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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 22:40

Meurtre sanglant à Epinal

La nuit dernière, la brigade criminelle d'Epinal est intervenue au 11 ch XXXX, un lieu connu des forces de l'ordre pour sa réputation sulfureuse, afin d'éluder une bien étrange affaire d'homicide.

Au milieu de la nuit du 8 au 9 avril 2017, aux environs de 3 heures du matin, le propriétaire des lieux, Mr P., a été réveillé par un grand raffut provenant d'une des annexes du bâtiment sous-loué à un couple de poules de luxe.

"On aurait dit quelqu'un qu'on égorge!" a-t-il raconté à la police.

Descendu dans la cour voir ce qui se passait, Mr P. n'a pu que constater les faits : ces deux "pensionnaires", Melle Petronille, dite La Blanche, et Melle Pétronelle, dite La Rousse, gisaient sur le sol, dans une mare de sang ... et de plumes. 

Selon les premiers éléments de l'enquête qui ne fait que commencer, les victimes auraient été attaqués alors qu'elles étaient alitées avant d'être poursuivies et agressées dans la cour.

L'enquête s'oriente désormais vers un règlement de compte dans le milieu de de la nuit ...

Affaire à suivre.

 

 

Sale temps pour les poules

"Sale  temps pour les poules !" grommelait l'inspecteur devant le spectacle sanglant étalé sous ses yeux.

Il faut dire que le meurtrier n'avait pas fait dans la dentelle. Les deux créatures gisaient sur le sol, étendues dans une mare de sang et de plumes comme si, non content de les avoir saignées à blanc, l'assassin avait en outre cru bon de les dépouiller de leurs dernier atours : un boa de plumes (blanches pour Pétronille et fauves pour Pétronelle) qu'elles ne quittaient jamais, même pour coucher avec leurs clients.

Penché sur les corps sans vie, l'inspecteur souleva du bout d'un stylo une plume maculée de sang. Deux marques rouge carmin apparurent, se découpant nettement sur la pâleur de la gorge de Pétronille.

"La Belette, C'est la signature de La Belette" soupira l'inspecteur faisant référence au tristement célèbre proxénète qui sévissait dans le milieu de la nuit. "Il n'y a que lui pour suriner ainsi ses victimes."

Adossé à un lampadaire, Pierrot regardait l'oeil humide, la scène macabre.

"Qu'est-ce qu'elles faisaient là à cette heure ?" ne cessait-il de se lamenter. "Je leur avait pourtant bien dit que c'est dangereux la nuit ! C'est le territoire de La Belette  et il ne supporte pas la concurrence."

Il faut dire que depuis quelques temps Pierrot n'avait plus la tête à ses affaires. Une série de soucis et de déconvenues avaient émoussé sa vigilance et les filles en avaient profité pour prendre des libertés. Pétronille et Pimprenelle, les Pépettes, comme il les appelait, ne s'étaient pas fait prier pour faire des heures supplémentaires et mettre un peu de beurre dans les épinards. Travaillant de plus en plus tard le soir, parfois même jusqu'à 22 heures et plus !  Plusieurs fois, elles étaient passées à deux doigts de la catastrophe mais l'expérience, loin de leur avoir enseigné la prudence, les avait rendu plus confiantes, voir plus téméraires.

Mais le soir venu, au couché du soleil, les territoires changeaient de maître :  les Oies blanches cédaient la place aux Créature de la nuit  et malheur aux créature à plumes qui croisaient ces oiseaux de nuit !

"Elles auraient dû savoir ça, ces deux cocottes" gémissait Pierrot devant le fonctionnaire de police impassible.  "Je les avais pourtant mises en garde."

"Sale temps pour les poules !" se contenta de répondre ce dernier avant de jeter un drap pudique sur les deux corps inertes.

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 17:32
Tout est sous contrôle (The gun seller) - Hugh Laurie - (ISBN 978-2-355-84027-2

Tout est sous contrôle (The gun seller) - Hugh Laurie - (ISBN 978-2-355-84027-2

Quand Thomas Lang, ancien officier de Sa royale Majesté, actuellement détective privé, s'est vu confié l'étrange mission d'assassiner Mr Woolf, un riche homme d'affaire américain, il s'est douté que l'affaire avait des relents pas très honnêtes. Raison pour laquelle il a pris soin de la décliner … et d'aller en avertir le principal intéressé. Car Thomas Lang a beau être un détective privé, il n'en reste pas moins un honnête citoyen britannique : il paie ses impôts (enfin quand il en a les moyens), dis bonjour à la dame … et ne tue pas d'honnêtes citoyens, même américains, sans une très bonne raison.

Mais ce que Thomas Lang ignorait, c'est ce ce simple geste de pure civilité, cet acte de pur civisme, allait le plonger jusqu'au chapeau melon (s'il en avait un) dans les méandres d'une affaire des plus ténébreuse. Une affaire d’État(s) (État sœur, État gère … enfin parfois car parfois il mine pas (oui l'Etat mine parfois quand il ne rit pas) et de gros sous (gros sous de table, entre autre), certes, mais aussi une affaire de cœur et de dame (rien à voir avec la Dame de cœur ? ) et une affaire d'agents secrets (agent double et agent triple, agent comptant et agent tilhomme – celle là était facile) … bref une affaire vraiment très complexe et très dangereuse, digne du meilleur des James Bond (un britannique, celui-ci également) ou de Clive Cussler (un américain, cette fois).

