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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 17:32
Tout est sous contrôle (The gun seller) - Hugh Laurie - (ISBN 978-2-355-84027-2

Tout est sous contrôle (The gun seller) - Hugh Laurie - (ISBN 978-2-355-84027-2

Quand Thomas Lang, ancien officier de Sa royale Majesté, actuellement détective privé, s'est vu confié l'étrange mission d'assassiner Mr Woolf, un riche homme d'affaire américain, il s'est douté que l'affaire avait des relents pas très honnêtes. Raison pour laquelle il a pris soin de la décliner … et d'aller en avertir le principal intéressé. Car Thomas Lang a beau être un détective privé, il n'en reste pas moins un honnête citoyen britannique : il paie ses impôts (enfin quand il en a les moyens), dis bonjour à la dame … et ne tue pas d'honnêtes citoyens, même américains, sans une très bonne raison.

Mais ce que Thomas Lang ignorait, c'est ce ce simple geste de pure civilité, cet acte de pur civisme, allait le plonger jusqu'au chapeau melon (s'il en avait un) dans les méandres d'une affaire des plus ténébreuse. Une affaire d’État(s) (État sœur, État gère … enfin parfois car parfois il mine pas (oui l'Etat mine parfois quand il ne rit pas) et de gros sous (gros sous de table, entre autre), certes, mais aussi une affaire de cœur et de dame (rien à voir avec la Dame de cœur ? ) et une affaire d'agents secrets (agent double et agent triple, agent comptant et agent tilhomme – celle là était facile) … bref une affaire vraiment très complexe et très dangereuse, digne du meilleur des James Bond (un britannique, celui-ci également) ou de Clive Cussler (un américain, cette fois).

 

On l'aura compris « Tout est sous contrôle » est une sorte d'OVNI littéraire. Empruntant sans scrupule à tous les genre (au polar, le personnage du détective privé ; au thriller géopolitique, la CIA, les marchand d'armes, les terroristes et autres agences d'affreux en tout genre … jusqu'à la série Dr House, certains traits et particularité de son héro – la fameuse Kawasaki), il se plaît à nous promener d'un genre à un autre, à faire passer les gentils pour des méchants et ces derniers pour des … très méchants. Et il le fait avec un humour tout à la fois délicieusement impertinent, irrévérencieux et politiquement très incorrecte.

 

Bref, « Tout est sous contrôle » est l'un de ces romans que l'ont lit avec un plaisir non dissimulé et qui éclairent de leur humour même la plus morose des journées !!!

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 13:37
Christopher J. Sansom - Dominion - Editeur : Pocket - ISBN : 2266253530

Christopher J. Sansom - Dominion - Editeur : Pocket - ISBN : 2266253530

Synopsis :

Angleterre 1950 :

    Alors que l'Allemagne Nazie règne désormais sur la quasi totalité de l'Europe (seule la Russie de Staline résiste encore) et que l'Empire britannique, rallié à l'Allemagne, sombre inexorablement dans les affres de la collaboration, une petit groupe de résistants, dirigés par l’inébranlable Winston Churchill résiste encore à l'occupant

    Le sort de David Fitzgerald, fonctionnaire sans envergure pour sa hiérarchie mais agent de la Résistance infiltré dans l'administration britannique, bascule soudain lorsqu'un de ses anciens camarades de lycée, doit, de toute urgence, être exfiltré et conduit hors du pays. Dès lors, une course poursuite impitoyable oppose d'un côté les agents de la Résistance (David Fitzgerald, son ami Geoff, l'infirmer communiste Ben, et la mystérieuse Natalia) et de l'autre ceux de la Gestapo  et de la "Branche spéciale" britannique (Gunther Hoth et l'inspecteur Syme) avec, pour enjeux, le sort du pauvre Franck Muncaster, détenu dans un asile d'alliénés et détenteur de mystérieuses connaissances qui pourraient faire basculer le cour de l'Histoire. Cette course effrénée entraînera, certes les principaux protagonistes mais également leurs proches et leurs famille dans une aventure dont l'issue s'avère aussi incertaine que périlleuse.

 

Critique :

    Dans ce nouvel opus, Christopher J Sansom nous offre un bel exemple d'uchronie historique dans l'univers sombre de la seconde guerre mondiale. Très richement documenté, la situation de l'Empire britannique sous l'emprise du troisième Reich est décrite avec une finesse et un luxe de détails ce qui est  à la fois passionnant pour un lecteur érudit mais un peu trop complexe pour un néophite. Ainsi la description des rapports de force entre les différentes personnalités politiques britanniques, décrites dans toute la subtilité des enjeux idéologiques qui les travaillent, enrichit certes l'univers uchronique de Dominion mais risque également de lasser des lecteurs non historiens perdus par trop de complexité historique. De la même façon le détail des querelles intestines entre Whermacht et Gestapo qui agitent  le Reich, reste très intéressante et très enrichissante d'un point de vue de l'histoire de la seconde guerre mondiale mais un peu superflu ou pas assez exploité du point de vue narratif.

A côté de cela, l'intrigue du roman reste, à mon goût, un peu trop manichéenne et linéaire. Certes, il est délicat et douteux de faire passer les nazis pour de gentils enfants de cœur (je n'en demandais pas tant) mais même les plus ignobles personnages sont mus par des motivations humaines, trop humaines (envie, jalousie, amour, haine, colère, concupiscence) qu'il aurait été interessant d'exploiter. Et dans un contexte historique pour le moins trouble, il aurait été pertinent de mettre en lumière le jeu de ces mobiles bassement humain avec les enjeux historique et politique de l'époque. De même J'aurai trouvé enrichhissant, du point de vue narratif, de construire des personnages plus en nuance (un policier nazi travaillé entre sa mission ou son devoir patriotique et son humanité, un résistant fanatisé par la propagande, des individus prêt à de petites compromissions pour un peu plus de confort et/ou de sécurité, etc.) d'autant plus que le contexte « fin de règne » dans lequel s'inscrit le récit se prête particulièrement au jeu de remises en questions des idéologies dominantes et que l'enjeu des connaissances détenues par Franck Muncater pouvait justifier, de la part des "gentils" résistants des comportements et des prises de position pour le moins contestables.

