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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 20:56

Jeannemey Jean-Noël - Quand Google défi l'Europe : Plaidoyer pour un sursaut - Essai, Mille et une Nuit, avril  - ISBN : 978-2-842-05970-0

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   Le 14 décembre 2004, le moteur de recherche Google annonçait à rand fracas son intention de numériser dans les 6 années à venir plus de quinze million de livres imprimés, soit plus de 4.5 milliard de pages en partenariat avec quelques unes des plus prestigieuses bibliothèques d'Outre Atlantique.

 

   A la nouvelle de cette décision et aprés la stupeur qu'elle a pu suscité, les bibliothèques nationales des principaux pays d'Europe, épaulées par les gouvernements de leurs pays, se sont réunies pour planifier et mettre en oeuvre un projet européen de bibliothèque numérique européenne, Gallica.

 

  C'est la genèse de ce projet de Bibliothèque Numérique européenne que décrit Jean-Noël Jeanneney dans ce petit opuscule. Loin de toutes querelles partisannes, loin de tout antiaméricanisme primaire, Jean-Noël Jeanneney analyse les enjeux de ce projet ambitieux  et anthousiasmant.

 

  Comment l'Europe, et les bibliothèques européenes, peuvent-elles - non pas rivaliser - mais au moins concurrencer le géant californien de Montain View ? Comment concilier l'inévitable participation de perstataires privés et l'exigence de neutralité (sinon d'impartialité) qu'un tel projet suscite  ? Quel politique documentaire adopter pour un pareil projet ?

 

Autant de questions auxquelles Jean-Noël Jeanneney, alors directeur de la Bibliothèque Nationale de France, apporte des éléments de réponse. 

 


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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 12:00

Indridason Arnaldur. Hypothermie : une enquête du commissaire Erlendur Sveinsson. Point 2010.  ISBN 978-2-7578-2281-4 

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  Une jeune femme est retrouvée morte, pendue dans son châlet d'été au bord du lac de Thingvellir. Aprés une rapide enquête, la police classe l'affaire comme un simple suicide ...mais ce n'est pas l'avais du commissaire Erlendur Sveisson qui, en dépit des conseils de ses proches, reprends l'enquête.

 

    D'interrogatoire en prospection, de questionnements en découvertes, ce qui n'avaient tout d'abord semblé n'être qu'un simple suicide prend peu à peu l'apparence d'une affaire beaucoup plus compliquée qu'il n'y paraissait.

 

   Au cour de son enquête, l'inspecteur Erlendur découvrira que la disparition tragique de la jeune Maria n'est pas la seule disparition survenue dans les mêmes circonstances. Deux personnes, un jeunes lycéen et une étudiante, ont également disparue dix ans au paravant non loin de là où Maria fut retrouvé pendue dans son chalet. Autant de circonstances qui vont aiguyer Erlendur sur la piste d'évènements qui, s'ils se sont déroulés dansle lointain passé de la famille de la jeune historienne, n'en continuent  pas moins de hanter la famille de cette dernière.

 

   Mais pour découvrir la vérité, l'inspecteur devra se plonger dans l'univers trouble des croyances les plus inquiétantes où le mysticisme et le charlanisme profite souvent de la détresse des familles pour assouvir les fins les plus basses.

 

   Hanté par ses propres fantômes (celui de son frère tragiquement disparu dans les montagnes du Hardskafi), tiraillé par les lubies conjugales de sa fille, Erlendur dénouera un à un les fils de cet échevau pour confondre les responsable de cette sordide affaire.

 

   Avec Hypothermie, Arnalsur Indridason nous offre ici une intrigue bien ficelée où les temps d'action et de suspens alternent harmonieusement avec les moments de réflexion, voir d'introspection ; où l'intrigue, loin de se perdre dans de stériles considérations mystiques, se jouent d'elles pour relever la narration d'une pointe de surnaturel qui ne dénote pas dans le décor féérique des plaines suédoises ... berf, un trés agréable moment de lecture et de dépaysement !

 

 

 

 

 

 

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 22:16

Epperson Tom, LA Noir.- Le  Livre de Poche.- Avril 2011. 

 ISBN 978-2-253-12884-7

 

9782253128847-copie-1.jpgDanny London, porte flingue pour Bud Seitz, un des ponte de pègre de Los Angeles, ne se souvient plus de son passé. Il ne sait plus d'où il vient ni qui il est. Tout ce qu'il sait de lui, il le tient des rumeurs qui circulent dans le milieu à son sujet (comme celle qui aurait fait de lui "Danny les deux flingues aprés qu'il ait coulé le casino flottant d'un concurrent à coups de révolver) et qui ont fait de lui le bras droit de Bud Seitz, le Kind One comme on l'appelle par dérision.

 

Pourtant Danny ne se sent pas un gangster, mal à l'aise avec les armes, il préfère la compagnie de son vieux pochard de voisin et de Sophie, une gamine que Danny a pris sous sa protection, à celle des pistoleros que son patron emploie pour sa protection. Et puis il y Darla, une ex chanteuse de cabaret et actuelle maîtresse de Bud Seitz, dont Danny s'est entiché.

 

Aussi, quand les choses commencent à tourner mal pour Seitz et ses affaires, la tentation est forte de tout plaquer et de filer avec femmes et bagages loin de Los Angeles, de Seitz et de sa pègre ...

 

 

L.A Noir renoue ainsi magistralement avec la tradition des polars des années 30. Tout les ingrédients y sont présents : le parrain et sa bimbo, le bandit au grand coeur, la gamine maltraitée et le voisin confident. Le lecteur peut à loisir y savourer une intrigue parfaitement menée, sans la moindre longueur inutile dans le Los Angeles d'après la corruption. Une sorte de voyage nostalgique dans un univers hélas disparu.

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 16:41

images-copie-1.jpg"Je suis né en 1951 dans la petite ville de Nashville (Arkansas). Ma famille déménagea l'année suivante pour s'installer dans la bourgade voisine de Malverne, et c'est là que j'ai grandit. Mon père était avocat et juge, ma mère, comme presque toute les mère de cette époque, était mère au foyer. J'avais trois soeurs.

 

J'étais un petit garçon timide qui n'aimait pas l'école et n'avait pas de bonnes notes. Je préférais lires des "comics", aller pêcher au lac Catherine ou regarder des films fantastiques comme "L'attaque des crabes géants" ou "l'inconnu qui rampe"  au Ritz Theater.

 

Grandir en Arkansas dans les années 50 n'était pas trés différent de grandir en Afrique du Sud sous l'apparteid. Le racisme contre les noirs était partout présent. C'était un racisme siffisant, arrogant mauvais et soupçonneux. Il mettait au défi quiconque de penser différemment. J'ai su trés jeune qu'il avait tort mais personne autour de moi (et je veux dire pas une seule personne) n'était de mon avis. J'ai appris trés tôt ma première leçon : ne jamais se laisser imposer ses idées par quiconque. Une personne seule peut avoir raison et la société entière peut avoir tort. Et en effet, la société se trompe habituellement.

 

J'avais l'intention de suivre les traces de mon père et de devenir avocat, mais quand je suis allé au lycée  j'ai changé d'avis. J'ai eu un professeur d'anglais, un certain Georges Horneker, qui pensait que j'avais des talents d'écrivain. Plus tard, dans mes premières années étudiantes, j'ai quitté les études de science politique pour la littérature anglaise. J'avais préssenti que ma destinée était de devenir écrivain et jamais je n'ai regretté mon choix ni eu la moindre seconde de doute à ce sujet.

 

J'ai obtenu un "Bachelor of Art" à l'Université de Little Rock (Arkansas) et un "Master of Art" (maîtrise ndt)   à l'université de Fayetteville (Arkansas). Et à force d'application, j'ai intégré un doctorat à l'Université d'Austin (Texas). Mon intention était de devenir enseignant. J'avais étudié l'anglais en tant qu'étudiant à Fayetteville et j'avais adoré apprendre. J'aimais le calme des campus, les étudiantes sexies et le calme des bibliothèques de l'Université. Celà me semblait être un bon plan pour passer mon temps en attendant de vivre de mes écrits. Mais ensuite j'ai encore changé d'avis.