 

On l'aura compris « Tout est sous contrôle » est une sorte d'OVNI littéraire. Empruntant sans scrupule à tous les genre (au polar, le personnage du détective privé ; au thriller géopolitique, la CIA, les marchand d'armes, les terroristes et autres agences d'affreux en tout genre … jusqu'à la série Dr House, certains traits et particularité de son héro – la fameuse Kawasaki), il se plaît à nous promener d'un genre à un autre, à faire passer les gentils pour des méchants et ces derniers pour des … très méchants. Et il le fait avec un humour tout à la fois délicieusement impertinent, irrévérencieux et politiquement très incorrecte.

 

Bref, « Tout est sous contrôle » est l'un de ces romans que l'ont lit avec un plaisir non dissimulé et qui éclairent de leur humour même la plus morose des journées !!!

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:27
Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599
Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599

Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599

1943, alors que l'armée allemande se remet à grand peine de la défaite de Stalingrad, un charnier est découvert dans la forêt de Katyn, non loin de Smolensk (ex. URSS). Là, sommairement enterrés, les corps de plusieurs milliers de soldats polonais, généraux, officiers, sous-officiers et hommes de troupe, reposent pêle-mêle, entassés les uns contre les autres dans le permafrost gelé de la taïga soviétique.

 

Pour le ministre de la propagande et de l'éducation du peuple, il s'agit là d'une occasion rêvée de salir la réputation de l'armée rouge en attirant l'attention de la communauté internationale sur les atrocités commises par les soviétiques … et de faire un tant soit peu oublier celles commises par l'armée allemande … et qui mieux que le capitaine Bernie Gunther, ex inspecteur dans la célèbre police berlinoise, aujourd'hui enquêteur pour le bureau des crimes de guerre de la Wehrmacht pour mener la délicate mission de préparer le terrain aux experts de la commission internationale qui viendront constater et expertiser la découverte du charnier et surtout de veiller à ce que rien de fâcheux ne surviennent pendant leur séjour.

 

Mais ce qui s'annonçait déjà comme une mission délicate ne tarde pas à se révéler être un véritable bourbier où s'accumulent les morts les plus suspectes et les suspects les plus meurtriers. Sommés de résoudre plusieurs affaires d'assassinat mêlant des personnalités haut placées dans la hiérarchie allemande, Bernie Gunther va devoir louvoyer entre les sollicitations et les intérêts de suspects particulièrement dangereux, tenter de neutraliser un criminel particulièrement habile, protéger les membres de la commission, parfois contre leurs propres collègues, le tout en faisant en sorte de préserver sa tête sur les épaules.

 

        Dans ce nouvel épisode des enquêtes de Bernie Gunther, Philip Kerr nous brosse un portrait saisissant de réalisme de l''armée allemande après la défaite de Stalingrad. Une armée bien loin de l'arrogance et de la fierté qui était la sienne aux premières heures de la conquête. On y découvre (avec un étrange plaisir) des personnalités de premier ordre (Goebbels, le ministre de la propagande du Reich, le maréchal von Kluge, surnommé Hans le malin, chef des armées du front est et l'amiral Canaris, directeur des renseignement allemand). Mais, ce qui est particulièrement appréciable, c'est qu'à aucun moment Philip Kerr ne tombe dans le travers (portant répandu) de faire des ces personnages des monstres (ou des personnages monstrueux). Non, il s'attache au contraire à les dépeindre comme des individus ordinaires aux défauts somme toute, eux aussi ordinaires, mais dotés d'un pouvoir extraordinaire. Et cela donne le portrait de personnages gonflés d'orgueils et de cupidité, désabusés quant aux suites de la guerre qu'ils mènent, voir de l'avenir du Reich et surtout plus soucieux de préserver leur train de vie, leur position et leur peau que de tenter de renverser le cour de la guerre.

 

         On y découvre également le tableau de la vie dans les territoires occupés, et plus particulièrement dans les territoires de l'est. La-bas, tandis que la population locale tente de survivre dans la plus grande misère, une clique d'officiers s'offre une vie de châtelains (parties de chasse, mets fins, grands crus, etc.). Mais sous les vernis et les ors de la plus excises mondanité se trament les dessins les plus sombres au nom des intérêts les plus vils … vengeance, trahison, meurtres et corruption à tous les étages, rien n'est trop beau pour conserver son poste et, si possible, se faire une place au soleil.

 

   Bref, une fois de plus, Philip Kerr nous offre un grand polar historique, merveilleusement bien documenté, aux ressorts plus que nombreux et incroyablement bien huilés., le tout dans une intrigue digne des plus grands !!!

 

Un roman à lire absolument sans aucune modération !!

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 13:05

Iconomou, Claude. - Out of the Blue. - Editions Terres Gastes. - 2011

Out Of the Blue

   Imaginez un paysage à la Camus (Noce à Ibiza). Le ciel, bleu, uniformément bleu azur, Tout juste quelques cirrus maculent ce monochrome de leurs traces laiteuses et, au loin, quelques mouettes. La Mer, bleu, du même bleu que le ciel, au point de ne plus distinguer l'une de l'autre, avec tout juste quelques moutonnement d'écume, et, au loin, comme une promesse de repos au milieu de cet infini d'azur, la terre. Des îles, un chapelet d'îles, tout d'abord. Les îles grecques comme des cailloux jetés au milieu de la mer. Puis la terre, le continent, avec la péninsule de Port Cros et sa réserve naturelle, havre de paix pour les espèces terrestres et marines, puis Toulon et l’arrière pays varois. Ses mas provençaux, ses coteaux viticoles et ses paysages enchanteurs …