    En outre, j'ai également regretté le côté « fuite en avant » de la narration. Certes, il s'agit du récit d'une fuite et d'une course poursuite entre les « bons » (les résistants) et les « méchants » (les nazis).  Mais mêmes dans la fuite, il n'est pas interdit de faire des circonvolutions, des retours en arrières, des embuscades. J'aurais aimé, par exemple, voir les poursuivis un peu plus inventifs en terme de stratagèmes et de ruses pour échapper leur poursuivants : organiser des embuscades, des fausses pistes; et  les poursuivants user d'autres moyens que l'intimidation et la torture pour obtenir des information (la corruption était parfois un ressort plus puissant que la peur pour obtenir des informations), avoir d'avantage de rebondissement aussi (Pourquoi Mme Fitzgérald ne ce serait-elle pas rangée du côté des nazis par dépit amoureux ?). Enfin, mais c'est peut-être un peu excessif, l'hypothèse d'une fin qui ne soit pas un happy end m'aurait particulièrement ravi ... mais là, je suis sans doute un peu trop exigeant.

 

    Bref, Dominion est un roman certes bien construit et richement documenté, servi par une écriture agréable, mais la facture de l'intrigue est un peu trop convenue à mon goût et les personnages manquent  de profondeur psychologique, aussi je suis un peu resté sur ma faim.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:27
Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599
Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599

Kerr, Philip - Les Ombres de Katyn- Éditeur : Le Masque - ISBN : 2702441599

1943, alors que l'armée allemande se remet à grand peine de la défaite de Stalingrad, un charnier est découvert dans la forêt de Katyn, non loin de Smolensk (ex. URSS). Là, sommairement enterrés, les corps de plusieurs milliers de soldats polonais, généraux, officiers, sous-officiers et hommes de troupe, reposent pêle-mêle, entassés les uns contre les autres dans le permafrost gelé de la taïga soviétique.

 

Pour le ministre de la propagande et de l'éducation du peuple, il s'agit là d'une occasion rêvée de salir la réputation de l'armée rouge en attirant l'attention de la communauté internationale sur les atrocités commises par les soviétiques … et de faire un tant soit peu oublier celles commises par l'armée allemande … et qui mieux que le capitaine Bernie Gunther, ex inspecteur dans la célèbre police berlinoise, aujourd'hui enquêteur pour le bureau des crimes de guerre de la Wehrmacht pour mener la délicate mission de préparer le terrain aux experts de la commission internationale qui viendront constater et expertiser la découverte du charnier et surtout de veiller à ce que rien de fâcheux ne surviennent pendant leur séjour.

 

Mais ce qui s'annonçait déjà comme une mission délicate ne tarde pas à se révéler être un véritable bourbier où s'accumulent les morts les plus suspectes et les suspects les plus meurtriers. Sommés de résoudre plusieurs affaires d'assassinat mêlant des personnalités haut placées dans la hiérarchie allemande, Bernie Gunther va devoir louvoyer entre les sollicitations et les intérêts de suspects particulièrement dangereux, tenter de neutraliser un criminel particulièrement habile, protéger les membres de la commission, parfois contre leurs propres collègues, le tout en faisant en sorte de préserver sa tête sur les épaules.

 

        Dans ce nouvel épisode des enquêtes de Bernie Gunther, Philip Kerr nous brosse un portrait saisissant de réalisme de l''armée allemande après la défaite de Stalingrad. Une armée bien loin de l'arrogance et de la fierté qui était la sienne aux premières heures de la conquête. On y découvre (avec un étrange plaisir) des personnalités de premier ordre (Goebbels, le ministre de la propagande du Reich, le maréchal von Kluge, surnommé Hans le malin, chef des armées du front est et l'amiral Canaris, directeur des renseignement allemand). Mais, ce qui est particulièrement appréciable, c'est qu'à aucun moment Philip Kerr ne tombe dans le travers (portant répandu) de faire des ces personnages des monstres (ou des personnages monstrueux). Non, il s'attache au contraire à les dépeindre comme des individus ordinaires aux défauts somme toute, eux aussi ordinaires, mais dotés d'un pouvoir extraordinaire. Et cela donne le portrait de personnages gonflés d'orgueils et de cupidité, désabusés quant aux suites de la guerre qu'ils mènent, voir de l'avenir du Reich et surtout plus soucieux de préserver leur train de vie, leur position et leur peau que de tenter de renverser le cour de la guerre.

 

         On y découvre également le tableau de la vie dans les territoires occupés, et plus particulièrement dans les territoires de l'est. La-bas, tandis que la population locale tente de survivre dans la plus grande misère, une clique d'officiers s'offre une vie de châtelains (parties de chasse, mets fins, grands crus, etc.). Mais sous les vernis et les ors de la plus excises mondanité se trament les dessins les plus sombres au nom des intérêts les plus vils … vengeance, trahison, meurtres et corruption à tous les étages, rien n'est trop beau pour conserver son poste et, si possible, se faire une place au soleil.

 

   Bref, une fois de plus, Philip Kerr nous offre un grand polar historique, merveilleusement bien documenté, aux ressorts plus que nombreux et incroyablement bien huilés., le tout dans une intrigue digne des plus grands !!!

 

Un roman à lire absolument sans aucune modération !!