 

J'avais passé toute ma vie exclusivement dans les livres et j'ai réalisé qu'en tant qu'écrivain et en tant que personne j'avais besoin d'expérimenter d'avantage de ce que l'on appelait le monde "réel". J'écrivis au Texas pour leur dire que je ne viendrais pas.

 

Explorer le monde peut être intimidant, spécialement quand vous êtes un type calme et timide comme moi. Fort heureusement, j'ai rencontré un partenaire.

 

Quand j'ai eu 12 ans, la famille Epperson eu de nouveaux voisins, les Thorntons. Billy Bob avait 8 ans. Il portait des lunettes, avait des dents de lapin et ressembalit à s'y méprendre au personnage d'Ernie Douglas dans "My Three sons" (et il est actuellement l'un des trois enfants) . Nous avions beaucoup de choses en commun - nous aimions tous deux le sport, les films d'horreur et les comics - mais une différence d'âge de 4 ans est un vaste gouffre quand vous êtes un enfant et je ne le considérais certainement pas comme mon égal. Quand mes amis et moi avions besoin de quelqu'un pour compléter l'équipe quand on jouait au baskettball ou pour chauffer le banc au football, nous prenions Billy Bob.

 

Nous avions un surnom pour Billy Bob : "Silly Bob" (Bob le stupide, ndt). On lui jouait  souvent des tours. Une fois Shuck Shyrock et moi, on essayait de retrouver un ballon de foot perdu dans les buissons, on est tombés sur un nid de guêpes, on a dû battre en retraite. On était resté en retrait en essayant d'imaginer comment sortir notre ballon de là quand Billy Bob est arrivé. Nous lui avons dit que nous ne pouvions pas sortir notre ballon des buissons car nous étions "trop gros" pour y aller. Billy, toujours désireux de faire partie du groupe des grands, était heureux de pouvoir nous aider. Il s'est engouffré dans les broussailles et, un instant plus tard, en est ressortit en trombe, le ballon dans les bras, hurlant que des guêpes lui grouillaient autour et le piquaient de partout. Chuck et moi en avons bien ri.

 

 Je n'avais pas revu Billy depuis des années après être parti au collège. Quand j'ai eu terminé mon master, je suis revenu à Malverne où j'ai travaillé sur un roman et essayé de m'imaginer ce que je ferai après. Billy et moi avons repris contact.

 

Il ne ressemblait plus du tout à Ernie Douglas. Il avait une barbe, des tatouages et les cheveux longs jusqu'aux épaules. Il chantait et jouait de la batterie dans un groupe de rock tout en faisant des petits boulots pour des usines ou sur des chantiers de construction. Comme moi, Billy avait de grandes ambitions. Il voulait devenir le prochain Elvis Presley.

 

J'étais un fan des Waltons et je m'identifiais à John-Boy, l'ambitieux jeune auteur sudiste. Quand John-Boy a quitté les montagnes de Walton pour aller à New-York chercher renommée et fortune, j'ai  décidé qu'il s'agissait d'un signe et que je devais faire de même. J'ai proposé à Billy de venir avec moi. Le fait que nous n'avions que trés peu d'argent et pas le moindre contact à New-York ne nous a pas pour autant retenu. Nous avons prévenu nous mère et petites amies épleurées qu'il y aurait probablement quelques années avant que nous ne soyons de retour, ensuite nous avons acheté un guide routier et quitté Malvern dans ma buick noire.

 

C'était en juin 1977. L'été de Sam. Nous roulions à travers l'intimidant Holland Tunnel et avons garé la voiture sur l'Avenue of the Americas. Nous avons commencé à marcher. New-York nous terrifiait. Les immeubles semblaient immenses. Des vagues de taxis jaunes se ruiaient ici et là sur la chaussée. La foule des piétons sembait étrangère, rude et trés pressée. La seule personne amicale que nous avons rencontré fut une noire replète qui me dit : "Hé, petit, on sort ?" Flatté, j'ai répondu : "non m'dame, mais merci d'avoir demandé."

 

Nous avons marché et marché, et la nuit a succédé au jour. Un violent orage s'est abbatu sur la cité, nous avons été trempé jusqu'aux os. Nous avons vu des nuages appocalyptiques passer au dessus de l'Empire State Buildig. Nous avons décidé de retourner à la voiture mais nous ne savions plus où nous l'avions laissé. Nous étions perdus. La pluie continuait. Nous avions peur  que le Fils de Sam ne nous prenne. Finalement, avec l'aide d'un sympatique chauffeur de taxi, nous avons retrouvé notre voiture. Nous étions arrivés à New-York à midi, nous l'avons quitté la nuit à 10 heures. Choqués et humiliés, nous avons conduit à tour de rôle jusqu'en Arkansas. Nous avons fait escale dans un hôtel bon marché  à Rehoboth plage, dans le Delaware, pour quelques jours. Douze jours aprés avoir quitté Malverne, nous étions de retour. Billy est allé au Dairy Queen. Il est tombé sur sa copine. Elle fut surprise et dit : "Je pensais que tu étais parti à New-York."

 

Après quelques semaines de récupération, nous avons repris la route. Nous avons pris un bus Greyhound jusqu'à Lakeside, une banlieu de San Diego, pour aller voir l'oncle et la tante de Billy. Nous sommes tombés amoureux de la Californie assitôt que le bus s'est arrêté. Les montagnes, les palmiers, l'océan, tout nous semblait majestueux. L'oncle de Billy travaillait comme garde frontières à Tecate, une ville mexicaine à l'est de Tijuana d'où la venait bière. Un dimanche aprés-midi Billy et moi sommes allés à Tecate avec Billy et Sally et leurs adolescentes de filles. Nous sommes tombés au milieu d'une fiesta. Deux belles jeunes mexicaines nous regardait en souriant. Nous nous sommes présentés. Elles étaient soeurs. Rosa, qui avait 17 ans, connaissait quelques mots d'anglais, Guillermina, 19 ans, n'en parlait pas un mot. Nous sommes instantanément tombés amoureux , Billy de Rosa et moi de Guillermina et avons décidé de retourner à Lakeside. Nous avons pris le bus et traversé le pays jusqu'à Malverne, chargé la buick une fois de plus et  somme partis pour une nouvelle vie en Californie.

 

Les Eagles était notre groupe favori et "Hotel California" passait sans cesse à la radio, nous prenions celà pour un signe que les choses nous seraient favorables. Nous avons trouvé un appartement sur Wintergarten Boulevard. Etrangement, nos deux héros, Presley et Nabokov, moururent pendant les premiers mois de notre séjour là-bas. Nous avons également pris celà pour un signe, pourtant, nous n'étions sûrs de rien.

 

Nous avons traversé les montagnes sinueuses jusqu'à Tecate chaque fois que nous l'avons pu. Nous avons rencontré les familles de Rosa et Guillermina. Elles étaient neuf soeurs toutes belles. Mais Rosa et Guillermina étaient les plus belles. Leur famille était trés pauvre. Ils cherchaient l'eau avec des seaux dans un puis. Les toilettes étaient à l'extérieur de la maison, mais ils ne pouvaient pas être plus chaleureux et amicaux avec nous. J'ai passé dans cette maison quelques unes des meilleures années de ma vie. Billy et moi avons demandé à Rosa et à Guillermina de les épouser et elles ont accepté. 

 

Mais le retour à Lakeside ne fut pas trés joyeux. Le peu de monaie que nous avions ammassé en Arkansas n'a pas duré trés longtemps. Nous n'avons pas eu beaucoup de chance dans nos recherche de travail. Et comme celà ça arrivait souvent quand Billy et moi étions sous pression, nous nous disputions l'un l'autre. Aprés quelques mois, Billy en eut marre. Il a pris un bus pour l'Arkansas. Et ce fut la fin de l'histoire pour lui et Rosa.