   Cela c'était la carte postale, la brochure de tourisme vendue aux étrangers en mal d'exotisme. Car la méditerranée est avant un carrefour, une espace d'échange et de brassage de cultures, de langues, de croyances et d'histoires issues de trois continents : l'Afrique mystérieuse, pleine de magie et et mystères, l'Orient, ensuite, sa culture millénaire et son histoire, si proche et si lointaine de la notre, et l'Europe, enfin, à qui hérite le lourd tribus d'harmoniser et de pacifier les relations au sein de ce bouillon de culture. Car la tâche est loin d'être aisée : en marge des échanges policées de pays à pays, existe un autre marché, régi par d'autres règles et arbitré par d'autres forces. Présent depuis le nuit des temps, le marché noir, celui de la drogue, de la prostitution et du trafic noir, prospère depuis les « Printemps arabes ».

 

   C'est cette face sombre de la méditerranée que Claude Iconomou se plaît à nous décrire à travers ce recueil de nouvelles. Au travers de ces 11 enquêtes du commandant Léonetti et de son acolyte Sauveur, nous découvrons l'autre visage de la Méditerranée : la drogue et les mafias qui en dirige le trafic, la prostitution et ses réseaux de passeur et les querelles intestines, héritées de l'histoire. Un voyage captivant, passionnant à travers l'envers du décors de nos vacances.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 14:49
My Funny Valentine Pierre-Yves Wurth

My Funny Valentine Pierre-Yves Wurth

L'inspecteur Ittard se trouve plongé dans une bien étrange affaire : 

Alors qu'un mystérieux criminel semble sévir dans la capitale européenne, laissant flotter derrière lui comme un air de jazz ... "My funny Valentine", les indices semblent prendre un malin plaisir à l'impliquer dans l'affaire qu'il est sensé résoudre.

   Puis quand les autres protagonistes de l'affaire se mettent en tête de résoudre l'affaire à leur façon en lieu et place des forces de police, alors les dès (partiellement pipés, il est vrai) sont jetés et la carrottes bien cuites pour notre cher inspecteur ....

My Funny Valentine Chet Baker 15/02/1954 Los Angeles Californie

   Il est des crus qui ne se révèlent grands qu'aux amateurs avertis, des crus dont la complexité des arômes déroute le palais des néophytes. Il est, aussi, des mélodies dont la structure harmonique, par sa richesse et sa profondeur, désoriente l'oreille pour mieux la séduire ensuite … un peu comme une galante se dérobe à son courtisan pour mieux le conquérir.

 

   « My Funny Valentine », premier roman de Pierre-Yves Wurth, est de ces ouvrages qui, à la première lecture, se dérobe, nous surprennent :

   La pluralité des points de vue adoptés, comme autant de témoignages des mêmes événements, diffracte la narration en une constellation de récits, nous soustrayant ainsi la vérité des faits pour ne nous laisser que le subjectivité des protagonistes.

   Ces derniers, en outre, loin de se répartir sur le mode manichéens des héros vertueux et des « anti-héros » cruels et vicieux, semblent évoluer dans un univers fait d'une infinité de nuances de moralité au sein duquel les divers degrés de moralité semblent avoir été répartis sans considération pour le rôle social des protagonistes. Ainsi, l'inspecteur Ittard, pourtant représentant de l'ordre en ce bas monde semble avoir une conception toute personnelle du travail d'enquêteur, conception dans laquelle des valeurs comme la vérité des faits semble parfois céder le pas aux intérêts particuliers du principal intéressé. A l'inverse, notre trio de cambrioleurs, outre le hasard qui les a placer du mauvais côté du droit, semble porteurs de conceptions morales empruntes de solidarité, de fraternité et d'honneur qui les rendrait d'autant plus sympathiques.

   C'est que tournant le dos aux conception trop stéréotypés des personnages de roman policier, Pierr-Yves se plaît à décrire un univers où le Bien ne s'oppose pas au Mal, pas plus que l'Ordre au Chaos, mais où coexistent des passions, des sentiments, des espoirs et des peurs qui parfois nous rapprochent et parfois nous déchirent … Un monde humain, trop humain … Notre monde.

 

   Ajoutons également à ce tableau que la narration en est servie avec un style et une écriture d'une grande pureté littéraire mêlant une profonde connaissance de la psychologie humaine et des procédures policières, une grande culture humaniste et un humour « pince sans rire », irronique et sarcastique ?

 

   Bref « My Funny Valentine » est un vrai petit bijou de la littérature policière à lire et à relire sans modération aucune … en attendant de nouvelles péripéties de l'inspecteur Ittard.

Et Mali dit à Saül :" Je te propose un boulot facile." Alors Saül leva les yeux et interrogea le ciel. Mais le ciel resta muet et comme un con Saül accepeta

"My Funny Valentine" Pierre Yves Wurth

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 18:28
Ellory RJ - Seul le Silence
Ellory RJ - Seul le Silence

Synopsis

Joseph Vaughan a 12 ans lorsqu'il découvre le corps mutilé d'une fillette abandonné dans un champ, non loin de chez lui. Cette mort, qui n'est pas la première à frapper la petite bourgade d'Augusta Falls (Géorgie, USA), sera suivie par d'autres, toutes aussi atroces, perpétrées d'abord à Augusta Falls puis dans les localités voisines ou plus lointaines.