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 13:05

Iconomou, Claude. - Out of the Blue. - Editions Terres Gastes. - 2011

Out Of the Blue

   Imaginez un paysage à la Camus (Noce à Ibiza). Le ciel, bleu, uniformément bleu azur, Tout juste quelques cirrus maculent ce monochrome de leurs traces laiteuses et, au loin, quelques mouettes. La Mer, bleu, du même bleu que le ciel, au point de ne plus distinguer l'une de l'autre, avec tout juste quelques moutonnement d'écume, et, au loin, comme une promesse de repos au milieu de cet infini d'azur, la terre. Des îles, un chapelet d'îles, tout d'abord. Les îles grecques comme des cailloux jetés au milieu de la mer. Puis la terre, le continent, avec la péninsule de Port Cros et sa réserve naturelle, havre de paix pour les espèces terrestres et marines, puis Toulon et l’arrière pays varois. Ses mas provençaux, ses coteaux viticoles et ses paysages enchanteurs …

   Cela c'était la carte postale, la brochure de tourisme vendue aux étrangers en mal d'exotisme. Car la méditerranée est avant un carrefour, une espace d'échange et de brassage de cultures, de langues, de croyances et d'histoires issues de trois continents : l'Afrique mystérieuse, pleine de magie et et mystères, l'Orient, ensuite, sa culture millénaire et son histoire, si proche et si lointaine de la notre, et l'Europe, enfin, à qui hérite le lourd tribus d'harmoniser et de pacifier les relations au sein de ce bouillon de culture. Car la tâche est loin d'être aisée : en marge des échanges policées de pays à pays, existe un autre marché, régi par d'autres règles et arbitré par d'autres forces. Présent depuis le nuit des temps, le marché noir, celui de la drogue, de la prostitution et du trafic noir, prospère depuis les « Printemps arabes ».

 

   C'est cette face sombre de la méditerranée que Claude Iconomou se plaît à nous décrire à travers ce recueil de nouvelles. Au travers de ces 11 enquêtes du commandant Léonetti et de son acolyte Sauveur, nous découvrons l'autre visage de la Méditerranée : la drogue et les mafias qui en dirige le trafic, la prostitution et ses réseaux de passeur et les querelles intestines, héritées de l'histoire. Un voyage captivant, passionnant à travers l'envers du décors de nos vacances.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 14:49
My Funny Valentine Pierre-Yves Wurth

My Funny Valentine Pierre-Yves Wurth

L'inspecteur Ittard se trouve plongé dans une bien étrange affaire : 

Alors qu'un mystérieux criminel semble sévir dans la capitale européenne, laissant flotter derrière lui comme un air de jazz ... "My funny Valentine", les indices semblent prendre un malin plaisir à l'impliquer dans l'affaire qu'il est sensé résoudre.

   Puis quand les autres protagonistes de l'affaire se mettent en tête de résoudre l'affaire à leur façon en lieu et place des forces de police, alors les dès (partiellement pipés, il est vrai) sont jetés et la carrottes bien cuites pour notre cher inspecteur ....

My Funny Valentine Chet Baker 15/02/1954 Los Angeles Californie

   Il est des crus qui ne se révèlent grands qu'aux amateurs avertis, des crus dont la complexité des arômes déroute le palais des néophytes. Il est, aussi, des mélodies dont la structure harmonique, par sa richesse et sa profondeur, désoriente l'oreille pour mieux la séduire ensuite … un peu comme une galante se dérobe à son courtisan pour mieux le conquérir.

 

   « My Funny Valentine », premier roman de Pierre-Yves Wurth, est de ces ouvrages qui, à la première lecture, se dérobe, nous surprennent :

   La pluralité des points de vue adoptés, comme autant de témoignages des mêmes événements, diffracte la narration en une constellation de récits, nous soustrayant ainsi la vérité des faits pour ne nous laisser que le subjectivité des protagonistes.

   Ces derniers, en outre, loin de se répartir sur le mode manichéens des héros vertueux et des « anti-héros » cruels et vicieux, semblent évoluer dans un univers fait d'une infinité de nuances de moralité au sein duquel les divers degrés de moralité semblent avoir été répartis sans considération pour le rôle social des protagonistes. Ainsi, l'inspecteur Ittard, pourtant représentant de l'ordre en ce bas monde semble avoir une conception toute personnelle du travail d'enquêteur, conception dans laquelle des valeurs comme la vérité des faits semble parfois céder le pas aux intérêts particuliers du principal intéressé. A l'inverse, notre trio de cambrioleurs, outre le hasard qui les a placer du mauvais côté du droit, semble porteurs de conceptions morales empruntes de solidarité, de fraternité et d'honneur qui les rendrait d'autant plus sympathiques.

   C'est que tournant le dos aux conception trop stéréotypés des personnages de roman policier, Pierr-Yves se plaît à décrire un univers où le Bien ne s'oppose pas au Mal, pas plus que l'Ordre au Chaos, mais où coexistent des passions, des sentiments, des espoirs et des peurs qui parfois nous rapprochent et parfois nous déchirent … Un monde humain, trop humain … Notre monde.

 

   Ajoutons également à ce tableau que la narration en est servie avec un style et une écriture d'une grande pureté littéraire mêlant une profonde connaissance de la psychologie humaine et des procédures policières, une grande culture humaniste et un humour « pince sans rire », irronique et sarcastique ?

 

   Bref « My Funny Valentine » est un vrai petit bijou de la littérature policière à lire et à relire sans modération aucune … en attendant de nouvelles péripéties de l'inspecteur Ittard.

Et Mali dit à Saül :" Je te propose un boulot facile." Alors Saül leva les yeux et interrogea le ciel. Mais le ciel resta muet et comme un con Saül accepeta

"My Funny Valentine" Pierre Yves Wurth

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 18:28
Ellory RJ - Seul le Silence
Ellory RJ - Seul le Silence

Synopsis

Joseph Vaughan a 12 ans lorsqu'il découvre le corps mutilé d'une fillette abandonné dans un champ, non loin de chez lui. Cette mort, qui n'est pas la première à frapper la petite bourgade d'Augusta Falls (Géorgie, USA), sera suivie par d'autres, toutes aussi atroces, perpétrées d'abord à Augusta Falls puis dans les localités voisines ou plus lointaines.

Devant un pareil déferlement de barbarie, les forces de l'ordre d'Augusta Falls et des localités voisines se révèlent très rapidement dépassées. La population apeurée s'isole, se renferme sur elle-même. Les étrangers deviennent des suspects : « Seul un étranger peut commettre un tel crime ! », « Il est naturellement exclu que le criminel soit un membre de la communauté. », puis des indésirables dont se débarrasse de gré ou de force ...