 

Je me suis débrouillé pour faire durer les chose un peu plus longtemps. j'ai dégoté un job d'employé de nuit dans une boutique de comodités pour deux dollars de l'heure. Billy et moi, nous nous étions tirés des pattes du Fils de Sam à New-York, mais on parlait de vols et de meurtres d'employés de magazins aux alentours de Lakeside, alors toutes les nuits a Utotem furent de longues et terrifiantes à passer. Les montagnes, le Mexique et Guillermina furent chouettes mais ma situation devint intenable quand je fus viré par Utotem aux alentours de Noël. Alors j'ai conçu un nouveau plan. je devais retourner en Arkansas, aller au collège pour un semestre et obtenir le certificat pour enseigner dans une grande école, trouver un travail et me faire de l'argent, et ensuite revenir au Mexique me marier à Guillermina et la ramener en Arkansas. 

  

L'année suivante me trouva à Augusta, une petite ville au milieu des champs de coton de l'est de l'Arkansas. C'était un lieu triste et solitaire. Avant qu'il fasse frais, les moustiques devenaient si denses autour des lampadaires, la nuit, qu'on aurait qu'il y avait des nuages de fumée. Et ensuite l'hiver est arrivé, et les champs étaient monotones, tristes, morts et sans fin.

 

J'enseignais à une classe de 3ème au Lycée d'Augusta. Nous devions nous marier dans trois semaine, Guillermina et moi, dans une église catholique de Tecate, je comptais ensuite la ramener à Augusta.  Quand je fus convoqué dans le bureau du principal, par un message de mauvais augure via l'intercom.

 

Comme dans les romans ou les films noirs, j'ai passé la porte du bureau et me suis trouvé face à une jolie fille assise modestement en travers du bureau du principal, M. Matlock. Ce dernier m'a expliqué que cette ravissante jeune fille était une étudiante en dernière année et qu'elle était assignée à ma classe comme professeur assistante.

 

 

J'ai  immédiatement été conquis par cette fille et ça a été réciproque. La famille de Guillermina n'avait pas le téléphone, alors j'ai écris une lettre (en partie en Espagnol - chacun d'entre nous ayant étudié le langage de l'autre) lui disant que j'avais réalisé que j'étais trop jeune et trop immature pour me marier (ce qui était presque vrai) et que je ne viendrai pas à Tecate pour la noce. Quelques jours plus tard je reçu un appel en PCV de Guillermina. Rosa était aussi au bout du fil comme traductrice. Guillermina n'était pas certaine d'avoir compris de quoi parlait ma lettre. J'ai recommencé avec le "trop jeune et trop immature" mais Guillermina n'était pas dupe. Finalement, j'admis avoir rencontré quelqu'un d'autre. A partir de ce moment, je pleurais, et Rosa qui traduisais pour nous pleurait aussi, mais Guillermina ne pleurait pas. Elle m'a dit une simple mais bouleversante phrase dans son tout nouvel anglais : "Mais j'ai une robe blanche." Guillermina et Rosa étaient si belles et si gentilles et nous ont donné tellement plus que ce que Billy et moi leur avons apporté. Je me suis souvent demandé ce qu'elles étaient devenues.

 

Du point de vue d'une justice cosmique, les choses s'équilibrent. Deux mois après le début de notre romance, ma professeur assistante, qui était retourné faire du rangement dans son collège, a disparu. Après plusieurs jours frénétiques, je l'ai retrouvé. Elle m'a alors informé qu'elle avait trouvé que nous étions allés trop vite en besogne et que c'était fini entre nous. Ensuite j'ai reçu au autre appel de mauvais augure pour le bureau du principal où M. Matlock m'a appris que le conseil d'administration du lycée avait décidé de ne pas renouveler mon contrat (je n'ai jamais été en veine à Augusta), et ensuite, quelques semaines après, j'appris qu'ils avaient engagés mon assistante pour me remplacer.

 

Je suis partis pour Little Rock. J'ai loué la moitié inférieure d'un duplexe miteux dans un centre ville mal famé, en haut d'une colline, près d'un magazin d'alcools et j'ai commencé à me reconstruire une vie. j'ai écrit quelques articles pour des magazines locaux, j'ai enseigné l'anglais à temps partiel dans des collèges, j'ai été pendant six mois employé comme rédacteur en chef dans un hebdomadaire appelé "The Voice" où j'écrivais des histoires (quand je l'ai quitté pour prendre un autre travail, l'éditeur m'a dit : " Vous avez le pire rédac'chef de toute l'histoire du magazine.")

 

Cependant, j'écrivais. Depuis que j'avais commencé dans mes années de jeunesse, j'avais écris deux romans, une douzaines de nouvelles et une centaine de poèmes. Mais à l'exception de cinq ou six poèmes et d'une nouvelle, aucun n'avait été publié. J'avais consciencieusement envoyé mes écris mais je n'ai rencontré que des tempêtes de refus. J'avais presque trente ans et je gagnais presque assez d'argent pour conserver un toit sur ma tête. Mais ici, en Arkansas, j'étais coincé et je voulais partir à l'aventure, découvrir le monde. Alors, j'ai conçu un nouveau plan.

  

Je voulais partir pour Los Angeles et devenir un scénariste pour Hollywood. Revenir à "l'Attaque des crabes géants", j'avais toujours aimé les films et j'étais certain de pouvoir en écrire. Mais je ne me sentais pas de taille à m'attaquer à celà seul. J'avais besoin d'un partenaire.

  

Billy vivait à nouveau à Malverne. A son retour de Californie, il s'était un instant installé. Il avait rencontré une fille, s'était marié et avait eu un enfant. Une amie de sa mère était la secrétaire du gouverneur de l'Arkansas, à peine plus vieux que moi, Bill Clinton. Des liens furent tissés et Billy fut engagé dans le département autoroutes.

  

Nous nous étions séparés en plutôt mauvais termes à Lakeside et je ne pensais pas lui reparler un jour. Je voulais revenir à Malverne assez souvent pour voir ma mère (mon père était mort quelques années plus tôt, victime de l'obésité, du tabac et de l'alcool). Ma mère et celle de Billy était les meilleures amies. j'allais voir de temps en temps Billy. Nous avons recommencé à trainer ensemble. Aprés un moment, nous avons à nouveau été les meilleurs potes.

  

Il jouait toujours dans une troupe, un groupe du genre ZZ Top nommé Tres Hombres. Mais en termes carrière, il n'avais pas eu plus de succès en tant que musicien que moi en tant qu'écrivain. Billy avait un réel charisme en tant qu'artiste de scène et il avait suivi quelques cours d'art dramatique au lycée. Son mariage avait capoté, ce qui signifiait qu'il était libre pour voyager à nouveau. Aussi j'essayai de le convaincre de venir en Californie avec moi et de devenir un acteur (Je ne me le rapelle pas, mais Billy m'a dit qu'une partie de ma campagne de persuasion consistait à dire qu'il ressemblait à John Travolta).

  

A part pour sa musique, Billy n'avait produit aucun écrit, mais il vait un réel talent avec les mots. Il lui arrivait toujours des aventures étranges et il racontait des histoires drôles à leur sujet dans lesquelles il faisait les voix des différents personnages. Lui aussi était un fan de films, aussi avons nous décidé d'écrire un scénario tous les deux. Je suis allé dans une bibliothèque et j'ai trouvé un guide "comment réaliser un scénario" avec le script de l'Exorciste. En été 1981 nous avons rédigé un scénario intitulé "Run for the Hills" au sujet d'un quater back, star de son lycée, qui rencontre des difficultés avec la loi et qui doit prendre la fuite (c'était un trés mauvais script avec des passages trés bien écrits, et quise sont par la suite révélés être des échantillons trés utiles). Ensuite nous avons réalisé des plans pour revenir sur la côte ouest.