Devant un pareil déferlement de barbarie, les forces de l'ordre d'Augusta Falls et des localités voisines se révèlent très rapidement dépassées. La population apeurée s'isole, se renferme sur elle-même. Les étrangers deviennent des suspects : « Seul un étranger peut commettre un tel crime ! », « Il est naturellement exclu que le criminel soit un membre de la communauté. », puis des indésirables dont se débarrasse de gré ou de force ...

C'est dans cette atmosphère lourde de peurs et de tensions que Joseph et ses amis décident d’agir … à leur façon ; c'est-à-dire à la façon de gamins de 10 ans terrorisés mais courageux : ils se réunissent en une petite bande pompeusement baptisée « Les anges gardiens » et font le serment de veiller les uns sur les autre et tous ensemble sur leur communauté … Mais que peuvent faire des enfants contre la brutalité des adultes ? Malgré leur efforts et leur vigilance, le tueur court toujours égrainant les cadavres comme les miettes de pain le Petit Poucet tout au long de son périple mortel … Périple qui au détour d'un méandre ne pouvait que venir percuter, avec la violence d'un uppercut bien placé, le destin du narrateur, Joseph Vaughan.

Et c'est de cette rencontre, de cet affrontement qu'est née l’œuvre : A Quiet Belief in Angels, Seul le Silence.

Critique

Seul le silence, A Quiet Belief in Angels, est le premier roman traduit en français de Roger John Ellory.

Même si la mort et le meurtre tissent la toile arachnéenne de l'intrigue, Seul le Silence n'est pas à proprement parler un polar. En effet, contrairement aux héros de polars – détectives ou policiers – qui vont au devant du danger par devoir ou conscience professionnelle, Joseph Vaughan semble d'avantage chercher à fuir les événements qu'à les rencontrer, voir les provoquer : toute sa vie, il n'aura de cesse de vouloir se construire une vie paisible, loin des meurtres et de leur cortèges de souffrances. Et de fait, ce sont plutôt les meurtres et leurs conséquences, qui le poursuivront. Et c'est cette persistance du Mal dans la vie du narrateur qui donne à cette œuvre une véritable dimension tragique : où qu'il aille, Joseph sera hanté par la mort de ces fillettes et son obstination à vouloir comprendre les meurtres scelleront son destin, d'abord en l'isolant de sa communauté, en le forçant à la fuite et à l'exil, puis le conduiront en prison pour le meurtre de sa compagne.

Pas vraiment un polar, Seul le Silence n'en reste pas moins un authentique roman noir, pur jus.

Écrit dans une veine très réaliste, très attaché aux détails et à la justesse des faits , il propose une description sans concession de la mentalité des petites bourgades de l'Amérique profonde. Derrière un vernis fait de sagesse paysanne et de bondieuserie bon teint, apparaissent, dès les premières tensions, des sentiments bien moins nobles mais humains … trop humains peut-être. Haine, jalousie, bêtise, rien ne semble épargner les habitants d'Augusta Falls. Du shérif Dearing sensé faire régner l'ordre dans la communauté qui n'hésite pas à fermer les yeux sur le lynchage de l'un des siens, à la propre mère du narrateur, empêtrée dans sa bondieuserie qui invite le voisin dans le lit conjugal encore chaud du corps de son défunt époux. Seule, l'institutrice du village semble échapper à la bêtise ambiante – peut-être justement parce qu'elle n'est pas vraiment du village, une étrangère pour ainsi dire, peut-être aussi parce qu'elle est l'institutrice et que son instruction, ses connaissances la prémunissent contre l'abrutissement qui semble frapper le reste de la population. Mais le sort ne l'épargnera pas pour autant : elle ne fera que passer, telle une étoile filante, illuminant un temps la nuit du narrateur avant de disparaitre dans la nuit. Notons toutefois que parmi l'ensemble des protagonistes de cette affaire, elle sera la seule à mourir d'une mort naturelle. Un privilège rare, parmi les proches du narrateur.

Même la ville de New-York n'échappe pas au vitriol.. Le New-York d'Ellory est bien loin du rêve américain fait de paillettes, de lumières et de féerie : il s'agit d'un New-York viril, brutal, un New-York à la Céline. Il suffit de les écouter pour s'en convaincre :

Céline, d'abord, et sa découverte de New-York : « Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. [Voyage au bout de la nuit] »

Ellory ensuite : «Et Brooklyn se rua sur moi telle une bête sauvage. Plein de tours et d'espoirs ; la lumière se fracassant entre les bâtiments dont on ne voyait pas le bout, le verre d'un million de fenêtres de Manhattan, et le monde, tellement de monde, trop pour distinguer le moindre individu. Broadway, Union Avenue, pancartes désignant des écoles et des églises, des centres médicaux, publicités et affiches aux couleurs et aux messages resplendissant ; et encore du monde, plus de monde sur un seul trottoir qu'il n'en passait à Augusta Falls en trois saisons. »

La même violence dans le trait, la même sensation de brutalité dans cette ville toute de verre et d'acier, pas vraiment accueillante, loin les contes de fées … Quant à sa population, sa faune …, c'est à travers la plume acerbe d'Ellory que le vice, la cupidité et tous les petits travers de New-York la bohème vont être exposés à la lumière du jour. Levée du voile sur un univers de scribouillards prétentieux, imbus d'eux-même, pétris de haine du monde et de jalousie des autres, prêt à vendre père et mère pour un quart-d'heure de célébrité, sur un monde de pique-assiettes fauchés et avinés, attirés par l'argent et la célébrité comme des mouches par une charogne. Et au milieu de toute cette fange, comme une rose sur un tas de fumier, Bridget Mc Cormack, rencontrée au hasard d'une allée de bibliothèque (encore un lieu de culture) et qui illuminera la vie du narrateur jusqu'à ce que la malédiction ne vienne à nouveau le frapper et l'entraîner dans le cercle de l'horreur.