C'est dans cette atmosphère lourde de peurs et de tensions que Joseph et ses amis décident d’agir … à leur façon ; c'est-à-dire à la façon de gamins de 10 ans terrorisés mais courageux : ils se réunissent en une petite bande pompeusement baptisée « Les anges gardiens » et font le serment de veiller les uns sur les autre et tous ensemble sur leur communauté … Mais que peuvent faire des enfants contre la brutalité des adultes ? Malgré leur efforts et leur vigilance, le tueur court toujours égrainant les cadavres comme les miettes de pain le Petit Poucet tout au long de son périple mortel … Périple qui au détour d'un méandre ne pouvait que venir percuter, avec la violence d'un uppercut bien placé, le destin du narrateur, Joseph Vaughan.

Et c'est de cette rencontre, de cet affrontement qu'est née l’œuvre : A Quiet Belief in Angels, Seul le Silence.

Critique

Seul le silence, A Quiet Belief in Angels, est le premier roman traduit en français de Roger John Ellory.

Même si la mort et le meurtre tissent la toile arachnéenne de l'intrigue, Seul le Silence n'est pas à proprement parler un polar. En effet, contrairement aux héros de polars – détectives ou policiers – qui vont au devant du danger par devoir ou conscience professionnelle, Joseph Vaughan semble d'avantage chercher à fuir les événements qu'à les rencontrer, voir les provoquer : toute sa vie, il n'aura de cesse de vouloir se construire une vie paisible, loin des meurtres et de leur cortèges de souffrances. Et de fait, ce sont plutôt les meurtres et leurs conséquences, qui le poursuivront. Et c'est cette persistance du Mal dans la vie du narrateur qui donne à cette œuvre une véritable dimension tragique : où qu'il aille, Joseph sera hanté par la mort de ces fillettes et son obstination à vouloir comprendre les meurtres scelleront son destin, d'abord en l'isolant de sa communauté, en le forçant à la fuite et à l'exil, puis le conduiront en prison pour le meurtre de sa compagne.

Pas vraiment un polar, Seul le Silence n'en reste pas moins un authentique roman noir, pur jus.

Écrit dans une veine très réaliste, très attaché aux détails et à la justesse des faits , il propose une description sans concession de la mentalité des petites bourgades de l'Amérique profonde. Derrière un vernis fait de sagesse paysanne et de bondieuserie bon teint, apparaissent, dès les premières tensions, des sentiments bien moins nobles mais humains … trop humains peut-être. Haine, jalousie, bêtise, rien ne semble épargner les habitants d'Augusta Falls. Du shérif Dearing sensé faire régner l'ordre dans la communauté qui n'hésite pas à fermer les yeux sur le lynchage de l'un des siens, à la propre mère du narrateur, empêtrée dans sa bondieuserie qui invite le voisin dans le lit conjugal encore chaud du corps de son défunt époux. Seule, l'institutrice du village semble échapper à la bêtise ambiante – peut-être justement parce qu'elle n'est pas vraiment du village, une étrangère pour ainsi dire, peut-être aussi parce qu'elle est l'institutrice et que son instruction, ses connaissances la prémunissent contre l'abrutissement qui semble frapper le reste de la population. Mais le sort ne l'épargnera pas pour autant : elle ne fera que passer, telle une étoile filante, illuminant un temps la nuit du narrateur avant de disparaitre dans la nuit. Notons toutefois que parmi l'ensemble des protagonistes de cette affaire, elle sera la seule à mourir d'une mort naturelle. Un privilège rare, parmi les proches du narrateur.

Même la ville de New-York n'échappe pas au vitriol.. Le New-York d'Ellory est bien loin du rêve américain fait de paillettes, de lumières et de féerie : il s'agit d'un New-York viril, brutal, un New-York à la Céline. Il suffit de les écouter pour s'en convaincre :

Céline, d'abord, et sa découverte de New-York : « Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. [Voyage au bout de la nuit] »

Ellory ensuite : «Et Brooklyn se rua sur moi telle une bête sauvage. Plein de tours et d'espoirs ; la lumière se fracassant entre les bâtiments dont on ne voyait pas le bout, le verre d'un million de fenêtres de Manhattan, et le monde, tellement de monde, trop pour distinguer le moindre individu. Broadway, Union Avenue, pancartes désignant des écoles et des églises, des centres médicaux, publicités et affiches aux couleurs et aux messages resplendissant ; et encore du monde, plus de monde sur un seul trottoir qu'il n'en passait à Augusta Falls en trois saisons. »

La même violence dans le trait, la même sensation de brutalité dans cette ville toute de verre et d'acier, pas vraiment accueillante, loin les contes de fées … Quant à sa population, sa faune …, c'est à travers la plume acerbe d'Ellory que le vice, la cupidité et tous les petits travers de New-York la bohème vont être exposés à la lumière du jour. Levée du voile sur un univers de scribouillards prétentieux, imbus d'eux-même, pétris de haine du monde et de jalousie des autres, prêt à vendre père et mère pour un quart-d'heure de célébrité, sur un monde de pique-assiettes fauchés et avinés, attirés par l'argent et la célébrité comme des mouches par une charogne. Et au milieu de toute cette fange, comme une rose sur un tas de fumier, Bridget Mc Cormack, rencontrée au hasard d'une allée de bibliothèque (encore un lieu de culture) et qui illuminera la vie du narrateur jusqu'à ce que la malédiction ne vienne à nouveau le frapper et l'entraîner dans le cercle de l'horreur.

Au final, même si une certaine morale finit par émerger du roman, Seul le silence reste une œuvre très noire

Une œuvre marquée du sceau d'un pessimisme profond, indélébile tout d'abord. Une œuvre dont la sagesse semble vouloir nous apprendre que toute grande vie se paye de grandes souffrances, que les œuvres les plus profondes, les plus riches doivent avoir été forgées au plus profonde des enfers. Car si le narrateur ne cesse de croire à la possibilité du bonheur, ses espoirs de paix, de sérénité (sinon de normalité) semblent immanquablement devoir s'effondrer devant le poids du destin. Mais c'est précisément au milieu de cette souffrance, du fait de cette sur-abondance de tragédies, que naîtra - rédemption sublime ou prix du tragique - la destinée du narrateur, celle d'un écrivain prodigue dont les oeuvres marqueront de leur profondeur des générations de lecteurs ... (Rêve d'auteur ou signe du destin ?)

