couvert de sang mais totalement amnésique.


   Le premier est pris en charge par la séduisante commissaire Anaïs Chatelet. Nouvellement promue à ses fonctions, fille unique d'un des plus terribles tortionnaires d'Amérique du Sud, elle se voit confiée ainsi une affaire délicate, particulièrement sensible ... qui pourrait la conduire aussi bien à une brillante carrière dans la police qu'à une voie de garrage et à l'oubli.


   Le second est placé aux soins du docteur Mathias Freire. Brillant psychiatre du CHS de Bordeau, il va tenter de faire émerger l'identité oubliée de son mystérieux patient en déconstruisant une à une les personnalités d'emprunt que ce dernier a construit tels des masques pour cacher sa véritable identité.

 

   Mais ces deux enquêtes vont trés vite se révéler beaucoup plus complexes et tortueuses que prévu. Le docteur Freire, remontant le courrant de l'histoire de son patient découvre bientôt que son identité elle-même n'est qu'une imposture et que comme son patient, il ne garde presque aucun souvenirs de sa véritables identité. De son côté, l'inspecteur Chatelet se trouve bien vite aux prises d'un puissant groupe pharmaceutique et de ces sbires armés, groupe pharmaceutique dont les commanditaires sont une mystérieuse organisation implantée jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir qui compte parmi ses membres les plus influents le père de la commissaire.

 

   Jean-Christophe Grangé nous livre ici son neuvième opus. Et pour tout dire, il nous avait habitué à bien meilleur.

 

   L'histoire qui se déroule au fil des différentes "fugues" psychiques du Dr Freire, semble parfois pêcher par répétitions (le dr Freire se découvre une nouvelle personnalité, il enquête dessus et au moment où il est sur le point de trouver les réponses cherchées, il croise le commissaire Chatelet et fugue ainsi vers une autre personnalité) et le suspens en pâtie, le rythme s'essoufle ... et le lecteur s'ennuie.

 

   L'intrigue qui promettait beaucoup au début ne tient au final pas ses promesses. Le dénouement (sans vouloir révéler les secrets de l'intrigue) exploite jusqu'à un certain point les ressorts de l'intrigue (les différentes personnalités de Freire, le filon mythologique, l'héritage sulfureux de la comissaire Chatelet) mais la chute reste décevante, voir frustrante ... Alors même que la mythologie offrait, comme sur un plateau, un ressort de premier ordre pour un final des plus interéssants ... je vous laisse deviner lequel.


Espérons qu'il ne s'agit là que d'un essouflement passager au sein d'une longue et fructueuse lignée de thrillers époustouflants.
 

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 13:40

Dugain Marc .- La malédiction d'Edgar .- Gallimard, Folio 2005. - ISBN 970 2 07 033967 9

 

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  J.E. Hoover. Cet homme a régné sur l'Amérique pendant près de 50 ans survivant à plus de 6 président et à une nombre tout aussi important de crises majeures sans jamais quitter la tête du Bureau Fédéral d'investigation.

 

   Arrivé à la tête du FBI à la fin des années 30 alors que le Bureau n'était qu'un petit organisme chargé d'enquêter sur des délits de grand banditisme, il a su en faire une agence de renseignement fédérale toute puissante collectant des informations sensibles jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir dans le but de maintenir l'Amérique sur les rails de l'orthodoxie conservatrice et puritaine.

 

   Pourtant, le personnage de Hoover ne manquait pas de contradictions et de faiblesses : farouchement concervateur, ardent défenseur des valeurs puritaines de l''Amérique profonde, il entrenait des relations pour le moins ambigües avec le milieu de grand banditisme et de la mafia (qu'il a toujours refusé de poursuivre) et n'hésitait pas à faire des entorces à la morale puritaine prônée haut et fort par le FBI.

 

   Que ce soit sa relation intime avec Clyde Tolson, son adjoint et amant, son refus d'intervenir contre la mafia dont l'emprise s'étendait aux yeux de tous sur le territoire américain ou ses relations interlopes avec les grands pétroliers du middle west, l'image du numéro 1 du FBI, garant de l'orthodoxie américaine, semble pour le moins fissurée, fondée sur une assise pour le moins fragile.