Au final, même si une certaine morale finit par émerger du roman, Seul le silence reste une œuvre très noire

Une œuvre marquée du sceau d'un pessimisme profond, indélébile tout d'abord. Une œuvre dont la sagesse semble vouloir nous apprendre que toute grande vie se paye de grandes souffrances, que les œuvres les plus profondes, les plus riches doivent avoir été forgées au plus profonde des enfers. Car si le narrateur ne cesse de croire à la possibilité du bonheur, ses espoirs de paix, de sérénité (sinon de normalité) semblent immanquablement devoir s'effondrer devant le poids du destin. Mais c'est précisément au milieu de cette souffrance, du fait de cette sur-abondance de tragédies, que naîtra - rédemption sublime ou prix du tragique - la destinée du narrateur, celle d'un écrivain prodigue dont les oeuvres marqueront de leur profondeur des générations de lecteurs ... (Rêve d'auteur ou signe du destin ?)

C'est ensuite une œuvre marquée par la violence, d'abord celle, atroce, des meurtres, et plus particulièrement des meurtres d'enfants, de jeunes filles – peut-être les plus insoutenables !! Mais très vite ces derniers serviront de prétexte, de révélateur à une autre violence, plus ordinaire, celle-là, mais toute aussi meurtrière. La violence des petites communautés rurales de l'Amérique profonde (et pas seulement de l'Amérique, il n'y a cas regarder devant nos portes !) abruties de superstitions religieuses et de peur de l'autre (même si ce dernier est un membre de longue date de la communauté), prompte à accuser son voisin et le voisin de son voisin des pires vilenies si cela sert leurs intérêts, Tout aussi prompt à condamner sans procès l'étranger pour la seule raison qu'il n'est pas l'un des « nôtres ». Car c'est t dans cette Amérique profonde, du Kansas, de la Géorgie et d'ailleurs que les lynchages d'afro-américains ont perduré le plus longtemps, le dernier en date était en 1966.

Bref, Seul le silence est une œuvre magistrale dont la lecture, peut-être un rien aride au début n'a pas cessé de me bouleversé tout au long de ce récit. Il s'agit de ces œuvres comme on en rencontre que trop rarement et qui laissent un sillage indélébile après leur passage, comme la queue d'une comète.

"Tu connaissais Alexandra, n'est-ce pas ? demandés-je à l'homme mort devant moi. Tu la connaissais, mais je peux imaginer que tu ne l'as jamais vraiment comprise ... Tu n'as jamais vraiment compris personne n'est-ce pas ? Peut-être que tu pensais connaître les gens ... mais c'était juste ton imagination. Il n'y a jamais pu avoir ni compassion ni humanité en toi ... pour faire les choses que tu as faites pendant toutes ces années."

Je ressentais souvent le besoin de compagnie, mais je la surmontais grâce à la certitude que tout ce que je gagnerais, je le perdrais bientôt. [...] Je ne tentais pas mas chance, persuadé qu’ainsi je ne pourrais pas perdre

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 06:00
Le Dépeceur Nathalie Baumhauer
Le Dépeceur Nathalie Baumhauer

Le Dépeceur Nathalie Baumhauer

Baumhauer Nathalie, Le Dépeceur - Editions Ex Aequo - Septembre 2014 - 978-2-35962-640-7

Synopsis :

Lorsque Dolores Mc Bright fit appel aux service du détective Jarvis Brucester pour retrouver son mari volage, elle était loin de se douter que cette démarche allait être le début de l'une des affaires les plus éprouvantes qu'ait eu à traiter le détective.

En effet, l'enquête sur la disparition puis, rapidement, sur le meurtre de Mr Mc Bright conduira le détective Jarvis Brucester et son acolyte, le lieutenant Scharck, sur les traces de l'un des pires prédateurs que la petite Broadwood ai connue. Car depuis quelques temps des femmes disparaissent mystérieusement, leurs corps dépecés sont retrouvés morcelés tout au long de la Maine River.

Remontant patiemment la piste sanglante du meurtrier, Jarvis Brucester parviendra contre toute attente à le démasquer et à le confondre au cour d'un dîner qui restera dans les anales des services de polices.

Commentaire :

Pour ses premiers pas dans le petit monde des auteurs de romans policier Nathalie Baumhauer frappe fort. Le Dépeceur a toutes les armes pour intégrer la famille des thriller et ce avec une touche toute féminine qui lui ajoute un « je ne sais quoi » de légèreté et de décalé qui permet de mieux supporter l'horreur des scènes de crime.

Construit à la croisée du thriller et du roman de détective privé, à mi-chemin de Nestor Burma et de Patricia Cornwell, ce premier roman de Nathalie Baumhauer constitue la première enquête du détective privé Jarvis Brucester. Celui-ci, ancien lieutenant de la police criminelle, est un redoutable limier dont le flaire et les méthodes n'ont rien à envier à son célèbre homologue Sherlock Holmes. Si son charme naturel a pu séduire bien des cœur féminin, son caractère caustique, cynique, en fait un parti tant recherché que redouté.