C'est ensuite une œuvre marquée par la violence, d'abord celle, atroce, des meurtres, et plus particulièrement des meurtres d'enfants, de jeunes filles – peut-être les plus insoutenables !! Mais très vite ces derniers serviront de prétexte, de révélateur à une autre violence, plus ordinaire, celle-là, mais toute aussi meurtrière. La violence des petites communautés rurales de l'Amérique profonde (et pas seulement de l'Amérique, il n'y a cas regarder devant nos portes !) abruties de superstitions religieuses et de peur de l'autre (même si ce dernier est un membre de longue date de la communauté), prompte à accuser son voisin et le voisin de son voisin des pires vilenies si cela sert leurs intérêts, Tout aussi prompt à condamner sans procès l'étranger pour la seule raison qu'il n'est pas l'un des « nôtres ». Car c'est t dans cette Amérique profonde, du Kansas, de la Géorgie et d'ailleurs que les lynchages d'afro-américains ont perduré le plus longtemps, le dernier en date était en 1966.

Bref, Seul le silence est une œuvre magistrale dont la lecture, peut-être un rien aride au début n'a pas cessé de me bouleversé tout au long de ce récit. Il s'agit de ces œuvres comme on en rencontre que trop rarement et qui laissent un sillage indélébile après leur passage, comme la queue d'une comète.

"Tu connaissais Alexandra, n'est-ce pas ? demandés-je à l'homme mort devant moi. Tu la connaissais, mais je peux imaginer que tu ne l'as jamais vraiment comprise ... Tu n'as jamais vraiment compris personne n'est-ce pas ? Peut-être que tu pensais connaître les gens ... mais c'était juste ton imagination. Il n'y a jamais pu avoir ni compassion ni humanité en toi ... pour faire les choses que tu as faites pendant toutes ces années."

Je ressentais souvent le besoin de compagnie, mais je la surmontais grâce à la certitude que tout ce que je gagnerais, je le perdrais bientôt. [...] Je ne tentais pas mas chance, persuadé qu’ainsi je ne pourrais pas perdre

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 06:00
Le Dépeceur Nathalie Baumhauer
Le Dépeceur Nathalie Baumhauer

Le Dépeceur Nathalie Baumhauer

Baumhauer Nathalie, Le Dépeceur - Editions Ex Aequo - Septembre 2014 - 978-2-35962-640-7

Synopsis :

Lorsque Dolores Mc Bright fit appel aux service du détective Jarvis Brucester pour retrouver son mari volage, elle était loin de se douter que cette démarche allait être le début de l'une des affaires les plus éprouvantes qu'ait eu à traiter le détective.

En effet, l'enquête sur la disparition puis, rapidement, sur le meurtre de Mr Mc Bright conduira le détective Jarvis Brucester et son acolyte, le lieutenant Scharck, sur les traces de l'un des pires prédateurs que la petite Broadwood ai connue. Car depuis quelques temps des femmes disparaissent mystérieusement, leurs corps dépecés sont retrouvés morcelés tout au long de la Maine River.

Remontant patiemment la piste sanglante du meurtrier, Jarvis Brucester parviendra contre toute attente à le démasquer et à le confondre au cour d'un dîner qui restera dans les anales des services de polices.

Commentaire :

Pour ses premiers pas dans le petit monde des auteurs de romans policier Nathalie Baumhauer frappe fort. Le Dépeceur a toutes les armes pour intégrer la famille des thriller et ce avec une touche toute féminine qui lui ajoute un « je ne sais quoi » de légèreté et de décalé qui permet de mieux supporter l'horreur des scènes de crime.

Construit à la croisée du thriller et du roman de détective privé, à mi-chemin de Nestor Burma et de Patricia Cornwell, ce premier roman de Nathalie Baumhauer constitue la première enquête du détective privé Jarvis Brucester. Celui-ci, ancien lieutenant de la police criminelle, est un redoutable limier dont le flaire et les méthodes n'ont rien à envier à son célèbre homologue Sherlock Holmes. Si son charme naturel a pu séduire bien des cœur féminin, son caractère caustique, cynique, en fait un parti tant recherché que redouté.

L'intrigue, construite du point de vue du détective, est menée lentement mais avec une grande maîtrise d'un bout à l'autre de cette enquête aux multiples rebondissements. La narration alterne avec une grande facilité scène d'enquête, d'investigation et scène d'actions au court de courts chapitres dont les titres, pleins d'humour, témoignent de la malice de son auteur.

Le style, mariant une grande aisance d'écriture et une excellente maîtrise des connaissances et procédures policières, présage déjà de nombreuses et passionnantes enquêtes du détective Jarvis Brucester.

N'en doutons pas, nous suivrons ses prochaines enquêtes avec beaucoup de plaisir.

Monsieur Bloom était couvert de sueur qu’il essuya d’un revers de manche puis posa ensuite ses mains sur ses genoux en se penchant en avant pour reprendre son souffle. Max s’était engouffré dans la casse auto. Jarvis avait observé le parcours du chien qui semblait savoir parfaitement où il allait. Il sentit alors qu’il n’était sans doute pas loin de mettre la main sur quelque chose et se mit à courir derrière le chien, suivi de près par Schark. De petites allées étroites et sinueuses serpentaient entre les tours formées par les amoncellements de voitures. Les carcasses métalliques éventrées formaient des couches de différentes nuances faisant penser à une boîte de crayons de couleur. Certains véhicules gisaient là depuis longtemps tandis que d’autres, plus récents, avaient vu leurs entrailles pillées. Max aboya à nouveau. Jarvis se laissa guider par le son. A une quinzaine de mètres de là, derrière une vieille cuve de fioul hors d’usage, totalement rongée par la rouille, il vit la queue du chien frétiller de plus belle, appuyant la joie qu’il ressentait d’avoir mis la patte sur un trésor inestimable. Jarvis s’en approcha et appela le canidé qui leva rapidement la tête de son trou, la gueule ensanglantée. Le détective retroussa son pantalon et ordonna à Max de déguerpir. Après une seconde sommation il abandonna sa trouvaille à contre cœur et s’éloigna en jappant. Là, gisaient deux index tranchés à ras, des viscères dégoulinants et un pied à moitié déchiqueté, ainsi qu’un autre morceau non identifiable. Le tout baignait dans une répugnante marre de sang noirâtre (...