 

J'enseignais l'anglais à l'Université de Little Rock (Arkansas), aussi avons nous du attendre jusqu'à la fin du semestre. Nous avions l'habitude de monter sur le toît de la maison de Billy avec un pack de six bières et nous regardions les nuages blancs passer dans le ciel bleu, buvions et rêvions à toutes les choses merveilleuses qui nous attendaient en Californie. Nous étions absolument certains que nous aurions un grand succès, que nous taillerions Holliwood en pièce. Nous étions certains que tout celà arriverait à Noël.

 

Le semestre a pris fin. Billy a quitté son travail au département autoroutes. Aprés l'habituel adieu à nos mères, nous avons quitté Malverne par un vendredi matin pluvieux du début juin. Nous avions un lecteur de cassettes et nous avons mis une cassette des Beach Boys. C'est ainsi que "Californication" passait quand nous avons quitté la ville, les essuis glace battaient de gauche à droite.

 

J'avais échangé ma Buick noire contre une Mustang bleu-ciel. Nous avons fait halte dans une station service et acheté un guide routier. Nous avions 500 $ à nous deux. Quand nous avons atteint L.A., après trois jours de voyage, nous n'avions plus que 400 $.

 

Los Angeles était gigantesque. Nous ne connaissions personne. Selon les tarifs de l'Arkansas, nous avions largement assez d'argent pour nous trouver un appartement. C'était faux. Nous étions arrivés au beau milieu d'une vague de chaleur torride. Et en effet, ce mois de juin s'est avéré être l'été le plus chaud de l'histoire de Los Angeles. Nous roulions dans ma voiture à l'air non conditionné, suant dans nos vêtement et cherchant un travail qui n'existait pas. Nous sommes allés d'hôtel bon marché en hôtel meilleur marché et on devenait incroyablement désespérés en regardant notre argent disparaître. Dix jours aprés être arrivés, nous n'avions plus que vingt dollars. Pas assez pour un nouvelle nuit au motel de Winchester, à côté de l'aéroport, où nous logions. Nous avons fait nos bagages et sommes partis.

 

Nous avons roulés vers l'océan. Nous sommes allés sur la jeté de Santa Monica, nous nous sommes assis sur un banc et avons essayé d'imaginer ce que nous allions faire. Nous n'avions plus assez d'argent pour rentrer chez nous. Nous pouvions toujours appeler nos mères (en pcv) et leur demander de nous envoyer un peu d'argent, mais cette pensée nous horrifiait. Ce serait New-York tout le temps à nouveau. Partir en fanfare pour faire fortune à la grande ville, et revenir quelques semaines plus tard à la maison, la queue entre les jambes. Le soleil commençait à descendre sur la baie de Santa Monica ...

 

Manifestement, nous avons trouvé un moyen de rester à Los Angeles. J'aurai pu écrire un livre sur ce qui nous était arrivé ces dix dernières années, mais quelques phrases auraient suffit pour le moment. En termes visuels, je vois cette période comme une période sombre, avec de violents nuages et des flash d'une occasionnelle belle lumière dorée. C'était une époque de frustration, de conflits, de faim, de bitures et de fêtes, de coeurs brisés et de panne sêche, de maladies mortelles, de morts dans la famille, d'espoirs conçus et aussitôt déçus.

 

Billy et moi avons écrit un script en 1987 appelé "Color me Bad" renommé plus tard "One false move". RCA Collombia, une compagnie de vidéo, a investi de l'argent pour le tourner, et le film a été réalisé en 1992. On a fait tout un fla et une campagne personnelle pour voir le film diffusé dans les cinémas. Il a eu une critique dithyrambique en Mai. Billy et moi étions soudainement devenus une équipe d'écrivains célèbres, et la carrière d'acteur de Billy a commencé à devenir florissante. Dans son show de fin d'année, Ebert a même désigné "One false Move" comme le second meilleur film de l'année car Siskel était le numéro un. Billy et moi devions une fière chandelle au rédacteur de cette critique.

 

Quatre autres projets de Billy et moi ont vu le jour depuis, je ne vous parlerai que de deux d'entre eux (les scripts des deux autres interompu en cours de production). A Family Thing avec Robert Duvall et James Earl Jones comme frères malchanceux sorti en 1996. The Gift, avec Cate Blachette en tant que figure emblématique de la petite ville du sud (à l'image de la mère de Billy) sorti en 2000 avec Keanu Reeves, Greg Kinnear et Sam Raimi comme directeurs.

 

En même temps que "Family Thing", un autre de mes films sorti en 1996. "A Gun, a car, a blonde" fut co-écrit par moi et la fille qui m'avait prêté de l'argent, Stéphanie Ames. Stéphanie dirigeait et j'étais le producteur. Jim Metzler jouait une victime du cancer amère qui s'évadait de sa souffrance dans un monde imaginaire de films noirs en noir et blanc où il accomplissait sa rédemption spirituemme. Billy et le tardif (et merveilleux tant comme acteur qu'en tant qu'être humain) John Ritter y jouait.

 

 

Aussi en 1996, je retournais à ma marotte littéraire et commençais la rédaction d'un roman. Villa Lucretia est l'histoire d'un jeune prêcheur baptiste originaire d'Arkansas qui, suite à une violente dépression, décide de partir à Los Angeles pour devenir acteur. Il loue un appartement à Villa Lucretia, un vieil et lugubre appartement d'hollywood que l'on disait hanté. J'ai travaillé sur ce livre tout en écrivant des scripts pour des films pour les six prochaines années. Quand mon agent l'nvoya à l'éditeur, je fus reçu par une véritable tempête d'e.mail de refus.

 

Je passais une paire d'années supplémenntaire à écrire un autre roman qui fut reçu plus chaleureusement. The Kind One (L.A Noir ndt) se déroule à Los Angeles en 1934. Son personnage central est un jeune homme nommé Danny London qui travaille pour un gangster nommé Bud Seitz, appellé le Kind One (le gentil, ndt)  car il ne l'était pas. Il a été publié en 2008. (Je suis content, quand j'avais dix-huit ans je ne savais pas que ça me prendrai trente huit ans pour avoir mon premer livre publié. Je pense que j'aurai trouvé celà quelque peu décourageant.)

 

Mon film favori est Shane et j'ai écrit un livre qui s'inspire de lui qui devrait sortir en janvier 2012. Sailor est l'histoire d'une jeune femme et de son fils qui fuient à travers l'Amérique avec six tueur brutaux à leur trousse. Dans une ville balnéaire de Californie, ils rencontrent un jeune homme de bonne famille, Gray. Gray fuit aussi ... son passé. et, bien ... vous saissez le tableau.

 

Question film, Billy et moi avons fait équipe encore aprés un long hiatus et écrit un script appelé Jayne Mansfield's car. Il se déroule dans une petite ville d'Alabama en 1969. Billy y jouera avec Robert Duvall, Kevin Bacon et John Hurt. Le tournage commencera en Georgie la semaine prochaine.

 

Il y a quelques semaines, j'ai eu soixante ans. Je passe maintenant la moitié de ma vie à Los Angeles. Je vis dans un agréable voisinage de maisons de style "leave it to beaver" avec ma Stefany, la fille-qui-m'a-prêté-de-l'argent-et-qui-est-maintenant-ma-femme, trois adorables chats domestiques, Sunny, Trubble et Sheera, et Bodhi, un chien éxubérant. je suis joyeusement en train de travailler à un autre roman. Je suis content maintenant, je n'avais pas plus de succès en tant que jeune auteur, autrement il ne me serait jamais arrivé d'écrire pour des films, de venir en Californie, et je n'aurai pas eu les amis, les chat, le chien, la femme, la vie que j'ai aujourd'hui. Je suis choqué, en colère et consterné par ce que je vois tous les jours autour de moi dans le monde, et je promets de faire ce queje peux pour réveiller les autres sur le fait que l'avidité, l'ignorance bornée, la guerre, les dégâts environementaux font du quotidien de l'existence sur cette planète une chose incertaine. Bon c'est tout pour le moment pour l'histoire d'Epperson. A suivre, comme on dit, espérons (si moi et la planète tenons le coup) pour quelques dizaines d'années à venir.