L'intrigue, construite du point de vue du détective, est menée lentement mais avec une grande maîtrise d'un bout à l'autre de cette enquête aux multiples rebondissements. La narration alterne avec une grande facilité scène d'enquête, d'investigation et scène d'actions au court de courts chapitres dont les titres, pleins d'humour, témoignent de la malice de son auteur.

Le style, mariant une grande aisance d'écriture et une excellente maîtrise des connaissances et procédures policières, présage déjà de nombreuses et passionnantes enquêtes du détective Jarvis Brucester.

N'en doutons pas, nous suivrons ses prochaines enquêtes avec beaucoup de plaisir.

Monsieur Bloom était couvert de sueur qu’il essuya d’un revers de manche puis posa ensuite ses mains sur ses genoux en se penchant en avant pour reprendre son souffle. Max s’était engouffré dans la casse auto. Jarvis avait observé le parcours du chien qui semblait savoir parfaitement où il allait. Il sentit alors qu’il n’était sans doute pas loin de mettre la main sur quelque chose et se mit à courir derrière le chien, suivi de près par Schark. De petites allées étroites et sinueuses serpentaient entre les tours formées par les amoncellements de voitures. Les carcasses métalliques éventrées formaient des couches de différentes nuances faisant penser à une boîte de crayons de couleur. Certains véhicules gisaient là depuis longtemps tandis que d’autres, plus récents, avaient vu leurs entrailles pillées. Max aboya à nouveau. Jarvis se laissa guider par le son. A une quinzaine de mètres de là, derrière une vieille cuve de fioul hors d’usage, totalement rongée par la rouille, il vit la queue du chien frétiller de plus belle, appuyant la joie qu’il ressentait d’avoir mis la patte sur un trésor inestimable. Jarvis s’en approcha et appela le canidé qui leva rapidement la tête de son trou, la gueule ensanglantée. Le détective retroussa son pantalon et ordonna à Max de déguerpir. Après une seconde sommation il abandonna sa trouvaille à contre cœur et s’éloigna en jappant. Là, gisaient deux index tranchés à ras, des viscères dégoulinants et un pied à moitié déchiqueté, ainsi qu’un autre morceau non identifiable. Le tout baignait dans une répugnante marre de sang noirâtre (...

Le Dépeceur Nathalie Baumhauer

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 22:56
Megan Abbott : Red Room Lounge [Die a little] traduit de l'américain Jean Esch – Edition du Livre de Poche – 2005 pour l'édition us, 2011 pour l'édition française.  ISBN : 978-2-253-16151-6

Megan Abbott : Red Room Lounge [Die a little] traduit de l'américain Jean Esch – Edition du Livre de Poche – 2005 pour l'édition us, 2011 pour l'édition française. ISBN : 978-2-253-16151-6

Synopsis :

Lora et Bill King sont des frères et soeurs inséparables. Lui est enquêteur au bureau du procureur de Californie, elle enseigne dans un lycée pour fille de Pasadena. Depuis leur plus tendre enfance, ils font tout ensembles et partagent tous leurs secrets.

Lorsque Bill rencontre Alice Steele, l'harmonie du couple frère-sœur est menacée. Lora adopte aussitôt pour une posture défensive, agressive envers la nouvelle venue … même si Alice multiplie les gestes d'appaisement à son égar. Il faut dire que cette dernière est une parfaite femme de maison : excellente cuisinière, épouse fidèle et dévouée et animatrice de soirées hors paire. Peut-être trop parfaite aux yeux de Lora qui soupsonne que tant de perfection cache quelques noirceurs soigneusement dissimulées.

Tout d'abord, les deux femmes s'observent, se toisent, se jaugent du regard, cherchant les défauts dans la cuirasse de l'autre, puis les premières escarmouches arrivent, d'abord à fleurets mouchetés, puis de plus en plus blessantes, jusqu'au duel final où l'une des deux rivales devra céder ou périr.

Critique :

J'avais déjà adoré Megan Abbott que j'avais découverte par Vilaines Filles puis je  l'avais encore plus appréciée à travers La fin de l'Innocence. J'avais aimé sa façon de nous faire pénétrer dans la vie intime de la bourgeoisie provinciale de l'amérique profonde, de nous faire penser comme elle, sentir comme elle … et surtout sa façon si particulière de nous dire que sous les apparences bien proprettes de ces familles se cachent souvent les plus noirs desseins.

Une fois encore, je n'ai pas été déçu ! Red Room Lounge est un vrai bijou de littérature, mais un diamant noir, sombre et venimeux. Rédigé uniquement du point de vue de Lora, l'intrigue se construit au fil des souvenirs de cette dernière. D'où son caractère fragmentaire et subjectif. Elle donne l'impression d'une confession, presque des aveux et laisse présager sinon un drame, du moins des événements funestes. Et lorsque l'on découvre, au fil de la lecture, la tension - sinon la haine - que se vouent les deux femmes, on imagine sans mal quelle fin tragique peut advenir. C'est comme entendre l'histoire d'un conflit raconté uniquement du point de vue d'un seul des deux belligérents : on se doute que toute la vérité n'est pas là mais comme l'histoire est si bien raconté, l'on en vient à croire cette version, à oublier qu'il existe une autre version des événements – peut-être bien différente. C'est comme, aussi, assister, impuissant, à la montée en puissance d'une crise aussi inévitable que destructrice, à la venue d'un conflit que l'on pressent dans toute sa puissance meurtrière de haine et de jalousie accumulée.  Car c'est bien d'un conflit qu'il s'agit, d'un conflit entre deux femmes pour la conquête d'un homme. L'éternelle histoire, en somme. Mais à cette différence-ci que l'histoire se déroule à Los Angeles, la Cité des Anges, dans les années 50 sur fond de jazz (que curieusement Megan Abbott ne semble pas trop apprécier), de drogue et de cinéma.