Le Dépeceur Nathalie Baumhauer

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 18:16
Donna Tartt, Le Chardonneret
Donna Tartt, Le Chardonneret

Donna Tartt, Le Chardonneret

Tartt, Donna - Le Chardonneret [The Goldfinch] - Editions Plon, Feux Croisé - 2014. Traduit de l'anglais (américain) par Edith Soonckindt

   Le Chardonneret, dernier roman en date de Donna Tartt, est une sorte d'OVNI littéraire à l'image de ses deux précédant ouvrages : Le Maître des illusions [The Secret History] (1992) et Le Petit Copain [The Little Friend ] (2002).

   Tout d'abord, comme cela a (trop) souvent été souligné, c'est un ouvrage colossal, presque 800 pages !! Personnellement, cela m'aura pris presque un mois pour en finir la lecture !! Non pas que la lecture en soit hermétique ou même ardue car l'écriture de Donna Tartt n'est rien de tout cela. Ample, abondante et d'un abord agréable, elle coule telle un long fleuve paisible et nous porte paisiblement tout au long des aventures du jeune Théodore Decker. Mais l'ouvrage est également remarquablement documenté, et ce sur de nombreux sujets. Sur l'art et l'histoire des arts dans un premier temps. L'histoire (elle-même tragique) du tableau éponyme de l’œuvre s'inscrit en palimpseste de l'histoire du jeune Decker et abonde en anecdotes, toutes succulentes, sur les péripéties de ce tableau du peintre néerlandais Carel Fabritius. Sur l'art des antiquaires et le secret des meubles anciens. A travers les sages conseils de maître Hobie, l'on découvre avec ravissement mille et un trésors sur la façon d'entretenir et de réparer les vieux meubles … puis de les revendre avec profit dirait un certain Théo. Mais surtout (et c'est là, de mon point de vue l'un des domaines d'excellence de Donna Tartt), sur la manière dont les différents psychotropes agissent sur les organismes. Car Donna Tartt nous décrit avec une précision quasi-clinique les modifications, effets et altérations de la sensation, de la perception, induit par les drogues ingérées par Théo et Boris.

   Ensuite, Le Chardonneret est un ouvrage à part, presque inclassable. Pas vraiment un roman policier, bien que l'histoire commence par une mort tragique (celle de la mère du jeune Théodore Decker, morte dans l'attentat d'un musée New-yorkais), elle ne se construit pas autour de la recherche et de la traque des suspects. Pas vraiment un roman d'initiation ou d'apprentissage dans la mesure où le jeune Théodore Decker, livré à lui-même après la mort de sa mère, puis celle de son père (père absent, alcoolique, joueur, drogué), va devoir faire seul l'apprentissage de la vie. Mais là où Le Chardonneret est unique en son genre est qu'à l'inverse des romans d'initiation de facture « classique » où le héros se construit en affrontant l'adversité, Théodore Decker, lui, semble s'effriter et s'effondrer lentement au contact des événement. Après la mort de sa mère (alors qu'il n'a pas 15 ans), Théodore est accueilli ou recueilli par la famille de son meilleur ami, les Barbours. Et l'on se dit alors que ce jeune garçon a bien de la chance d'avoir des amis aussi dévoués. Mais son comportement, son obstination à se draper en martyre, à ne vouloir nouer aucun liens résonne comme un signe de l'isolement qui sera le sien par la suite. Puis, lorsque finalement son père consent à le recueillir chez lui, à Las-Vegas, commence alors un long cycle d'errance et de déchéance qui va le conduire, lui et son acolyte Boris, d’abîmes en abîmes jusqu'à la chute finale. Et ainsi, de Charybde en Scylla, le jeune Théodore Decker semble prendre un malin plaisir à détruire tout le bien que ses proches veulent lui apporter, à vouloir s'isoler toujours plus profondément dans le malheur comme s'il voulait se punir de quelque chose (sans doute de la mort de sa mère).

   Au final, Le Chardonneret reste un ouvrage unique et insolite. Personnellement, j'ai un faible pour l'écriture de Donna Tartt, pour le côté légèrement précieux, pour les références perlées de culture, pour ces univers tout de velours et de cuirs (Old School). Pour sa façon particulière de raconter les « bonnes familles » et les « biens nés », de nous montrer comment malgré leur richesse et leur particules, leur villa dans Les Hamptons et leur Yachts dans les Keys, le moindre accident peut les faire basculer dans la déchéance, la décadence et la délinquance. Il y a quelque de profondément moral dans ses romans si l'on se donne la peine de regarder derrière la noirceur apparente.

[…] mais cela a-t-il du sens de savoir que l’histoire se termine mal pour tout le monde, même les plus heureux d’entre nous, et qu’au bout du compte nous perdons tout ce qui nous tient à coeur…

Donna Tartt, Le Chardonneret, p.784

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 22:56
Megan Abbott : Red Room Lounge [Die a little] traduit de l'américain Jean Esch – Edition du Livre de Poche – 2005 pour l'édition us, 2011 pour l'édition française.  ISBN : 978-2-253-16151-6

Megan Abbott : Red Room Lounge [Die a little] traduit de l'américain Jean Esch – Edition du Livre de Poche – 2005 pour l'édition us, 2011 pour l'édition française. ISBN : 978-2-253-16151-6

Synopsis :

Lora et Bill King sont des frères et soeurs inséparables. Lui est enquêteur au bureau du procureur de Californie, elle enseigne dans un lycée pour fille de Pasadena. Depuis leur plus tendre enfance, ils font tout ensembles et partagent tous leurs secrets.