 

15 juin 2011 

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 21:54

Yalom Irvin, Baude Clément (traducteur) Et Nietzsche a pleuré. Point, Paris, mars 2010. broché, 478 p. ISBN 978-12945-5

 

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   Venise, 1882. Friedrich Nietzche, alors jeune professeur de philologie à l'université de Bâle, rencontre la jeune poétesse russe Lou Andréa von Salome. Trés vite une amitié profonde lie le jeune philosophe à la poétesse à qui il présentera ses amis et parmi eux le moraliste Paul Rée.

 

   Bientôt, entre le philosophe, la poétesse et le moraliste, va se créer une relation faite d'admiration réciproque et d'amitiés profondes. Mais entre ces briants esprits libres, les relations ne pouvaient en rester et trés vite des nuages vont apparaître : entre Paul Rée et Nietzsche, tous les deux amoureux de Salomé, puis entre Salomé et Elisabeth, la soeur du philosophe qui, jalouse et possessive, agit dans l'ombre pour briser les liens qui unissent Nietzsche et Salomé. 

 

   Pris dans la tourmente, Friedrich ne tarde pas à sombrer dans une profonde mélancolie qu'aggravent de terribles et fréquentes crises de migraines qui le paralysent des journées entières.

 

   Inquiets pour l'avenir de son ami dont les lettres désespérées font redouter une fin tragique, Salome contacte à l'insue de Nietzsche le professeur Breuer, un célèbre thérapeute autrichien afin qu'il s'occupe de son ami et prévienne tout acte désespéré ... mais à la condition que ce dernier ne sache jamais qui est à l'origine de cette curieuse expérience thérapeutique.

 

  Mais Nietzsche n'est pas un patient ordinaire : celui qui se veut le médecin des âmes, un esprit libre parmi les esprits libres, ne se laissera pas soigner ainsi.

 

   Commence alors entre le médecin et son patient une curieuse partie d'échec dans laquelle chacun tentera de renverser à son profit la relation thérapeutique au point où bientôt il ne sera plus possible de discerner le patient du médecin et où, au hazard d'une improbable amitié, la guérison surviendra comme le courronnement d'une relation entre deux esprits à la recherche de la sagesse.

 

 

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  Dans ce nouvel ouvrage aux confins de la psychanalise et de la philosophie, Irvin Yalom nous livre là un curieux objet littéraire. Prenant appuis sur l'histoire (intime ?) du philosophe allemand Friedrich Nietzsche (1844 - 1900) et, plus particulièrement, de sa relation avec la poétesse russe Lou Andréa von Salomé (1861 - 1937), il s'en écarte sensiblement pour mettre en scène une des événements qui, selon ses propres termes, auraient pu se produire ... écrivant par là une histoire parallèle de la vie de Nietzsche.

 

   Cependant, même si Irvin Yalom résiste à la tentation de réduire la philosophie de Nietzsche aux divers manisfestations de sa maladie - ce qui est au demeurant tout à fait louable, d'autant plus que nombreux, parmis ceux qui se sont essayés l'exégèse de l'oeuvre de Nietzsche, y ont succombé - le résultat final nous laisse un arrière goût étrange : celui d'une pensée certes riche et féconde mais tout de même entâchée, comme diminuée, par la maladie ... ce qui est loin d'être l'esprit de la philosophie de Nietzsche.

 

   Au final, Et Nietzsche a pleuré reste donc un bon roman, plein de cet humour et de cette finesse propre à son auteur ... mais pour (mieux) connaître Nietzsche, mieux vaut encore se tourner vers son oeuvre !


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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 13:24

Halter Paul. La mort vous invite.  édition du masque, septembre 1988

 

 

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   Lorsque Harold Vickers, auteur de romans policiers et grand maître des meutres en chambre close, est retrouvé mort dans son bureau, lui même fermé de l'intérieur, l'affaire a de quoi donner plus que du fil à retordre aux fins limiers de Scottland Yard. 

 

  Mais quand on apprend en outre que la résidence du célèbre auteur de roman policier abrite outre un illusionniste de renom, une nièce plus qu'à moitié folle et quelques comédiens amateurs, il y a de quoi donner des migraines même au célèbre inspecteur Hurst de Scottland Yard.

 

 Quand enfin on découvre que la propriété jouxte un cimetière où gît le père du romancier, lequel aurait juré de revenir de l'au delà se venger de son fils, alors tous les ingédients sont réunis pour donner lieu à une affaire hors norme où la malice du meurtrier rivalise avec la perspicacité des forces du Yard.

 

 

Paul Alter signe ici une chef d'oeuvre de la littérature policière. Une enquête dans laquelle il prend un malin plaisir à multiplier les hypothèses pour ensuite les écarter avant de révéler le véritable auteur de ce meutre hors du commun.

 

 

 

   A lire et relire sans aucune retenue !!

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 13:05

Bréranger Philippe. Les ombres. Scrinéo, avril 2011. broché, 326 p. cahier documentaire pp 329 - 342. ISBN 978-2-95349-5

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    Quand un attentat meutrier frappe le métro parisien en ce début d'année scolaire 2011, le capitaine Franck Venel, enquêteur au sein de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), et son équipe sont naturellement sur les dents.

 

  Constituée à partir de la fusion de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) et de la Direction Centrale des Renseignements Généraux (DCRG), la DCRI, sorte de FBI à la française, se voit confier la mission d'identifier les auteurs de ce premier attentat parisien et de les neutraliser. Mais le temps presse car les membres du mystérieux Croissant Noir promettent de futurs attentats, d'abord à Lyon puis à nouveau dans la capitale française.

 

  Pour le Capitaine Venel, partagé entre son amour pour sa fille, adolescente rebelle autant que brillante, et sa collègue Céline pour qui il éprouve une passion aussi brûlante que destructrice, pressé par le temps qui joue contre lui et par ses supérieurs qui lui réclament des résultats pour satisfaire politiques et médias, commence alors une traque sans merci qui le conduira, lui et son équipe, des immeubles des cités sensibles de la banlieu parisienne jusqu'à une charmante agence de rencontre dans un petit village du sud de la France.

 

  Au fil de cette traque faite de longues heures de surveillances à épier à travers les vitres crasseuses de studios parisiens, de missions d'infiltration dans les cité sensibles de la banlieu parisienne passée à côtoyers dealers, petits voyoux et gros truands, on se prend à s'attacher à cette bande de flics peu ordinaires, sans cesse au bord du précipice ... mais au final terriblement humains.

 

 

   Loin d'être une simple apologie des forces, peu connues, de la DCRI, Les Ombres est avant tout une histoire de flics, avec leurs faiblesses et leurs doutes, les pressions de la leur hiérarchie et leurs histoire de couples.

 

Bref, un Thriller passionant qui vous plongera dans le monde injustement méconnu des hommes de l'ombre des  forces de renseignement français.

 

   Ce roman est complété par un dossier documentaire instructif d’Andrea Verducci concernant le quotidien et l'organisation des forces antiterroristes française.

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 15:20

Eco Umberto. Le Cimetière de Prague. Grasset, Mars 2011. Brochet, 560 p. ISBN 978-2-246-78389-3

    

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   Dans une obscure échoppe d'un antiquaire parisien, le narrateur, probablement égaré dans les labyrinthe des ruelles du Paris de la fin du XIXème siècle, découvre le journal intime de deux bien curieux personnages :  un certain Simon Simonini, piémontais de mère française ,auréolé du titre prestigieux de capitaine pour avoir plus ou moins fait le coup de feu avec les mille garibaldiens, grand amateur de fine gastronomie, antisémite, misogyne, raciste ... et faussaire de profession  - oscillant entre Arsène Lupin et le professeur James  Moriarty ; et l'Abbé Dalla Piccola, un eccliastique qui cache sous sa robe sacerdotale une âme aussi noire et tortueuse que les dessins de ceux qu'il feint vouloir servire.