Dans cette cité hantée par les lumières d'Hollywood, deux univers se rencontrent et s'affrontent : celui, feutré et poli de la petite bourgeoisie californienne, et celui rude, noir et corrosif des bas quatriers d'Hollywood. Hollywood avec ses lumières, ses bars et ses boîtes de nuit … et toute la faune qui les fréquente : stars et agents de stars, réalisateurs, entremetteurs de tous poils, putes, toxicos, macros … Côté pile, clair et lumineux, il y a Lora, petite bourgeoise prospère vivant dans la grande maison héritée de ses parents, enseignante dans un lycée de fille de Pasadena … Côté face, obscure et souterrain, il y a Alice, ancienne costumière pour l'industrie du cinéma, déracinée, usée, mais bien décidée à s'en sortir. Et au milieu, il y a Bill. Lui serait plutôt du côté clair et lumineux, mais sa profession - enquêteur pour le bureau du procureur – lui met déjà un pied du côté obscur. Et tandis que Lora s'efforce de maintenir son frère du côté lumineux, Alice, lentement, le fait glisser, du côté obscur, sombre de Hollywood. Aussi, in fine, ce n'est plus tant le combat de deux femelles pour un male mais celui, manichéen, du Bien et du Mal … l'histoire éternelle de la tentation et de la chute de l'homme … sauf que, bien sûr, ici, les rôles ne sont pas aussi nettement démarqués. Si Lora appraît comme l'image de la vertu - et c'est bien normal puisque c'est elle la narratrice - des lézardes apparaissent dans sa blanche cuirace ... et ses intensions ne sont pas claires, non plus. Agit-elle pour sauver son frère de l'influence d'Alice ou plus prosaïquement par jalousie ? Quant à Alice, ses efforts pour paraître l'image de la parfaite femme de maison sont-ils vraiment un subterfuge, une mascarde pour cacher son jeu – ainsi que le pense Lora – ou le fruit d'une véritable volonté de se sortir de la noirceur du monde d'où elle est issue.

L'histoire n'est pas simple, on s'en doute. Et c'est ce qui fait tout le piment de ce roman noir, sulfureux, corrosif mais oh combien jouissif !. Un roman qui qui se lit avec un plaisir étrange, mêlé d'un soupson de culpabilité. Un roman dont on ne sort pas indemne, non-plus … car au plus profond de nous, une petite voix nous dit que ni Alice ni Lora ne sont tellement différentes de nous.

 Le plus terrible dans ce monde, c'est de découvrir de quoi vous êtes cabale. 

Red Room Lounge, Megan Abbott

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 17:15
Top réalité :  Donald WESTLAKE

Top réalité : Donald WESTLAKE

Westlake Donald - Top réalité - Traduit de l'anglais (États-unis) par Pierre Bondil - Rivages Thriller - Février 2014 - 9782743627157

 

Lorsque John Dortmunder et ses complices (Andy Kelp, Stan Murch, Tiny Bulcher et Arnie Albright) sont abordés par une société de téléréalité pour faire ce qu'ils font le mieux - à savoir s'introduire chez les gens, prendre tout ce qui a de la valeur et disparaître - l'idée avait déjà de quoi praître étrange. Mais lorsque le producteur, Doug Fairkeep, leur laisse carte blanche pour choisir ce qu'ils souhaitent cambrioler, alors il n'y a plus de doute : il y a un os dans le potage.

Mais il en faut plus que celà pour dissuader nos monte-en-l'air ... et puisque le butin est, en quelque sorte, garanti par la maison (de production), pourquoi se limiter à un seul braquage ?

Ce sont donc deux braquages que nos comparses vont devoir préparer : le premier, légal, prévu, filmé et diffusé pour le plaisir et le divertissement des foules, le second, le vrai, à l'insue de la la maison de production et surtout de la société qui la possède ... et qui  possède un local trés sécurisé juste à côté des studios de tournage ... de quoi tenter nos larrons à l'affût du moindre larcin.

 

Une nouvelle fois, Donald Westlake nous démontre brillament que l'on peut faire de bons, voir de trés bons romans, avec des sujets aussi ordinaire que la télé réalité. On y retrouve avec grand plaisir l'humour caustique de Donald Westlake, son goût pour les situations scabreuses et insolites et sa maestria pour nuer et dénouer des situation les plus alambiquées les unes que les autres.

 

Un franche moment de rigolade ... à consommer sans modération !!!!

«Tu sais quelle impression ça me fait? demanda Dortmunder.

-Non, répondit Kelp qui semblait intéressé. Laquelle?

-D’être un de ces types qui tournent dans une autobiographie qui n’est pas la leur.» Il montra la table, les chaises, les murs. «Nous n’avons rien fait et c’est déjà un mensonge.»

Top réalité | Donald WESTLAKE

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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 05:54
Lehanne Dennis - Un Pays à l'aube

Lehanne Dennis - Un Pays à l'aube

 

Lehanne Dennis - Un Pays à l'aube (Traduit de l'Anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet) - Collection : Rivages/Noir - Septembre 2010 - I.S.B.N. : 2-7436-2130-3

   1916. La Grande guerre lentement s'achève. Par centaines, les soldats américains rentrent au pays où ils espèrent retrouver la vie qu'ils avaient avant. Mais au pays, rien n'est prêt pour leur retour : l'économie, autrefois boostée par la guerre, retrouve lentement son cours normal entraînant avec elle le pays dans la dépression, pire, les emplois laissés vaquant par les soldats partis à la guerre sont désormais occupés par les populations noires venues du sud travaillant  plus dur et pour moins cher que les salariés blancs. Aussi, pour les braves le retour à la vie civile a comme un goût amer.