Lorsque Bill rencontre Alice Steele, l'harmonie du couple frère-sœur est menacée. Lora adopte aussitôt pour une posture défensive, agressive envers la nouvelle venue … même si Alice multiplie les gestes d'appaisement à son égar. Il faut dire que cette dernière est une parfaite femme de maison : excellente cuisinière, épouse fidèle et dévouée et animatrice de soirées hors paire. Peut-être trop parfaite aux yeux de Lora qui soupsonne que tant de perfection cache quelques noirceurs soigneusement dissimulées.

Tout d'abord, les deux femmes s'observent, se toisent, se jaugent du regard, cherchant les défauts dans la cuirasse de l'autre, puis les premières escarmouches arrivent, d'abord à fleurets mouchetés, puis de plus en plus blessantes, jusqu'au duel final où l'une des deux rivales devra céder ou périr.

Critique :

J'avais déjà adoré Megan Abbott que j'avais découverte par Vilaines Filles puis je  l'avais encore plus appréciée à travers La fin de l'Innocence. J'avais aimé sa façon de nous faire pénétrer dans la vie intime de la bourgeoisie provinciale de l'amérique profonde, de nous faire penser comme elle, sentir comme elle … et surtout sa façon si particulière de nous dire que sous les apparences bien proprettes de ces familles se cachent souvent les plus noirs desseins.

Une fois encore, je n'ai pas été déçu ! Red Room Lounge est un vrai bijou de littérature, mais un diamant noir, sombre et venimeux. Rédigé uniquement du point de vue de Lora, l'intrigue se construit au fil des souvenirs de cette dernière. D'où son caractère fragmentaire et subjectif. Elle donne l'impression d'une confession, presque des aveux et laisse présager sinon un drame, du moins des événements funestes. Et lorsque l'on découvre, au fil de la lecture, la tension - sinon la haine - que se vouent les deux femmes, on imagine sans mal quelle fin tragique peut advenir. C'est comme entendre l'histoire d'un conflit raconté uniquement du point de vue d'un seul des deux belligérents : on se doute que toute la vérité n'est pas là mais comme l'histoire est si bien raconté, l'on en vient à croire cette version, à oublier qu'il existe une autre version des événements – peut-être bien différente. C'est comme, aussi, assister, impuissant, à la montée en puissance d'une crise aussi inévitable que destructrice, à la venue d'un conflit que l'on pressent dans toute sa puissance meurtrière de haine et de jalousie accumulée.  Car c'est bien d'un conflit qu'il s'agit, d'un conflit entre deux femmes pour la conquête d'un homme. L'éternelle histoire, en somme. Mais à cette différence-ci que l'histoire se déroule à Los Angeles, la Cité des Anges, dans les années 50 sur fond de jazz (que curieusement Megan Abbott ne semble pas trop apprécier), de drogue et de cinéma.

Dans cette cité hantée par les lumières d'Hollywood, deux univers se rencontrent et s'affrontent : celui, feutré et poli de la petite bourgeoisie californienne, et celui rude, noir et corrosif des bas quatriers d'Hollywood. Hollywood avec ses lumières, ses bars et ses boîtes de nuit … et toute la faune qui les fréquente : stars et agents de stars, réalisateurs, entremetteurs de tous poils, putes, toxicos, macros … Côté pile, clair et lumineux, il y a Lora, petite bourgeoise prospère vivant dans la grande maison héritée de ses parents, enseignante dans un lycée de fille de Pasadena … Côté face, obscure et souterrain, il y a Alice, ancienne costumière pour l'industrie du cinéma, déracinée, usée, mais bien décidée à s'en sortir. Et au milieu, il y a Bill. Lui serait plutôt du côté clair et lumineux, mais sa profession - enquêteur pour le bureau du procureur – lui met déjà un pied du côté obscur. Et tandis que Lora s'efforce de maintenir son frère du côté lumineux, Alice, lentement, le fait glisser, du côté obscur, sombre de Hollywood. Aussi, in fine, ce n'est plus tant le combat de deux femelles pour un male mais celui, manichéen, du Bien et du Mal … l'histoire éternelle de la tentation et de la chute de l'homme … sauf que, bien sûr, ici, les rôles ne sont pas aussi nettement démarqués. Si Lora appraît comme l'image de la vertu - et c'est bien normal puisque c'est elle la narratrice - des lézardes apparaissent dans sa blanche cuirace ... et ses intensions ne sont pas claires, non plus. Agit-elle pour sauver son frère de l'influence d'Alice ou plus prosaïquement par jalousie ? Quant à Alice, ses efforts pour paraître l'image de la parfaite femme de maison sont-ils vraiment un subterfuge, une mascarde pour cacher son jeu – ainsi que le pense Lora – ou le fruit d'une véritable volonté de se sortir de la noirceur du monde d'où elle est issue.

L'histoire n'est pas simple, on s'en doute. Et c'est ce qui fait tout le piment de ce roman noir, sulfureux, corrosif mais oh combien jouissif !. Un roman qui qui se lit avec un plaisir étrange, mêlé d'un soupson de culpabilité. Un roman dont on ne sort pas indemne, non-plus … car au plus profond de nous, une petite voix nous dit que ni Alice ni Lora ne sont tellement différentes de nous.

 Le plus terrible dans ce monde, c'est de découvrir de quoi vous êtes cabale. 

Red Room Lounge, Megan Abbott

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 21:44
Lorsque Tim a emménagé dans la somptueuse résidence de Fairview, il pensait avoir fait une bonne affaire ....

Lorsque Tim a emménagé dans la somptueuse résidence de Fairview, il pensait avoir fait une bonne affaire ....

James, Rebecca - La vérité sur Anna - XO éditions - Parution : 5 juin 2014 - ISBN : 9782845636835

Synopsis

Tim, un jeune australien, recherche un logement modeste pour fuir la cohabition difficile avec son ex petite amie Lilla et son nouveau boy-friend. Dans un journal local, il découvre une annonce pour une chambre dans le quartier de Fairview, à Sidney. Pour un loyer modique, il pourra s’installer dans l’une des plus belles demeures de Sidney. Tout ce qu’il aura à faire sera de veiller sur la propriétaire des lieux, une jeune fille agoraphobe qui vit cloitrée chez elle.