 

   La malédiction d'Edgar, de Marc Dugain, se veut un témoignage de la grandeur et de la décadence du FBI et par certains égars elle témoigne bien à sa façon de 50 ans de l'histoire du FBI. Mais ce témoignage se présente comme celui de Clyde Tolson, l'amant de Hoover. Ce qui donne à ce récit une connotation pour le moins étrange : à mi-chemin entre le récit mémoire et l'apologie. Le récit de Tolson visite ainsi l'histoire des Etats Unis à travers le regard étrange de Tolson, s'arrêtant longuement sur des évéments mineurs de l'histoire et sur les relations de Hoover avec les différents présidents et leur ministres de la justice mais passant relativement vite sur les épisodes majeures de l'histoire américaine (l'affaire du Watergate, l'assassinat du président Kennedy puis de son frère Bobby, ...)

 

   Au final, La malédiction d'Edgar est récit passionnaant et passionné sur le "règne Hoover" qui nous en apprend beaucoup sur qui était intimement John Edgar Hoover et comment il a su transformé le FBI d'agence fédérale contre le grand banditisme en l'organe de rensignement tout puissant qu'il est devenu à la fin des années 70.

 

   L'écriture, le style est celui d'un bureaucrate. Le récit présenté comme celui de Clyde Tolson veut s'en tenir scrupuleusement au faits, même lorsqu'il s'agit d'analyser les sentiments réciproques de Hoover et de ♦(pourtant le narrateur de ce récit), il s'efforçe veinement à l'objectivité alors que la subjectivité la plus aveugle, l'admiration la plus fidèle transpire derrière chaque affirmation de Tolson. Ce qui donne l'impression étrange d'en savoir à la fois trop et trop peu ; trop en termes sur la vie intime et les penchants suspects de Hoover et pas assez sur des événements historiques dans lesquels le FBI est ou a été suspecté de prendre une part active.

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 12:21

48791956_p.jpgDans son discours premier discours en tant que président de la République, François Hollande a annoncé solennellement le retour de la formation initiale des enseignants. Assisterons-nous là au retour des très décriés IUFM ? Ceux-ci avaient été tout bonnement supprimés par Nicolas Sarkozy et son ministre de l’éducation nationale Luc Châtel.


Si le retour de la formation initiale des enseignants est en soi une bonne chose, il convient de ne pas réitérer les erreurs du passé et notamment les égarements qui avaient caractérisé la formation des maîtres dans les IUFM. En effet, de l’avis des nombreuses générations d’enseignants stagiaires qui les ont connus, la formation au sein des IUFM étaient loin d’être efficace : divisée en deux corpus distincts (didactique disciplinaire et formation transversale), le premier corpus (la didactique disciplinaire) était vécu comme étant à la fois infantilisant dans ses contenus et procédures par les professeurs stagiaires et extraordinairement coercitif dans ses procédures d’évaluation (surtout lors des ces dernières années de vie), les enseignants formateurs exerçant une pression presque intenable à coups d’inspection, de rapports d’activités et de comptes rendus aussi divers que variés. Quant au second corpus, l’enseignement transversal, celui-ci était le plus souvent hors sujet et pris en charge par des enseignants (souvent universitaires) peu au fait des réalités de l’enseignement en collèges et lycées.


Alors, face à tant de lacunes et de maladresses, fallait-il supprimer les IUFM ? Certes pas, si les IUFM étaient des « grands corps malades », la solution proposé par le gouvernement Sarkozy consistait purement et simplement à euthanasier le malade  … à défaut de vouloir le soigner ! Leur résurrection (sous  une forme ou sous une autre) est donc une chose souhaitable. Mais, fort de l’enseignement des erreurs passées, il convient d’inventer une formation des maîtres qui soit à la hauteur de la difficulté du métier d’enseignant.


Permettez-moi maintenant de présenter quelques réflexions qui me semblent susceptibles de pouvoir contribuer à l’amélioration de la formation des maîtres.


Tout d’abord (première réflexion), tout le monde s’entend aujourd’hui pour constater qu’enseigner à des adolescents et enseigner à des adultes sont deux enseignements qui diffèrent dans leurs pratiques pédagogiques, dans leurs rapports enseignants - enseignés et dans la didactique mise en œuvre. La formation pour adulte est à ce titre reconnue comme une profession à part entière validée par un diplôme (le DUF – Diplôme Universitaire de Formateur) et s’exerce dans un contexte différent de l’enseignement initial (école, collège, lycée). Or, si la société civile a reconnu cette différence, l’éducation nationale semble pour l’instant s’obstiner à l’ignorer. Les formateurs des IUFMS étaient en effet des enseignants de collèges et lycées détachés auprès des IUFM pour transmettre aux professeurs stagiaires leurs savoirs et savoir-faire. Ils n’avaient reçu à cette fin aucune formation, comme si le fait d’enseigner à des élèves de 10 à 18 ans suffisait à savoir enseigner à des adultes ! D’où les nombreuses dérives constatées par les enseignants stagiaires (infantilisation des stagiaires, etc.)