 

   A travers les souvenirs - parfois confus, souvent romancé ou contradictoires - de nos deux conspirateurs, Eco nous plonge dans l'antichambre de l'antichambre de l'histoire de la fin du XIXème siècle.

   Ainsi, nous suivons les péripéties de l'expédition garbaldienne que Simonini épie - avec un cynisme et une désinvolture pour le moins suspecte - pour le compte du gouvernement Piémontais.

   Puis, missionné à Paris, où il s'accoquine avec les milieux antisémites de la capitale, notre compère commence l'invention d'un vaste complot judéo-maçonnique visant à gouverner le monde. Complot qu'il enrichira des expériences et de ses rencontres dans les services secrets des grandes puissances européennes pourqui il accomplira divers missions qui l''amèneront à prendre part aux épisodes sanglants de la Commune parisienne et à jouer un rôle non négligeable dans l'Affaire Dreyfuss.

  

   L'Abbé Dalla Piccola, bien que n'appaissant que tardivement dans le déroulement des événements, n'est pas en reste en matière de complots et de félonnie.

   Mandaté par le Vatican pour enquêter sur le "péril" judéo-maçonique, notre abbé ne tarde pas à user de biens douteux expédiants pour arriver à ses fins.

 

   Fréquantant tour à tour les différents cercles ésotériques de la capitale, de loges maçonniques aux divers sectes lucifériennes, il n'hésite pas à se compromettre avec tout ce que la capitale offre de prêtres fornicateurs et défroqués, de mystiques allucinés et de pseudo-mystiques d'avantage bonne pour la camisole de force et l'asile psychatrique que pour la sainteté et le Paradis afin de dénoncer les rouages du grand Complôt Judéo-maçonique.

 

 

 Au final, Umberto Eco nous offre, aprés le Pendule de Foucault (1992) et le Nom de la Rose (2002), une nouvelle preuve de sa maestria à tisser subtilement les fils de l'Histoire avec la trame d'une fiction parfaitement maîtrisée pour nous livrer une oeuvre romanesque à mi chemin entre les feuilletons et sagas d'Alexandre Dumas ou de Eugène Süe et les romans historiques de la fin du XIXème siècle.

 

   Aussi la narration peut paraître parfois tortueuse - comme c'est souvent le cas avec Umberto Eco, si le lecteur a parfois certaines difficultés à démêler le vrai du faux, l'Histoire de l'histoire ; il ne faut pas y voir ici la marque faiblesse narrative, pas plus que la volonté de l'auteur de vouloir "réécrire l'histoire" - comme on a pu le lui reprocher; mais au contraire une volonté de simplement raconter une histoire.

 


«Eco peut-il écrire ce qu'il veut ?» 

 

Le Cimetière de Prague a eu un grand succès en Italie. Mais on reproche à son auteur de mélanger le vrai et le faux, les faits et les rumeurs. Cette polémique est-elle justifiée? Le point de vue de Pierre-André Taguieff. 

LE FIGARO. - Que vous inspire le roman d'Umberto Eco?

Pierre-André TAGUIEFF. - Depuis longtemps, Eco a exprimé son intérêt pour les histoires de complots, souvent liées à la fabrication de faux et à des manipulations policières, dans lesquelles les faits historiques tendent à se confondre avec des fictions romanesques. Ce qui est le cas des Protocoles des sages de Sion, l'un des faux les plus célèbres de l'histoire occidentale, auquel il consacre quelques pages dans Le Pendule de Foucault (1988) - plongée dans l'univers bariolé de l'ésotérisme qui représente pour moi une éblouissante réussite. On en trouve aussi une brillante évocation dans l'essai «Protocoles fictifs» (Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs, Grasset, 1996), où il revient sur les origines du mythe de la conspiration juive ou judéo-maçonnique internationale dont Les Protocoles des sages de Sion sont le principal vecteur depuis leur publication en Russie à la fin de l'été 1903. Mais ce qu'il en a fait dans son dernier roman ne m'a ni accroché ni convaincu. Ma déception vient peut-être du fait que je connais trop bien les matériaux sur la base desquels Eco a construit son dernier roman. Depuis le début des années 1990, dans le sillage de Léon Poliakov et de Norman Cohn, j'ai consacré plusieurs ouvrages à l'étude de la mythologie conspirationniste moderne et contemporaine, à l'analyse des divers récits et thèmes d'accusation mêlant l'antimaçonnisme à l'antisémitisme, où les faux politico-littéraires ont joué un rôle décisif. Eco s'est promené pour son compte dans les caves et les souterrains de la culture conspirationniste, curieux de tout, mais pour le plaisir avant tout. Quant au produit, de mauvais esprits diraient que c'est du Dan Brown sophistiqué et bien documenté, du Dan Brown pour bac + 3.

La polémique qui s'est développée dans la presse italienne vous semble-t-elle justifiée?

Eco a déclaré avoir voulu se «confronter longuement et ouvertement avec les clichés antisémites, pour les démonter». L'ennui, c'est qu'il les expose en long et en large avec un grain de complicité ironique, installé dans la zone d'ambiguïté où il mélange avec jubilation le vrai et le faux, le vraisemblable et le certain, les faits et les rumeurs, les légendes, les récits mythiques. Son roman ressemble à une compilation de textes antijuifs qui font oublier les intrigues. Et la fascination d'Eco pour la préhistoire des Protocoles est contagieuse. On peut dès lors craindre que son roman fonctionne, pour les lecteurs naïfs, comme un manuel d'initiation au conspirationnisme antijuif et antimaçonnique, et, pour les adeptes de la pensée conspirationniste, comme un aide-mémoire. «Le mélange du vrai et du faux est plus faux que le faux», disait Valéry. Eco, en virtuose, jouant lui-même les faussaires et les plagiaires, conduit le lecteur à imaginer le grand complot juif et le laisse seul juge de sa réalité. Plutôt qu'à un décryptage et un démontage des accusations mensongères et des stéréotypes antijuifs, c'est à un renforcement des préjugés qu'il risque d'avoir contribué, du moins pour une partie de son lectorat.

Est-il vrai que «Les Protocoles des sages de Sion» sont considérés comme authentiques dans certains pays musulmans?

Je ne connais pas un pays musulman où les Protocoles ne soient pas régulièrement invoqués dans les médias pour justifier la thèse du «complot sioniste mondial» et inciter au djihad contre Israël en particulier, et contre les «sionistes» ou les «Juifs» en général. Dans le film documentaire dont j'ai été le coscénariste, La vérité est ailleurs, ou la véritable histoire des Protocoles des sages de Sion (2008), la réalisatrice Barbara Necek a interrogé l'un des jeunes dirigeants du Hamas, Fawzi Barhoum, son porte-parole à Gaza, qui a déclaré: «Nous, au Hamas, considérons que Les Protocoles ont été écrits par les Juifs, parce que les Juifs sont des fauteurs de trouble partout dans le monde, dans les pays arabes, dans les pays musulmans, en Europe et aux États-Unis. C'est tout le temps la même chose: là où il y a un Juif, il y a un problème.» Hamid Chabat, maire de Fès et député influent de l'Istiqlal, parti conservateur et nationaliste qui a gagné les législatives de 2007, a expliqué début mars 2011, lors d'une réunion des militants de son parti, que les révolutions arabes étaient inscrites sur l'agenda des Protocoles: «Auparavant, le colonialisme et le protectorat assuraient leur suprématie grâce à la force militaire et à l'invasion. Aujourd'hui, c'est avec les idées, Facebook et le progrès scientifique. Et cela est expliqué dans un livre que connaissent bien les chercheurs, il s'agit des Protocoles des sages de Sion.» Le célèbre faux est ainsi utilisé pour prouver l'existence d'un «complot sioniste mondial».