Installé dans sa nouvelle chambre, Tim tente de sympathiser avec sa propriétaire. Celle-ci est froide, distante et étrangement fuyante. Bien décidé à fraterniser avec sa nouvelle propriétaire Tim multiplie les efforts et ces derniers finissent par payer. Au fil des jours, une relation d’abord fragile et distante, puis de plus en plus intime se noue entre eux. Au fur et à mesure que Tim découvre le terrible passé de la jeune femme, d’étranges événements viennent ternir leur relations : d’étranges silhouettes spectrales hantent les couloirs la nuit et tentent d’étouffer Tim pendant son sommeil, la cuisine est saccagée, des inscription apparaissent sur les murs …

Critique :

   La vérité sur Anna est le second roman de l'auteure australienne Rebecca James, aprés La Beauté du Mal (Beautiful malice).

   Construit à la façon d'un huis-clos , il est tout entier centré autour de la demeure de Fairview et de ses deux occupants : Tim et Anna et plus particulièrement autour de Anna. En effet, du fait de son agoraphobie, cette denière ne peut quitter la maison. Elle est donc prisonnière des lieux, condamnée à subir le poids de son passé. Autant dire que sa situation semble inextricable : son passé la condamne a ne pas quitter la maison et cette dernière ne cesse de lui rappeler le passé.

   Sur ce arrive Tim, qui est l'antithèse d'Anna. Si elle est timide, lui est plutôt extraverti, si elle est mal dans sa peau, lui est plutôt à l'aise dans la sienne, si Anna est prisonnière de son passé et cloitrée dans la maison, Tim vit dans le présent, sans se préoccuper du passé ni se soucier de l'avenir. De plus, il est passionné de surf et de vie au grand air. Dès le départ, le binôme Tim/Anna semble vouer à l'échec. Que peut bien faire ce grand dadais de surfer avec une créature aussi fragile qu'Anna ? La cohabition entre ces deux personnages opposés présageait des trésors de rebondissement : gags comiques, lapsus malheureux, situations tendues, maladresses, etc. … Mais étrangement, ces ressorts ne sont presque pas exploités dans l'intrigue. Tim se comporte plus en protecteur, en chevalier servant, qu'en gaillard maladroit ou mal à l'aise … et les deux habitants fraternisent et se rapprochent …

   Il faudra attendre l'intervention d'un troisième protagoniste, Lilla, l'ex petite amie de Tim, pour que la personnalité de Anna gagne en complexité … ou plutôt pour qu'un autre aspect de sa personnalité se dévoile. Celui d'une femme en colère, une manipulatrice et une adversaire à la hauteur de la nouvelle venue, Lilla. Car Lilla est tout à la fois tout le contraire de Anna et de Tim. C'est un personnage vraimente excessif, au point d'en devenir irritant, antipathique. Elle est arrogante, sans gêne, provocante … bref, elle a tout de la parfaite garce, la séduction sulfureuse compris. Du coup, du thriller intimiste qu'elle était initialement ; l'intrigue tend vers le drame sentimental avec jalousies, rivalités et scènes de ménages à la clef … Et même si au vu du dénouement (que je ne narrerais pas), les scènes de rivalité s'expliquent finalement, j'ai trouvé un rien domage que que les querelles amoureuses occupent tant d'importances dans l'intrigue. Personnellement, j'ai un petit faible pour les intrigues dans lesquelles la vie intime ou sentimentale des protagonistes est réduite au minimum … mais bon, je suis peut-être un peu vieux jeu.

   Heureusement, l'intrigue est servie par un style très épuré, sans ce luxe de fioritures qui alourdit souvent la narration et perd le lecteur dans un maquis de digressions inutiles. Ici, uniquement des phrases courtes, presques lapidaires, qui ne nous livrent que les informations essentielles à la compréhension de l'intrigue. Rien de plus. Du coup, la lecture est agréable, et l'on se laisse porter avec plaisir par le rythme de la narration qui alterne les points de vue. Point de vue de Tim, caméra subjective mais regard objectif, neutre sur les événement. S'il ne comprend pas ce qui lui arrive, du moins essaye-t-il d'y voire clair et de raisonner ; puis point de vue de Anna, à la troisième personne du singulier (pas un pluriel de majesté mais celui de l'aliénation, de la folie - « je est un autre »).

   Au final, que dire ? Certes, La vérité sur Anna n'est pas le best steller de l'année. Certes, qui recherche le suspens, les émotions fortes, bref, le grand frission, sera, comme moi, un peu déçu de l'expérience, restera sur sa faim, mais cela reste une agréable expérience de lecture si l'on accepte de se laisser porter par le fil de la narration, un bon roman à lire à la plage ou dans le train sur le chemin des vacances.

Il y a tant de tristesse sur son visage. Je la vois en permanence, maintenant. Ses yeux brillent d'une sérénité et d'une sagesse qui ne sont pas de son âge. J'imagine que cette tristesse sera toujours là, comme une cicatrice sur un tronc d'arbre à l'endroit où une branche a été arrachée. Ses plaies se résorberont au fil du temps, elles changeront d'aspect, mais elles ne disparaîtront jamais complètement.

Rebecca James, La Vérité sur Anna

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Présentation

  • : Considérations Intempestives
  • Considérations Intempestives
  • : En 1873, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche publiait ses "considération intempestives " en réaction aux dérive de son époque : fièvre identitaire, dérive nationaliste, Enquistement dans la pensée unique. Aujourd'hui, la philosophie, à son tour, s'est peu à peu laissée gagnée par le mal du temps (Il n'y a qu'à lire quelques lignes de Ferry, Finkielkraut et consorts pour s'en convaincre). Seul le roman noir et quelques irréductible philosophes continuent à brandire le pavillon de la critique ... Ce sont eux que je désire vous faire connaître.
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