Une solution serait de dispenser aux futurs formateurs de la formation des maîtres une formation adéquate (de formateur pour adultes) dispensée par un ou des professionnels de la formation pour adultes et validée par un diplôme adéquat (le DUF, par exemple) et évaluée régulièrement par un corps d’inspecteurs formés de formateurs professionnels et d'inspecteurs d'académie. Ainsi on pourrait espérer que la formation des maîtres soit assurée par des personnels ayant à cœur la formation des futurs enseignants et plus (comme cela était trop souvent le cas) par des enseignants désirant alléger leur emploi du temps.


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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 19:35

Follett Ken. La Trilogie du siècle.

Tome 1 : La chute des géants. Le livre de poche. Paris, 2010.  ISBN : 978-2-253-12595-2

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La Chute des géants est le premier volume de la nouvelle trilogie de Ken Follett : "La trilogie du siècle" qui relate l'histoire de cinq familles issues de nationalités et de milieux sociaux différents tout au long de notre XXème siècle riche en tragédies.

 

   Dans ce premier volume de cette trilogie, La Chute des géants, nous découvrons les cinq familles (la famille Williams, la famille Fitzherbert, la famille Von Ulrich, la famille Pechkov, et Gus Deward) à la veille de la première guerre mondiale.


   La famille Williams est une famille de mineurs du Pays de Galles. Le père (Da Williams) syndicaliste rève de révolution et de lutte des classes, le fils Billy dit Billy deux fois commence son histoire dans les mines comme autre fois son père pour s'engager plus tard dans l'armée britanique et aller se battre dans les tranchées. La fille, enfin, Ethel Williams, tout d'abord gouvernante dans la riche famille Fitzherbert qu'elle quittera ensuite suite à une déception amoureuse pour partir milliter à Londres pour la cause des femmes. 

 

   La famille Fitzherbert est une famille de nobles britaniques. Propriétaires des mines, le comte Fitzherbert est l'archétype du nobliaux britanique qui s'arqueboute sur les privilège dûs à son rang au point de s'aveugler sur les changements que la société britanique subit suite à la guerre. Il a épousé Béa, une princesse russe exilée en Gande Bretagne où elle se consume de nostalgie en rêvant au faste de sa mère russie. Leur fille Maude, peut-être la plus consceinte des bouleversments de leur temps, lutte pour le droit de vote des femmes et le droits des plus démunis.

 

   Alter égo de la famille Fitzherbert, la famille Von Ulrich est issue de la vieille noblesse allemande. Le père Otto von Ulrich, proche du Kayer et conservateur convaincu, militera pour l'entrée en guerre de l'Allemagne et ne cessera de croire, jusqu'à la signature de l'armistice, à la victoire de Reich. Le fils Walter, plus ouvert sur le monde - sans doute grâce à ces nombreux voyages aux Amériques - vivra la guerre comme une véritable tragédie tant pour l'Amérique que pour lui-même.

 

   Les frères Pechkov, Grogori et Lev, orphelin de Russie suite à la mort de leur mère dans le 1908, rêvent de l'Amérique et de démocratie. Lev, aventurier et passablement malhonnête découvrira l'Amérique tandis que son frère Grigori restera en terre Russe s'impliquera activement dans la révollution Russe aux côtés de Lénine et de Trotsky.

 

   Enfin Gus Deward, l'américain, est un jeune diplomate prometteur. Il intègera l'équipe du président Wilson et multipliera les efforts pour s'opposer à la guerre pour finir par s'impliquer activement dans l'élaboration de la Société des Nations et des espoirs de paix qu'elle promet.

 

 

   Ainsi, une fois de plus le Maître ken Follet a choisit d'aborder l'Histoire du côté de la micro-histoire en nous faisant découvrir ces dix années troublées à travers le destin de familles répartis tant du côté de l'Allemagne et des ses alliés que de celui de l'Empire britanique et des pays qui combattent à ses côtés.


   La Chute des géants, avant d'être l'histoire de la première guerre mondiale - qu'elle décrit avec force détails, est d'abord une histoire de familles. C'est l'histoire des bouleversements que la guerre, les crises et les révolutions qu'elle a engendré ont causé à ces familles issues de la noblesse ou du peuple. 

 

   Certes l'on se prend volontier tout au long de la première partie à espérer avec les personnages à une entente "miraculeuse" entre les nations qui leur épargnerait la guerre, mais l'on s'attache surtout à ces cinq famille (surtout les plus humbles dont les personnages sont de mon point de vue un peu plus subtilements décrits) dont les plus pauvres tentent de survivre dans un monde dirigés de loin par les plus riches qui les gouvernent du haut de leur palais.