C'est dans ce climat de tensions et de colères entretenues tant par la cupidité des élites locales - d'avantages préoccupés par le soucis de conserver leur situation que par les préoccupations légitimes de la population - que par les mouvement anarchistes et communistes répandus à travers le pays comme une nouvelle gangrène sociale que vont se rencontrer deux personnages dont rien, pourtant, ne laissait présager la rencontre.

   Il y a d'abord Danny Coughlin, issu d'une famille irlandaise récemment émigré en Amérique, boxeur semi-professionnel, il est le fils et le protégé du Capitaine Coughlin. Héros du Boston Police Departement, ce dernier incarne la police "à l'ancienne": il gère son service comme sa famille, avec une poigne de fer et malheur à qui viendrait contester son pouvoir ou ses décisions; et, même s'il se présente comme l'ultime rempart au désordre et à l'anarchie grandissante, cela ne l'empêche pas de se livrer à de petits trafics illicites mais fortement lucratifs. Comparé à lui, Danny est plus idéaliste : sensible aux problèmes de la société, conscient de l'injustice d'un système fondé sur l'exploitation des classes laborieuses, il se bat pour le rendre plus juste quitte, pour cela à s'opposer à son père et à ses supérieurs au sein du BPD.

  Et puis il y à Luther Laurence, jeune ouvrier afro-américain fan de base-ball, contraint de quitter précipitamment Saint-Louis (Missouri) en y laissant femme et enfant pour fuir la vengeance d'un gang local. Comme Danny, Luther rêve d'un monde meilleur, plus juste, où la couleur de la peau et l'origine sociale ne scelleront plus le sort des individus. Et comme lui, les injustices du système le révolte.

   Grand amateur de romans réalistes, j'ai toujours eu un faible pour les romans dont l'intrigue s'appuie sur un solide background historique, pour les romans qui font se rencontrer l'histoire (celle des personnages) et l'Histoire. J'ai toujours eu un frisson de plaisir à croiser au coin d'un page telle ou telle figure de l'Histoire ... à condition qu'elles ne viennent pas faire de l'ombre aux personnages de l'intrigue, voir leur voler la vedette. Ainsi, j'avais aimé les deux volumes de la grande trilogie de Ken Follett (Le Siècle des Géants) mais j'avis regretté que l'histoire des personnages se perdent dans l'Histoire ;  j'avais adoré, en revanche, les aventure de Bernie Gunther, de Philippe Kehrr, et croisé avec amusement (si, si !!) Eichmann, Goebbels et consorts au coin d'une page. Ils étaient là parce qu'il était logique qu'ils le soient, sans prendre toute la place ni faire tâche (même si certains l'étaient).  Bref, je croyais avoir connu le meilleur et le pire aussi (je vous en parlerai un jour) des romans à Histoire ... et je me trompais. Avec Un Pays à l'aube, Dennis Lehanne met la barre trés, trés haut.

   Sans être un spécialiste de Dennis Lehanne, ni même un néophyte ... Bon ok, disons le : c’était mon premier Lehanne - Je peux dire que ce roman est un "petit" bijou (j'hésite à dire petit car il fait bien ces 800 pages !

    Comment le définir ? Sans être stricto senso un polar (ce n'est pas un roman à enquête(s) même s'il y a bien des enquêtes -  et des enquêtes de polices - dans son intrigue), il est cependant bel et bien un roman noir :

 Construit autour d’un réel épisode historique (la grève des policiers de Boston de 1919), il s’appuie sur un background historique (très richement documenté !!) dont la tonalité dominante est assez éloignée du rose bonbon, voir du bleu clair … plus proche du bleu foncé (celui des houppelandes des forces de police de Boston) … voir du noir (celui des drapeaux anarchistes). Bref on a bien affaire ici à un roman noir !

Malgré ces 800 pages bien senties, Un Pays à l’aube se lit avec une grande facilité et un grand plaisir. Pas de longues digressions sur le détail d’un habit ou la structure sociale de la société, non ici chaque mot, chaque expression est pesée, calibrée (du 38. Spécial)  et ciselée pour être pile poil au bon endroit et au bon moment (pas comme ces gens plus ou moins braves qui, pris au milieu des manifestants, se retrouvent fichés comme subversifs alors qu’ils allaient justes acheter des cigarettes … et ne sont jamais rentrés). Ici, la narration alterne action et repos comme Armstrong (Louis, pas Neil) alternait les crochets … pas de répits, ou juste ce qu’il faut pour faire durer le plaisir.

Au final (un final par KO, forcément), ce livre nous laisse dans les cordes avec l’envie d’en lire d’autres comme lui.


Peut-être était-ce cela,finalement, le véritable prix à payer pour avoir fondé une famille : se retrouver dans l'incapacité de soulager la souffrance des êtres aimés, de la faire disparaître de leur corps, de leur coeur, de leur tête. On prenait ses enfants dans ses bras, on leur donnait un nom, on les nourrissait et on formait des projets pour eux en oubliant que le monde les guettait, prêt à les tailler en pièces.

Un pays à l'aube | Dennis Lehane

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Présentation

  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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