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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 11:11

Ellroy James. Un tueur sur la route. Rivage Noir, Avril 1991. 352 p. ISBN.  978-2-86930-448-2

 

 

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   13 septembre 1984, Martin Plunkett, auteur d'une série de meurtres à caractère sexuel perpétrés durant les années 1970 - 1980 sur l'ensemble du territoire américain, a été arrêté par les forces de police et du FBI combinées. Ainsi s'achève l'errance meurtière de l'un des plus célèbres sérial killer de l'histoire des Etats Unis.

 

    De sa cellule, Plunkett rédigea, en guise d'aveux, le récit sanglant de son périple meutrier. De son enfance où, après avoir un peu aidé sa mère à mourir, et fasciné par le méchant d’une bande dessinée "Super Saigneur", il se déconnecte de la vie courante.

   Après un séjour en prison pour vol, à Los Angeles, il commence sa cavale macabre.

   A San Francisco, il assassine sa voisine et son petit ami avant de prendre la fuite et de commencer sa longue errance meutrière sur les routes des Etats-Unis. Passant d’états en états, travaillant parfois, volant l’argent de ses victimes et revendant leurs cartes de crédits. 

   Dans le Wisconsin, il tue un homme, mais est accusé du meurtre et du viol de deux adolescentes. Emprisonné, il rencontre le sergent Ross Anderson, tueur et violeur de ces deux jeunes filles. Après une fouille détaillée de sa voiture, le policier lui dit qu’il connaît la vérité, le laisse partir, mais garde des preuves contre lui. Avant de le quitter, il lui  dira : "Lis les nouvelles, on va parler de moi ".

   Puis par une suite d’articles de journaux et de rapports de police, nous suivons leurs cheminements meurtriers. Ils se retrouveront et deviendront réellement amants, mais leurs folles équipées prendront fin à quelques jours d’intervalles

 

   Dans "Un tueur sur la route" (Silent terror), James Ellroy nous livre de l'intérieur le portrait d'un sérial killer. Loin de la fascination que certains films ou séries télévisées ont accordées par la suite aux personnages des sérials killer (Seven, Profiler), Ellroy nous livre ici le portrait d'un individu dont l'intelligence exceptionnelle s'est mise au service des pulsions les plus obscures et les plus noires de l'homme.

   Par une alternance de récit à la première personne, de retranscriptions de divers documents de l'époque (extraits de journeaux, rapports de police, etc.) et de fragments du journal intime de l'officier chargé de l'enquête, Ellroy nous plonge au plus profonds de la noirceur de l'âme humaine, révèle ses pulsions les plus enfouies et dresse le portrait moral de l'amérique des seventies : une amérique économiquement propsère mais déjà décadente.

 

   Dans cet biographie d'un tueur en série, Ellroy n'explique pas seulement le devenir meurtrier du tueur par son enfance difficile (un père ivrogne et une mère dévergondée), par la frustration d'une sexualité bridée et refoulée, par la décadence de la société américaine (la perte des valeurs morales, le libéralisme de l'éducation, l'alcool et la drogue) ou par le hasard de rencontre malheureuse (un officier de police psychopathe et meutrier). Certes tout celà y contribue et peut partiellement expliquer l'histoire de Plunkett, mais, ainsi que le découvre sur le tard, l'officier chargé de l'enquête, le fin mot de l'histoire, la cause profonde et la véritable explication de l'instanct meurtrier des tueurs en série est que "le mal est là" et que nous n'y pouvons rien!

 

  La finesse et la précision des analyses d'Ellroy ainsi que l'ampleur des connaissances du système criminel américain sont telles dans cet ouvrages qu'il est encore aujourd'hui cité comme une référence en la matière par les instructeurs du FBI.

 

   Bref, "Un tueur sur la route" est plus qu'un grand moment de lecture, c'est une véritable expérience, de celle dont on ne ressort pas indemne.

 


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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 23:00

 

Yalom Irvin D. La Méthode Schopenhauer. Points (Paris). 30 avril 2008. Broché, 478 pages. Traduit de l'américain par Clément Baude . ISBN : 978-2-7578-0385-1

 

9782757803851

   Lorsque Julius Hertzfeld, célèbre psychothérapeute de San Francisco, apprend qu'il est atteint d'un cancer, il décide renouer avec celui qui fut de loin son patient le plus délicat, le plus rétif et le plus désespéré : Philip Slate, un sociopathe accro du sexe que Juilius avait vainement essayé de soigné il y a 23 ans ... et qu'il décide maintenant de retrouver.

 

   Entre temps ce dernier affirme s'être guéri tout seul (ou presque) de son addiction au sexe grâce à une bien curieuse méthode : la lecture et la pratique des écrits du philosophe Arthur Schopenhauer ! Cette méthode aurait si bien marché qu'il voudrait désormais l'enseigner et la mettre en pratique de façon professionnelle ... bref devenir à son tour psychothérapeute !

 

  Un curieux pacte est alors conclu entre Julius et Philip : si ce dernier accepte de suivre pendant 6 mois une thérapie de groupe, alors Julius lui donnera son accord pour qu'il devienne à son tour psychothérapeute.

 

   Dès lors commence une immersion dans l'univers mal connu de la thérapie de groupe, dont Yalom est, outre-Atlantique, un fervent praticien doublé d'un théoricien chevronné. Dans ce cercle, où se côtoient frustrés, égocentriques et complexés (il arrive que certains cumulent) l'arrivée de Philip ne passe pas inaperçue. Il faut dire que ce zélateur de Schopenhauer est, comment dire ? un peu spécial.  Il connaît connaît le corpus du philosophe sur le bout des lèvres. Il pense Schopenhauer, vit Schopenhauer, rêve Schopenhauer, qu'il considère non seulement comme son maître à penser, mais surtout comme son psy perso.


   C'est justement, on l'aura compris, l'un des autres intérêts de ce roman qu'il constitue une introduction à la pensée de Schopenhauer.  On y apprend le cheminement, le parcours et les idées de celui qui, contemporain de Hegel (qu'il détestait) et interlocuteur de Goethe (qu'il admirait), croyait en son génie comme seuls les génies peuvent croire en eux-mêmes.

 

   Un autre intérêt de ce livre, c'est le parallélisme qu'il dresse entre la pensée de Schopenhauer et la psychanalyse: s'improvisant généalogiste, Philip soutient que " Freud est schopenhauerien. Une grande partie de la psychologie freudienne vient de Schopenhauer. Bien qu'il ait rarement reconnu cette influence, il ne fait aucun doute que Freud connaissait très bien l'oeuvre de Schopenhauer. " Précisant son propos, il ajoute : " Je pense que sans Schopenhauer, Freud n'aurait pas existé. " Sur la théorie des rêves, sur l'inconscient, sur le processus répressif, Philip, assez radicalement, voit partout la marque de son mentor. 


   Au final, certes, un bon moment de lecture agrémenté d'un peu de réflexion sur la condition humaine. Bref un livre "dans l'air du temps", d'un temps ou chacun à sa façon prétend vouloir enseigner le "sens de la vie".

 


 

Interview de l'auteur par Michel Bellin (7 août 2008)


Vous revendiquez une « thérapie existentielle ». Pourquoi ?

Irvin D. Yalom : Pour moi, l’existentialisme n’est pas une forme distincte de psychothérapie. Tout psychothérapeute devrait avoir un sens approfondi des questions existentielles qui se posent à chacun. Aux Etats-Unis, bien des thérapeutes sont contraints de ne pratiquer que des traitements à court terme, pour des raisons financières : les assurances de santé ne remboursent que les thérapies brèves… Ces thérapies fonctionnent sur certains symptômes, de comportement alimentaire par exemple, et visent à changer ceux-là. Mais beaucoup de gens consultent aussi pour des problèmes existentiels très profonds : des personnes âgées qui sont confrontées à une maladie grave ou à l’angoisse de la mort, des gens à l’approche de la retraite se demandent ce qu’ils vont faire de tout ce vide qui les attend… Ce sont des problèmes philosophiques, certes, mais qui touchent à la vie, à l’existence de chacun d’entre nous. La « thérapie existentielle » s’adresse à ces gens-là.