 

   La richesse des informations relatives aux négociations diplomatiques, aux opérations militaires et aux débats politiques et sociaux décrits par Ken Follett (preuve s'il en est de l'incroyable soucis du détail du Maître), loin de nuire à la fluidité de l'intrigue (même si parfois celà peut l'alourdire un peu) nous fait vivre la guerre du côté feutré des diplomates puis à  travers l'enfer des tranchées et enfin nous plonge dans les combats sociaux et dans les bouleversements que la guerre a causé pour les sociétés qui l'ont traversé.

 

Au final, La Chute des géants est un trés bon roman historique. Fidel jusqu'au moindre détail des opérations diplomatiques et militaires de la première guerre mondiale, il ne s'attarde pas outre mesure sur la guerre et les horeures qu'elle a véhiculé (sujet tant de fois rebattu) pour nous faire vivre cette sombre époque du côté coulisses. 

 

On attend avec impatience le second volume de la trilogie qui, aux dernières nouvelles, devrait être disponible dès le mois de septembre 2012.

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 19:35

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   Nous connaissions tous le personnage joué par Hugh Laurie dans la série us "Dr House"; ses plus fidèles suporters le savaient déjà passionné de musique, de blues notamment et comme beaucoup d'entre eux je rêvais de trouver un jour ses musiques réunies en un même album. C'est chose faite avec Let them talk. Album résolument blues mais non dénué d'une pointe d'humour et d'auto dérision (les chats ne font pas des chiens ...) 

 

   Composé de plus d'une douzaine de morceaux allant du blues le plus traditionnel aux morceaux plus originaux, Let them talk est le permier album de Hugh Laurie. Produit par Joe Henry et enregistré à Los Angeles et à la Nouvelle Orléans, l’album est une célébration du blues de la Nouvelle Orléans, un genre qui est pour Hugh le musicien, sa véritable « raison d’être ».

 

    Hugh enregistre l’album en chantant devant son piano et ce voyage se voit rejoint par la reine de la Nouvelle Orléans, Irma Thomas, le pianiste Allen Toussaint, Tom Jones et surtout, le grand héros de toute sa vie, la légende du genre : l’immense Dr John dans « After You’ve Gone ».

 

   Interrogé sur la raison de sa "vocation" musicale, Hugh Laurie répond avec humour :


" Je ne suis pas né en Alamama dans les années 1890. Vous avez du vous en rendre compte. Je n’ai pas été nourri à base de grain, récolté pour un patron ou chargé dans un wagon de train. Aucune gitane n’a prédit quelque chose à ma mère quand je suis né, et il n’y a aucun chien démoniaque sur mon chemin … à ma connaissance.  


Ce disque montre clairement ce que je suis : un anglais de classe moyenne, transgressant ouvertement les mélodies et la musique du mythique Sud américain.


Comme si cela ne suffisait pas, en plus je suis acteur ! Un de ces sots gâtés, qui n’est même pas allé à la boulangerie depuis une décennie et qui est incapable de trouver son chemin à l’aéroport sans une aide-soignante. Je ne serais pas surpris de trouver un caractère chinois tatoué sur mes fesses. Ou sur mon épaule, peu importe.


Et le pire de tout, je viens juste de rompre la règle d’or de l’art, de la musique et de ma carrière : les acteurs sont supposés jouer et les musiciens doivent s’occuper de la musique. Voilà comment ça fonctionne. Vous n’achetez pas du poisson chez le dentiste ou ne demandez pas un conseil financier à un plombier, alors pourquoi écouter un acteur chanter ?

La réponse est : il n’y a pas de réponse. Si vous accordez de l’importance à l’origine, la provenance et la généalogie, alors vous devriez aller voir ailleurs, je n’ai rien à vous offrir, rien qui vous intéresserait."

 

Et sur l'origine de son isnpiration :

 

"J’ai commencé mes leçons de piano à l’age de 6 ans avec Mme Hare. C’était quelqu’un de bien, probablement; mais dans mes souvenirs tordus, je me souviens d’elle comme une sorcière pleine de verrues qui m’intimidait avec des charbons ardents appelés Do-Ré-Mi. J’ai résisté pendant environ 3 mois, martelant les touches à travers le « Livre élémentaire de piano volume 1″ jusqu’à ce que nous arrivions à « Swanee River » de Stephen Foster.