Une thérapie nous permettrait-elle d’alléger la souffrance d’être humain, tout simplement ?

Certainement. Nous souffrons tous d’un certain niveau d’angoisse, nous sommes tous confrontés à des questions fondamentales. Cette souffrance est commune à chacun de nous. Mais certains y ont été exposés plus que d’autres, parfois trop tôt dans leur vie, ou parce qu’ils n’avaient pas les parents qui leur auraient permis d’acquérir la sécurité affective nécessaire à l’affrontement de ces épreuves, et ils en sont submergés. Je reçois des patients dans cet état, et je crois pouvoir les aider.

Quels moyens avons-nous pour surmonter le sentiment que notre condition est absurde ?

Etre créatif est certainement un moyen de donner un sens à sa vie. Mais il existe également d’autres moyens : s’occuper des autres, s’engager pour une cause, avoir des relations aimantes et, pour certains, l’existence d’une présence divine. Tout ce qui nous vient de l’extérieur de nous-même et nous permet de nous sortir de nous-même.

L’étude de la philosophie pourrait-elle suffire à cela ?

Pour Epicure, la misère humaine prend sa source dans la peur de la mort. Et la majeure partie de son œuvre est consacrée à l’étude des moyens pour nous soulager de cette angoisse. Mais en thérapie, se contenter d’asséner des principes ou de grandes idées ne suffit pas. Il faut aussi apprendre ou réapprendre à communiquer, à être en relation avec les autres. Mon roman The Schopenhauer Cure (« Apprendre à mourir, la méthode Schopenhauer ») en fait la démonstration : Philip, un ancien patient devenu psychothérapeute, croit pouvoir soigner les autres grâce à la philosophie schopenhauerienne. Jusqu’au jour où il se rend compte que c’est d’abord de Schopenhauer qu’il doit se guérir. La communication d’un savoir ne suffit pas à produire un effet thérapeutique si elle ne s’accompagne d’une relation forte entre thérapeute et patient.

Est-ce en cela que vous vous distinguez de la psychanalyse ?

Je n’ai jamais considéré la psychanalyse comme un moyen très efficace de se soigner. Franchement, plusieurs années de divan à raison de deux séances par semaine, ce n’est pas particulièrement performant, vous ne trouvez pas ? Selon moi, l’efficacité est liée précisément au degré d’implication du thérapeute. Je n’ai jamais apprécié la distanciation, les silences, l’absence de contact visuel prônés par la psychanalyse. En revanche, je la recommande comme une excellente méthode pour se connaître, en particulier pour ceux qui entreprennent une formation de thérapeute. Car toute forme de thérapie est freudienne d’une manière ou d’une autre. Freud n’a pas inventé que la psychanalyse, mais également la psychothérapie. Le dernier chapitre d’Etudes sur l’hystérie, son tout premier ouvrage écrit en 1895 (Ecrit avec Joseph Breuer, Puf, 2002), est précisément consacré à la psychothérapie. C’est un chapitre vraiment extraordinaire. On y trouve toutes les questions importantes qui allaient se poser en psychothérapie au cours des cent années suivantes. Si l’on s’intéresse aux motivations inconscientes d’un patient, à ses rêves, à la manière dont le transfert affecte les relations, on est freudien. Dès lors que la parole intervient dans la thérapie, on est freudien. Pas de manière orthodoxe, bien entendu, mais dans l’esprit.

Vous avez écrit : « Un bon thérapeute n’est pas quelqu’un qui sait, mais quelqu’un qui cherche » (In « Le Bourreau de l’amour, histoires de psychothérapie », Galaade, 2005). C’est assez provocateur, non ?

Quand j’entreprends un travail avec un patient, je n’ai pas de programme préétabli, je ne sais pas dans quoi nous allons nous embarquer tous les deux : il s’agit d’une sorte de voyage exploratoire. Chacun est unique, il faut donc, d’une certaine façon, créer une nouvelle thérapie pour chaque patient. Je veux être surpris : à chaque séance, je suis impatient de retrouver mon patient, et je me demande comment sa vie s’est déroulée depuis la séance précédente. De même qu’il est erroné de penser que nous savons tout de la nature humaine, l’orthodoxie en thérapie est une erreur.

Si chaque thérapie est unique, qu’est-ce qui fonde votre pratique ?

Dès les années 1950, Carl R. Rogers avait conclu que l’attitude du thérapeute envers son patient était déterminante pour aider le patient à changer. Il avait défini les trois principales caractéristiques du « bon thérapeute », et elles sont toujours pertinentes. La première : le thérapeute est inconditionnellement du côté du patient, il le soutient. Deuxièmement, il se met en situation d’empathie – c’est-à-dire qu’il est capable de ressentir ce qu’éprouve son patient. Troisièmement, la relation que le thérapeute établit avec son patient doit être authentique, il doit être totalement présent, ne doit pas jouer un rôle, car le travail s’appuie sur la façon dont le patient communique avec son thérapeute. Il arrive par exemple que le patient contredise systématiquement tout ce que je dis. Dès lors, je lui demande s’il s’en rend compte, si ses contradictions étaient intentionnelles. Si ce n’est pas le cas, nous explorons alors les raisons qui pourraient expliquer ce genre d’attitude. Tout ce qui se passe au cours d’une séance constitue en fait du matériau pour ce travail exploratoire.

Et dans une thérapie de groupe ?

Le thérapeute de groupe doit remplir deux tâches principales : il doit avoir une relation personnelle avec chacun des membres, lui donner quelque chose de particulier et, plus important encore, permettre au groupe de devenir le principal agent du changement. C’est très complexe un groupe. Il y a des patients qui éprouvent beaucoup de difficultés à établir une relation intime, seul, en tête à tête, avec un thérapeute. Pour eux, cette forme est tout indiquée. L’objectif du groupe est de permettre à chacun de travailler sur les relations avec les autres membres, une expérience que le patient peut ensuite étendre au reste de son entourage, dans sa vie quotidienne.

Y a-t-il des signes indiquant qu’une thérapie va dans la bonne direction ?

D’abord, on voit évoluer les patients. Les plaintes qu’ils nous adressaient au début tendent à s’espacer, voire à disparaître. Leurs relations aux autres changent. Et finalement, au bout de quelques mois – un an, deux ans ; pour moi, c’est désormais la durée maximale d’une thérapie –, on se rend compte que les séances n’occupent plus une place centrale dans leur vie. Ils vivent leur vie. Et les raisons pour lesquelles ils sont venus me voir se sont progressivement évaporées.

Quelles sont les joies et les peines de votre métier ?

Cela ne fait aucun doute que notre activité donne un sens à notre vie. Les questions existentielles qu’elle soulève – s’occuper des autres, leur permettre de grandir et de changer – procurent un sentiment merveilleux. Mais le principal problème, pour beaucoup d’entre nous, c’est l’isolement. Bien que nous soyons dans une relation très intime avec les patients, nous travaillons seuls, tout au long de la journée, et les contacts entre confrères tendent à être rares ; c’est une situation paradoxale, l’intimité au patient d’un côté, l’isolement de l’autre. C’est également un métier stressant : le suicide d’un patient peut être dévastateur… Mais les joies que procure ce métier restent nettement supérieures à ses contraintes !


Interview extraite de PSYCHOLOGIE MAGAZINE

 

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  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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  • Petrus002
  • Passionné de littérature, de culture et d'art avec une prédilection pour les polars et le jazz, l'auteur désire simplement partager sa passion.
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