Maintenant, on peut difficilement dire que « Swanee River » est un blues traditionnel, qui était dans une de ses premières années qualifiée comme une « mélodie éthiopiennes », mais c’est beaucoup plus proche du genre des chansonnettes françaises et ses danses polonaises qui composent le reste du livre maudit.


Le jour est arrivé et Mme Hare a tourné la page : « Swanee River » a t-elle lu, regardant au travers de lunettes que j’imagine pour elle, 45 ans plus tard. Et puis, avec un sourire sur ses lèvres velues, elle a continué “‘Negro Spiritual – Slightly Syncopated ». Oh mon Dieu non ! Sur ce, elle a rapidement tourné la page et est passée à « Le tigre et l’éléphant » ou à un autre cauchemar infernal, et avec ça, ma relation avec l’instruction officielle de la musique se termina.


Et alors un jour, une chanson est passée à la radio – je suis sûr que c’était « I Can’t Quit You Baby » de Willie Dixon – et toute ma vie changea. Un petit trou de ver s’est ouvert pour moi et je suis tombé au pays des Merveilles. Depuis lors, le blues m’a fait rire, pleurer, danser, co .. il s’agit d’un projet de l’ATP, alors je ne peux pas vous dire tout ce que le blues m’a fait faire.


Au cœur de ce nouveau royaume enchanté, bien haut dans la montagne (ce qui montre combien j’en savais peu à l’époque), se trouvait la ville de la Nouvelle Orléans. Dans mon imagination pleine de mélodies babillantes, pleine de musique, romance, joie, désespoir; son rythme pénétrait dans mon esprit anglais maladroit et m’a fait me sentir si heureux … et si triste, je ne savais simplement pas quoi faire avec moi-même. La Nouvelle Orléans a été ma Jérusalem.


Maintenant, la question de savoir pourquoi un adolescent anglais bancal a été profondément touché par la musique qui est née de l’esclavage et de l’oppression dans une autre ville, un autre continent, dans un autre siècle, c’est pour qu’une douzaine de spécialistes répondent devant moi : depuis Korner à Clapton, depuis les Stone jusqu’à Jools Hollands. Disons simplement que ça s’est passé.


Durant la décennie qui a suivie, j’ai dévoré tous les guitaristes que j’ai rencontré : Charley Patton et Lead Belly, qui fut un génie comme le furent aussi Skip James, Stripper Blackwell, tous les Blinds (Lemon Jefferson, Blake, Willie Johnson, Willie McTell), Son House, Lightnin’ Hopkins, Bo Diddley, Muddy Waters, et bien d’autres qui nécessiteraient toute la nuit pour pouvoir les nommer.


Et puis vinrent les pianistes monumentaux : Pete Johnson, Albert Ammons, Meade Lux Lewis, Roosevelt Sykes, Leroy Carr, Jelly Roll Morton, Champion Jack Dupree, Tuts Washington, Willie “The Lion” Smith, Otis Spann, Memphis Slim, Pinetop Perkins, Professor Longhair, James Booker, Allen Toussaint et l’incroyable Dr John.


Je me penche plus sur le piano que sur la guitare parce qu’il reste dans un seul endroit, ce que j’aime faire. Les guitares amènent les pieds à se déplacer inlassablement d’un point à un autre. J’aime être assis.


En ce qui concerne les chanteurs, la liste est énorme, mais je citerai seulement deux noms sur elle : Ray Charles et Bessie Smith.


Ces fantastiques artistes vécurent un jour, chacun d’entre eux a connu le prix d’une miche de pain et la majorité passa des moments de grande disette dans leur vie. Autrement dit, ils ont les véritables créances, et par cela, je les respecte autant que tout autre, si ce n’est plus.

Mais là encore, je n’ai jamais pu supporter de voir cette musique confinée dans une cage de cristal, sous le nom honorable de Culture « Seulement pour être maniée par des respectables hommes de couleur ». Ainsi se creuse la tombe, pour le blues et tout le reste, pour n’importe quelle raison. Seul Shakespeare continue à interpréter dans The Globe, seul Bach continue à toucher pour des allemands attentifs. C’est une énorme formalité, et je prie pour que Lead Belly ne soit pas suffisamment mort pour que cela arrive.


Donc, ceci est mon unique identification, ma carte de visite, qui je l’espère, me permettra de passer à travers les cordes de velours de la scène et dans vos cœurs. J’aime cette musique, aussi authentique que comme je sais qu’elle se sent, et je voudrais que vous l’aimiez aussi. Et si vous sentez un centième de la part de plaisir que j’ai obtenue d’elle, nous sommes tous au-delà de n’importe quel jeu."

 

 

 

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  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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